Allez au contenu, Allez à la navigation



La hausse des prix du pétrole : une fatalité ou le retour du politique

 

c) La forte réduction des capacités excédentaires de production

Pour autant, la forte croissance de la demande de pétrole n'explique pas à elle seule l'envolée des prix. Ainsi, entre 1995 et 1997, l'accroissement annuel de la demande mondiale avait été significatif (respectivement +2%, +2,7% et +2,5%). Pour autant, les prix étaient restés dans la bande de fluctuation des 22/26 dollars le baril.

Par ailleurs, en 2005, la consommation de pétrole s'est ralentie (les économistes tablent sur une croissance de 1,5%). Or, les prix n'ont jamais été aussi élevés (hausse de plus de 40% entre 2004 et 2005).

En réalité, il semblerait que cette envolée des prix soit due à la prise de conscience par le marché de la faiblesse des marges de production disponibles. Alors que ces dernières s'élevaient encore à 6 millions de barils/jour en 2002, elles ont fortement diminué en 2003 pour atteindre entre 1,8 et 2 millions de barils/jour1(*) et depuis, elles ne se sont pas reconstituées. En conséquence, même si l'OPEP a augmenté sa production de 4,5 millions de barils/jour entre avril 2004 et juillet 2005 pour faire face à la demande et qu'il n'y a encore jamais eu de rupture d'approvisionnement, les inquiétudes subsistent sur la capacité de l'offre à satisfaire la demande et conduisent à de fortes tensions sur les prix.

d) La multiplication des aléas conjoncturels

Le prix du pétrole est influencé par trois types de facteurs qui échappent à toute prévision : les facteurs climatiques, les facteurs politiques et les facteurs économiques. Sur un marché du pétrole très tendu tel qu'il se caractérise depuis deux ans, tout « événement » de nature à réduire la capacité de l'offre tend à pousser les prix vers le haut. Or, depuis 2004, les signes négatifs se sont multipliés.

Au niveau politique, on peut citer la recrudescence des attentats en Irak (quatrième pays plus gros détenteur de réserves), la reprise en main des intérêts pétroliers russes par le président Poutine qui a fortement réduit les chances d'investissement des compagnies internationales dans ce pays (deuxième producteur mondial), la position très antiaméricaine du président Chavez au Venezuela (huitième producteur mondial), ou, plus récemment, l'élection de Mahmoud Ahmadinejad comme président de la République en Iran (quatrième producteur mondial, troisième pays plus gros détenteur de réserves) en juin 2005 et l'exacerbation du conflit entre ce pays et les pays occidentaux sur la question du nucléaire.

Dans le domaine climatique, la multiplication des cyclones dans le golfe du Mexique a pénalisé fortement et durablement la production de pétrole des Etats-Unis. En outre, se pose désormais la question de la rigueur de l'hiver 2005 qui pourrait le cas échéant aggraver davantage les tensions sur les prix. En effet, le pic de demande est généralement atteint au début du quatrième trimestre pour satisfaire les besoins en chauffage. Les capacités de réserves diminuent alors de 2 millions de barils/jour.

Dans le domaine économique, comme il a été rappelé précédemment, la forte croissance de 2004 n'avait pas été prévue de même que l'explosion de la demande chinoise en pétrole.

* 1 Le montant des capacités excédentaires de production fait seulement l'objet d'estimation dans la mesure où l'Arabie saoudite, pays principal détenteur desdites capacités, ne publie aucune statistique contrôlable par des experts indépendants.