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L'évolution des jeux de hasard et d'argent : le modèle français à l'épreuve

 

b) Statu quo dans la capitale

Rien ne bouge et ne semble devoir bouger dans la capitale.

Les cercles mènent leur petite vie ouatée, le casino d'Enghien-les-Bains continue de régner sur l'Ile-de-France et Paris.

Rien n'indique que l'autorité municipale veuille remettre en cause la loi qui a fait de Paris une ville interdite aux casinos et à leurs machines à sous.

Mais pourquoi donc, dans ces conditions, la plupart des grands groupes ont-ils progressivement investi la restauration (au sens gastronomique du mot) de la capitale ?

Qu'on en juge : Partouche a acheté le Laurent, Barrière après le Fouquets en 1998 en a fait de même du Carré d'or en 2002, Accor en 1993 avec le Pavillon Elysée !

Pour votre rapporteur, la situation de Paris intra-muros est ambiguë, faite de casinos interdits de séjour (mais celui d'Enghien-les-Bains campe à la frontière, bénéficiant ainsi d'une rente de situation remarquable), de cercles de jeux associations loi 1901 à but « social », tandis que les groupes partent à la conquête lente mais tenace des grandes villes grâce à l'amendement Chaban Delmas27(*). Combien de temps ceci pourra-t-il durer?

Londres compte 24 (17 %) des 137 casinos du Royaume-Uni (8,7 milliards de livres en 2003).

c) L'implication des fonds de pension anglo-saxons

Les fonds de pension anglo-saxons s'impliquent de plus en plus dans les opérations financières des casinos français.

L'Etat, très vigilant pour tout ce qui touche aux financements de ces établissements tant il redoute l'intrusion d'argent inconnu, qu'il soit sale ou blanchi, se montrera - on l'espère -, circonspect en la matière.

Nul doute qu'il a examiné avec soin les transactions entre Moliflor et Legal and General Ventures limited, celles de Prudential, celles de Lucien Barrière-Accor avec Colony Capital, ainsi que les négociations entre le groupe Partouche et Civen et Permira.

L'arrivée de ces partenaires financiers, nouveaux dans l'hexagone, ne laisse pas d'inquiéter certains, en particulier la présidence de la CSJ qui demandera dans l'avenir aux services d'éclairer la commission sur l'identité de tel ou tel fonds de pension candidat à des achats de parts dans un casino français.

La principale réserve que l'on puisse faire à l'arrivée des fonds de pension sur le marché des opérateurs de jeux en France tient à ce que ces organismes ne semblent pas enclins à investir et veulent une rentabilité immédiate et des valorisations rapides de leurs capitalisations.

A terme cela pourrait entraîner une stagnation voire une régression du niveau des investissements.

Mais le paysage social des casinos français peut également connaître d'autres modifications.

C'est ainsi que le groupe Moliflor s'est, paraît-il, adossé à Loto Québec pour 35 % et à Bridge Point pour 55 %. Pour le casino du Tréport (Seine-Maritime, appartenant à ce groupe, ces adossements semblent aboutir à une exploitation de sociétés à actionnariat simplifié (SAS) emboîtées les unes dans les autres (style « poupées russes »), dont on peut se demander si la gestion par un simple comité stratégique est compatible avec la réglementation de contrôle par les pouvoirs publics.

De fait, la loi n'a pas encore été adaptée à cette forme sociale.

Il s'agit donc d'un dossier à suivre.

* 27 Amendement au projet de loi d'amélioration de la décentralisation, dont le vote a permis l'implantation de casinos dans les villes de plus de 500.000 habitants (loi n° 88-13 du 5 janvier 1988).