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Délinquance des mineurs : la République en quête de respect (rapport de la commission d'enquête sur la délinquance des mineurs ) (rapport)

 

IV. QUELS ÉDUCATEURS POUR DEMAIN ?

La crise du recrutement, de la gestion des carrières et de la motivation des personnels n'est pas propre à la PJJ, mais souvent liée aux règles générales de la fonction publique. Cette situation est cependant aggravée par les caractéristiques propres de la PJJ, notamment la faiblesse de ses effectifs, répartis en une vingtaine de corps différents et très spécifiques.

A. UNE ÉVOLUTION DU RECRUTEMENT PROBLÉMATIQUE

1. Un recrutement massif faisant suite à dix années sans recrutement déstabilise l'institution

La PJJ comptait 5.782 emplois (hors corps communs) en 1982, 5.713 en 1995 et 5.820 en 1996, soit une stagnation des effectifs pendant une quinzaine d'années, par absence de créations de postes120(*). La pyramide des âges s'en trouve aujourd'hui déséquilibrée.

Les récentes créations d'emplois sont exceptionnelles au regard de l'effectif global des services : 150 créations ont été budgétées pour 1999, 380 pour 2000 (dont 258 éducateurs), à nouveau 380 en 2001 (dont 210 éducateurs) et 300 en 2002.

Si les difficultés de recrutement ne concernent pas que les éducateurs121(*), elles sont toutefois d'une importance capitale pour ce corps directement confronté à l'augmentation de la délinquance des mineurs.

2. Des lauréats surdiplômés et manquant d'expérience, une féminisation accrue

Pour le cabinet CIRESE, les mille éducateurs recrutés sur deux ans sont « des personnes sortant de l'université, disposant d'une bonne formation intellectuelle pour aborder les phénomènes de la délinquance et réfléchir aux modes de prise en charge éducative, mais manquant souvent de maturité humaine pour évoluer parmi des jeunes en situation de profonde rupture psychologique et sociale. »

Les inspections générales s'inquiètent de « l'élévation du niveau d'études des candidats, dont on craint (qu'elle) ne traduise un phénomène massif de choix d'un statut et non d'un métier, une sorte de choix professionnel par défaut, dans un domaine où la motivation est essentielle »122(*).

Le taux de féminisation est de 53 % pour les éducateurs et de 55 % pour l'ensemble des personnels de la PJJ. Ces chiffres ne sont toutefois pas significatifs, car il convient de tenir compte de la pyramide des âges : la majorité des départs à la retraite qui vont intervenir dans les dix années à venir concerneront des hommes.

Source : direction de la PJJ

Comme le soulignait Mme Sophie Body-Gendrot, politologue, devant la commission : « En matière de délinquance juvénile, il n'y a que 10 % de multirécidivistes dont personne ne veut se charger. C'est en effet le sale boulot par excellence. Sait-on bien ce que l'on fait lorsqu'on demande à des jeunes femmes de vingt-deux ans qui sortent de l'école de prendre en charge des caïds qui ont presque le même âge qu'elles ? »

* 120 A titre d'exemple, entre 1992 et 1998, il n'y a pas eu de concours pour le recrutement de professeurs techniques à la PJJ. Depuis 1998, trois concours de professeurs techniques ont été organisés et 90 stagiaires sont entrés en formation.

* 121 Il semblerait que les postes d'ouvriers professionnels et d'adjoints administratifs soient également très difficiles à pourvoir.

* 122 De nombreux éducateurs ont en fait présenté plusieurs concours de la fonction publique.