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L'évolution des jeux de hasard et d'argent : le modèle français à l'épreuve

 

C. LA MOROSITÉ DES CASINOS FACE À LA CONJONCTURE

Pendant plus de 10 ans, après la libéralisation en 1987 des MAS, la croissance du PBJ des casinos a crû à un rythme échevelé de plus de 10 % par an.

L'augmentation est devenue ensuite beaucoup plus raisonnable : + 3,7 % en 2003, + 2,6 % en 2004...

Deux facteurs ont concouru à cette croissance : l'augmentation du parc autorisée par les autorités et une augmentation du PBJ par machine, reflet d'une politique de performance de la part des casinos.

Pour ce dernier indice, on verra plus bas que la donne est maintenant inversée.

1. Un marché mature ?

Le marché des casinos semble aujourd'hui, sinon saturé (notion difficile à préciser), du moins « mature », à en croire ceux-là mêmes qui en vivent.

Il est vrai que les résultats 2004 et 2005 sont décevants.

Déjà, en 2004, la recette moyenne par joueur avait baissé de 1,11 %. Cette année là, 35 % des établissements avaient vu leurs recettes diminuer : Divonne : - 26 % ; Evian : - 11% ; Annemasse : - 9 % ; Antibes : - 6 %.

Les autres se classaient ainsi :

17 % voyaient leurs recettes croître de 10 % et plus ;

15 % " de 6 à 10 % ;

25 % " de 0 à 5 %.

L'ensemble des casinos affichaient une croissance globale de 2,6 %.

Ce chiffre, qui serait très honorable pour bien des activités, est forcément décevant pour ce secteur au regard de ses performances au cours des années précédentes.

Mais le plus dur à supporter pour les intéressés réside dans le fait que, durant cette même année 2004, les résultats de la FDJ ont progressé de + 9,8 % et ceux du PMU de + 7,6 % !

Déjà, en 2003, les résultats des casinos français étaient passés sous la barre des 10 % de croissance, contrecoup du passage à l'euro (2002) et de la langueur de l'économie.

Pour la première fois depuis 1991, le PBJ moyen journalier par machine à sous a reculé, la production du PBJ global en 2003 et 2004 ayant été inférieure à celle du parc de machines à sous.

Evolution du produit des MAS

2002

415 euros par machine et par an

2003

395 euros par machine et par an

2004

373 euros par machine et par an

Il faut remonter en 2001 pour examiner dans quelles mesures l'augmentation de l'offre de jeux (casinos et MAS supplémentaires) a, ou non, une incidence sur l'activité, compte tenu du fait que les casinos nouvellement autorisés n'ont de MAS qu'après un an de « période probatoire ».

Augmentation récente de l'offre de jeux

 

Casinos

MAS

2001

+ 3

+ 741

2002

+ 6

+ 480

2003

+ 4

+ 1.632

2004

+ 4

+ 1.439

2005

+ 3

-

En première analyse (cf. tableau ci-dessus), il semble que la création de 13 casinos entre 2001 et 2004 n'ait pas empêché la stagnation du marché, ce qui devrait inciter à examiner avec prudence les demandes incessantes de créations de nouveaux établissements.

Les résultats de 2005 confirment la tendance 2004.

Ainsi, pour certains opérateurs, le marché est parvenu à maturité, ce qui signifie que les perspectives de croissance externe (création de nouveaux casinos, achats en France ou à l'étranger) sont plus que réduites, et que la croissance interne (augmentation des parcs de MAS) ne parait pas suffisante pour compenser ce déclin, encore moins pour retrouver le rythme d'activités des années glorieuses.

La cannibalisation de tel ou tel casino indépendant, ou de tel ou tel petit groupe par les plus gros de la profession, ne change rien, selon ce point de vue, au problème général.

Les conséquences immédiates de cette évolution sont déjà préoccupantes : les casinos ne pratiquent plus assez d'investissements dans leurs établissements et dans le renouvellement de leurs machines.

L'Etat est littéralement voué aux gémonies (selon la définition donnée de cette expression par l'encyclopédie Larousse) parce qu'il « refuse ou ralentit les innovations les plus nécessaires à la modernisation ».

En fait, sur ce point, la signature du récent protocole avec le ministère semble avoir lancé quelques avancées utiles, mais en échange d'un contrôle aux entrées probablement coûteux.

La morosité des casinos français est tout de même paradoxale car ils détiennent, à eux seuls, 33,5 % des parts de marché des casinos de l'Europe des 15, largement devant la Grande-Bretagne et l'Allemagne (voir Annexes Casinos).