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La hausse des prix du pétrole : une fatalité ou le retour du politique

 

D. L'ACTION SUR LA DEMANDE DE PÉTROLE

En tant qu'importateur de la quasi-totalité de son pétrole, la France est particulièrement vulnérable face à une hausse durable des prix de ce dernier. Il importe donc de diminuer la dépendance de notre économie vis-à-vis du pétrole, ce qui passe nécessairement par l'amélioration de l'intensité énergétique finale de notre pays.

Une telle action présente deux avantages.

D'une part, elle permettra de réduire notre facture énergétique. En 2000, la facture énergétique payée en devises par la France représentait 1,7% de son PIB. La mission interministérielle de l'effet de serre a calculé que sans les progrès d'efficacité énergétique réalisés depuis 1973, notre facture énergétique se serait élevée à 2,7% du PIB soit 16,2 milliards d'euros en plus. Les efforts passés ont ainsi dégagé une véritable rente de maîtrise de l'énergie. Compte tenu de l'évolution des prix du pétrole, une réduction de notre demande conduira nécessairement à une baisse de notre facture énergétique.

D'autre part, elle devrait faciliter la réalisation de nos engagements en matière de lutte contre l'effet de serre, à savoir une réduction par 4 de nos émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050. En 2000, la décomposition par énergie finale des émissions de carbone était la suivante : 9 MtC pour le charbon, 20 MtC pour le gaz, 11 MtC pour la production d'électricité et 65 MtC pour le pétrole. Ce dernier induit ainsi près des 2/3 des émissions. La réduction de nos émissions de gaz à effet de serre passe donc obligatoirement par la limitation de la consommation de pétrole dans les années à venir.

Il apparaît donc que les actions visant à diminuer la demande de pétrole doivent être intégrées dans la stratégie globale de la France en matière de lutte contre l'effet de serre. Deux axes doivent être privilégiés : la relance des économies d'énergie et l'optimisation des énergies par leur diversification, qui nécessiteront l'utilisation par les pouvoirs publics d'outils aussi variés que les réglementations, la fiscalité ou encore les dépenses publiques.

1. La relance des économies d'énergie

Tous les secteurs de l'économie sont concernés.

Dans l'industrie, les efforts de maîtrise de l'énergie peuvent prendre la forme d'une amélioration des équipements industriels mis sur le marché (moteurs, machines, contrôle électronique) ; d'une amélioration continue des procédés afin d'économiser l'énergie y compris dans les PMI ; d'un développement des procédés électriques en remplacement de procédés thermiques ; du développement du recyclage (acier, métaux, papier, plastiques, matériaux) pour réduire les consommations d'énergie thermique dans la phase initiale de transformation des matières premières, de loin la plus gourmande en combustibles fossiles.

Dans le bâtiment, un effort massif d'isolation et d'amélioration des équipements thermiques devra être fourni.

Par ailleurs, les appareils électroménagers comme les équipements de bureau proposés par les constructeurs sont rarement optimisés du point de vue de l'énergie. Des potentiels importants d'amélioration existent donc dans la conception de ces appareils et leurs conditions d'usage.

Les transports constituent un enjeu de taille. En 2000, les émissions de carbone liées au transport se sont élevées à 43 MtC, soit près de 41% des émissions globales (105,2 MtC). Si l'on retient l'engagement français de diminuer par 4 ses émissions de gaz à effet de serre, les transports émettent déjà 1,3 fois plus que ce qui sera possible pour le pays en 2050. Or, leurs émissions continuent actuellement de croître à près de 2% par an.

Les économies d'énergie dans ce secteur sont donc primordiales. Elles sont envisageables principalement à travers une forte réduction des consommations unitaires des moteurs, ce qui implique des progrès techniques dans les moteurs, une optimisation des performances par contrôle électronique mais également une redescente en gamme pour rapprocher les véhicules de leur usage réel : le poids, la puissance et la vitesse devront donc être réduits. Le défi que propose la mission interministérielle de l'effet de serre est de descendre en dessous d'une consommation de 3 l/100 km.