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La hausse des prix du pétrole : une fatalité ou le retour du politique

 

4. Le redéploiement sectoriel

Pour la France dont la contraction du PIB est à long terme de 1,3%, on constate naturellement que les secteurs qui sont le plus en retrait sont les activités liées au pétrole ou celles qui consomment le plus d'énergie ; une majorité de secteurs ont en fait un écart de production proche de -1,3%.

En revanche les secteurs les plus touchés par le choc sont les produits pétroliers raffinés (-4,3%), la chimie (-2,2%), le matériel de transport (-1,7%) et le transport aérien et maritime (-2.4%).

Les secteurs qui pâtissent le moins et qui bénéficient d'un redéploiement « relatif » sont la construction (-0.42%), et plusieurs secteurs de services, « banques et assurances » (-0.6%), les « autres secteurs marchands » (-1,1%) et les secteurs non marchands qui ne se contractent que de 0,34%.

5. L'évolution des prélèvements fiscaux due au choc pétrolier

Les prélèvements fiscaux subissent après le choc pétrolier plusieurs influences contradictoires :

- une baisse due à la partie de la fiscalité assise sur le volume de la consommation d'énergie ;

- une hausse de la fiscalité assise sur la valeur de la consommation de produits pétroliers (TVA). En effet, l'élasticité volume/prix de la consommation de produits pétroliers est faible et la contraction en volume ne compense pas la hausse du prix ;

- une baisse de la fiscalité liée à l'activité économique (TVA, impôt sur les sociétés, impôt sur le revenu et autres impôts directs et indirects).

Le solde des prélèvements sur les produits pétroliers au cours des dix premières années, puis le solde général pour l'Etat est présenté ci-dessous.

Solde fiscal en France (en points de PIB)

 

2006

2007

2008

2009

2010

2011

2012

2013

2030

Solde de la fiscalité sur les produits pétroliers

(non compris les aides)

0.10

0.08

0.05

0.04

0.02

0.01

0

-0.01

-0.1

Solde pour l'ensemble des prélèvements fiscaux

-0.07

-0.11

-0.13

-0.16

-0.18

-0.19

-0.20

-0.22

-0.35

On voit donc que le solde relatif à la fiscalité sur les produits pétroliers devient négatif en raison de la chute de la consommation de ces produits à partir de 2013. Le solde général est toujours négatif et il s'établit à -0.07 point de PIB en 2006.

Plusieurs conclusions se dégagent de cette simulation :

- les conséquences économiques pour la France du choc pétrolier sont, en raison de son système fiscal et surtout de la pénétration du nucléaire, deux fois moins importantes à court terme que pour l'ensemble de l'Europe. A long terme, les différences tendent à diminuer en raison de l'interdépendance des économies européennes ;

- la principale cause de la contraction de l'activité en Europe n'est pas un processus inflationniste engendrant une perte de compétitivité et un « choc d'offre », mais une contraction de la demande mondiale adressée à l'Europe. Ceci est la différence la plus remarquable par rapport aux deux chocs pétroliers précédents ;

- pour la France le choc du prix (hausse de 20% des prix de l'énergie) est, à long terme, limité ;

- jusqu'en 2030, le taux de croissance annuel de la France est amputé de 0,05% à 0,07% par an. A partir de 2030 du fait de la hausse des prix du pétrole, avec un prix du baril maintenu à 60 dollars, les économies européenne et française retrouvent le même taux de croissance que s'il n'y avait pas de choc pétrolier, mais à des niveaux de PIB plus bas (-1,6% et -1,3% respectivement). On peut donc considérer que l'impact du choc est, à long terme, réduit ;

- un niveau d'emploi inférieur de 1% à celui du scenario de référence ;

- pour la France, le redéploiement des activités est limité ; il s'opère des secteurs des hydrocarbures, des productions à fort contenu en énergie, des matériels et des services de transport vers les autres services : construction, banques et assurances, autres services marchands ;

- le choc pétrolier grève les finances publiques en raison de la baisse des accises sur les produits pétroliers et de la baisse de la fiscalité générale due à la contraction du PIB. Le « manque à gagner » est pour l'Etat en France de 0,07 point de PIB en 2006 et de 0,35 point de PIB en 2030.