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La hausse des prix du pétrole : une fatalité ou le retour du politique

 

b) L'essor de la demande

Globalement, la croissance annuelle de la demande mondiale de brut semble s'être accélérée depuis 3 ans pour représenter plus de 2,4% en moyenne contre 1,2% sur la période 1990-2001.

Elle a même atteint un niveau record en 2004 en s'élevant à 3,4%, soit l'équivalent de 2,5 millions de barils supplémentaires, pour atteindre 82,5 millions de barils/jour. Il s'agit du plus fort taux de croissance depuis 1978. Hormis le Japon (où le redémarrage de capacités nucléaires a réduit la consommation pétrolière de 70.000 barils/jour), toutes les zones économiques ont accru leur demande en pétrole, en particulier les Etats-Unis (+2,8%, soit 484.000 barils/jour) et la Chine (+15,8%, soit 893.000 barils/jour). La Chine a ainsi été à l'origine de 33,7% de la croissance mondiale de pétrole et les Etats-Unis de près de 20%.

Cette très forte accélération de la demande est directement liée à la vigueur de la croissance économique mondiale observée depuis trois ans, avec une moyenne annuelle de près de 4% et un taux record de 4,8% atteint en 2004, taux le plus élevé depuis 15 ans.

En 2004, toutes les zones ont été concernées, qu'il s'agisse des Etats-Unis (croissance de la demande de 3,3%), de l'Union européenne (croissance de la demande de 2,5%), du Japon (croissance de la demande de 2,7%) ou encore des pays asiatiques en développement (croissance de la demande de 8,2%).

Pour autant, l'explosion de la demande de pétrole en Chine ne s'explique pas uniquement par la croissance économique de ce pays.

Croissance de la demande de pétrole en Chine et croissance du PIB

Source : Agence Internationale de l'Energie

Comme le montre le schéma ci-dessus, depuis deux ans, la demande de pétrole en Chine croît plus vite que le produit intérieur brut. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène.

D'abord, la Chine connaît actuellement une dynamique des investissements très forte (autour de 45% du PIB) qui se concentrent dans des secteurs à forte intensité énergétique tels que la production d'acier, de ciment et de produits chimiques. De même, l'urbanisation s'est intensifiée. Les consommateurs, disposant de revenus en hausse, choisissent d'augmenter leurs dépenses consacrées à l'utilisation directe de l'énergie (air conditionné, chauffage, ascenseurs) ou aux produits dont la fabrication implique une forte consommation d'énergie. Or, les centrales électriques fonctionnant au charbon n'ont pas été capables de suivre la demande d'énergie. Pour pallier cette carence, 147.000 barils/jour de pétrole ont été utilisés en 2004 pour la production d'électricité.

L'augmentation du niveau de vie des Chinois se reflète dans la très forte progression de l'utilisation du pétrole pour les transports routiers. Les ventes de véhicules ont progressé de 9% en 2004, après une augmentation de 31% en 2003. En conséquence, la consommation d'essence s'est accrue de 22% en 2004, soit près de 200.000 barils/jour et celle du gazole de 18%, soit 85.000 barils/jour.

Les conséquences de cette forte hausse de la demande en 2004 sur les prix du pétrole ont été d'autant plus importantes que cette dernière a été sous-évaluée : ainsi, les prévisions de l'Agence Internationale pour l'Energie (AIE) envisageaient une augmentation de la demande de seulement 1,5%. Aussi, en février 2004, l'OPEP a décidé une diminution de sa production de 2,5 millions de barils/jour. Toutefois, face aux tensions sur le marché du pétrole, l'OPEP est revenue rapidement sur sa décision : le 22 mai 2004, l'Arabie saoudite a augmenté unilatéralement son quota de production à 9,1 millions de barils/jour ; trois nouvelles augmentations successives ont été décidées par les pays de l'OPEP le 1er juillet (2 millions de barils supplémentaires), le 1er août (500.000 barils supplémentaires) et le 15 septembre 2004. Malgré cette volonté politique des pays producteurs, les cours du Brent ont continué leur ascension pour atteindre en octobre 2004 près de 53 dollars.