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2. L'insuffisante capillarité des réseaux de collecte des opérateurs alternatifs

Mais, le principal obstacle à la progression du dégroupage demeure la distance séparant les réseaux de collecte des opérateurs alternatifs des répartiteurs restant à dégrouper.

Lorsque le secteur des télécommunications s'est ouvert à la concurrence, les opérateurs alternatifs ont commencé à déployer des réseaux de collecte en fibre optique afin de pouvoir commercialiser leurs services à haut débit.

Après avoir construit de grosses artères reliant les grandes villes et les zones densément peuplées, ils ont ralenti le déploiement de leurs réseaux à mesure que la rentabilité des zones restant à couvrir diminuait.

Malgré la possibilité de se raccorder librement à la boucle locale de France Télécom sur le segment de l'accès, les opérateurs alternatifs hésitent à venir dégrouper lorsque le coût d'allongement de leur réseau de collecte jusqu'aux répartiteurs de l'opérateur historique est supérieur à la rentabilité qu'il peuvent espérer avoir dans les zones à atteindre. Beaucoup préfèrent renoncer à investir.

Seul le réseau de France Télécom qui, selon l'ARCEP, s'étendrait sur environ 200.000 kilomètres, possède aujourd'hui une capillarité suffisante pour irriguer l'ensemble du territoire et desservir y compris les zones rurales peu peuplées.

Or, si l'opérateur historique est tenu de mettre la paire de cuivre du réseau d'accès à la disposition de ses concurrents, il n'est nullement obligé de le faire s'agissant de son réseau de collecte. En pratique, il loue très peu de fibre et lorsqu'il y consent, c'est à des tarifs non régulés.

Sur le segment de la collecte, France Télécom est seulement tenue de proposer une « offre de gros » de substitution sous forme de bande passante.

En réalité, l'opérateur historique commercialise deux types d'offres de gros, dont les tarifs sont régulés par l'ARCEP :

une offre de gros nationale (appelée « option 5 » jusqu'à l'année dernière), dans laquelle il achemine tout le trafic de ses opérateurs clients, depuis l'abonné jusqu'à un unique point de livraison à l'échelle nationale ;

Cette offre s'adresse surtout aux opérateurs ne possédant pas de réseau propre et qui sont de simples fournisseurs d'accès à Internet (FAI).

une offre de gros régionale, dite « bistream », dans laquelle il achemine seulement le trafic de ses clients entre l'abonné et un point de livraison au niveau régional, où ces derniers le récupèrent pour le faire ensuite transiter sur leur propre réseau.

Source : ARCEP

Dans les zones non dégroupées (c'est-à-dire les zones non atteintes par leurs réseaux), les opérateurs alternatifs souhaitant commercialiser leurs services de haut débit n'ont donc d'autre choix que d'acheter des offres de gros à l'opérateur historique en situation de monopole.

La plupart considèrent pourtant que cette solution n'est pas satisfaisante. Ils estiment que les offres de gros de France Télécom sont trop coûteuses et ne leur laissent aucun espace économique propre : 95 % du produit de la revente des prestations de gros sert à rémunérer l'opérateur historique, dont ils n'apparaissent que comme de simples détaillants.

Ils se trouvent, en outre, dans une situation de dépendance vis à vis du réseau de l'opérateur historique qui leur laisse peu de marge pour différencier techniquement leurs offres de détail. Ceci explique l'absence d'offres innovantes du type « triple play » dans les zones non dégroupées et, plus généralement, le faible dynamisme du marché dans ces zones dont certains opérateurs préfèrent se retirer.

D'autres comme Free s'y maintiennent pour une raison strictement commerciale, tout en reconnaissant qu'il est économiquement peu rentables d'y être présent.