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La Poste : le temps de la dernière chance

 

2. Le groupe : une unité préservée

Votre rapporteur a pu constater, notamment au cours de ses échanges avec les organisations syndicales, l'attachement des postiers à la forme « unitaire et multi-métiers » du groupe La Poste, ce qui n'exclut pas de recourir à la filialisation de certaines de ses activités.

Ainsi, dans sa réponse écrite au questionnaire de votre rapporteur, la fédération FO Com estime-t-elle : « La notion de groupe unitaire multi-métiers est la piste la plus efficace pour construire une poste aux tâches distinctes mais reliées par une culture et un statut communs. La coexistence des métiers est un atout. »

La réponse de la fédération CFTC des postes et télécommunications n'est guère éloignée : « Le statut actuel de La Poste est un atout. Il permet de gérer plusieurs métiers de réseaux en offrant des parcours professionnels diversifiés au personnel. Il soustrait La Poste au risque de démantèlement et il permet d'envisager la persistance d'un grand service public. »

La CGT dresse une analyse comparable : « La Poste a toujours été multi-métiers avec une identité unitaire permettant la complémentarité de ses activités et la promotion de son image sur ses valeurs de service public. Il y a besoin de maintenir et de développer des synergies fortes dans une seule poste, service public, développant la diversité de ses activités avec un véritable projet industriel reposant sur des coopérations, dans la recherche, sur les normes, les produits, les services en France et en Europe notamment. »

Sur le plan théorique, les métiers courrier, services financiers et colis/express, qui représentent respectivement 59 %, 24 % et 17 % du chiffre d'affaires, ont des cycles économiques qui présentent l'avantage de se compenser, au moins partiellement, la propension à thésauriser étant inversement proportionnelle à la croissance de l'économie, qui génère une activité accrue sur les échanges d'informations et de biens.

La Poste elle même fait valoir que toutes les études commerciales et d'opinion convergent pour affirmer que son image est unique aux yeux de ses clients et des citoyens. Cette unité, estime le groupe, « forme une bonne part de sa puissance concurrentielle et de sa capacité à assurer toutes les missions d'intérêt général qui lui sont confiées ».

Cette unité doit être préservée !

Elle ne peut toutefois être défendue et légitimée qu'en assurant l'absence de subventions croisées entre les différents métiers dans la mesure où subsistent des droits exclusifs sur le courrier. Dans l'attente de la création d'un établissement financier portant les compétences financières étendues, la mise en place d'une comptabilité analytique affectant 90 % des coûts et d'une régulation indépendante du secteur postal vont, à cet égard, renforcer les garanties légitimement exigées par les concurrents.

La Poste y a un intérêt vital. Dans sa réponse écrite au questionnaire de votre rapporteur, La Poste estime que : « L'économie postale repose sur les économies d'envergure et d'échelle. La pluri-activité -le multi-métiers- est la condition sine qua non à la fois de l'équilibre et du développement de La Poste et de la possibilité de proposer des prestations à des prix raisonnables (y compris d'ailleurs les prestations du service universel). »

Les postiers sont également très attachés au caractère multi-métiers du groupe, souhaitant pouvoir continuer de mener des carrières diversifiées dans les différentes branches d'activité.

C'est aussi, sur un plan plus général, l'intérêt de la collectivité toute entière: la pluri-activité qui permet d'alimenter le réseau des bureaux de poste, justifie l'existence, sur le territoire, de ce réseau de proximité, le plus dense de France.

Être un groupe unitaire n'est cependant pas contradictoire avec le recours à la filialisation, pour des raisons d'organisation et de clarté concurrentielle, dans le cadre notamment d'une « plénitude » de la gamme de services financiers. Filialiser permet d'identifier et de mettre sous contrainte de résultat des activités dotées de moyens majoritairement dédiés, de nouer des partenariats qui permettent de marier les savoir-faire, d'attirer des expertises et de diversifier les financements. D'ailleurs, La Poste a déjà près de 150 filiales, qui réalisent aujourd'hui 15 % du chiffre d'affaires du groupe.

Votre rapporteur continue de penser que cette politique de filialisation doit être menée à bon escient, sans remettre en cause la présence au sein de la maison-mère du coeur de métier du courrier, ni du réseau des bureaux de poste. Il ne s'agit pas de « vider » de sa substance la maison mère, qui ne saurait être réduite à une « coquille vide » privée des activités les plus dynamiques.