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L'évolution des jeux de hasard et d'argent : le modèle français à l'épreuve

 

II. L'ÉVOLUTION DES PRATIQUES ET DE LA PERCEPTION DU JEU

A. LE COMPORTEMENT DES JOUEURS

1. Un manque cruel d'informations

Les Français jouent-ils plus ? Pourquoi ? Quels jeux préfèrent-ils ? Ont-ils modifié leurs choix et leurs comportements ? Comment jouent les étrangers ?

Disposons-nous d'informations suffisantes sur tous ces problèmes ?

Le présent rapport ne pourra pas répondre à certaines de ces questions pourtant vitales dans la mesure où le jeu est un phénomène de société, car notre pays reste très en retard dans le domaine des études et des connaissances sur le sujet.

Pourtant, depuis des années les sociologues s'égosillent et déplorent cette pauvreté qu'ils opposent, avec regret, à l'abondance, à la richesse en la matière, d'autres pays (en particulier anglo-saxons) et réclament un observatoire des jeux (voir fin de cette partie du rapport).

Précisons toutefois que si la sphère publique reste toujours atone, les publications et des travaux se multiplient émanant des universitaires, des psychiatres, mais aussi des opérateurs ou des officines qu'ils commanditent.

Ces travaux traitent bien sûr de nombreux aspects techniques, financiers et économiques du secteur mais ils s'intéressent aussi aux énormes problèmes créés par les nouvelles technologies, internet et aux débats tumultueux au sein des instances européennes.

Enfin, et c'est une excellente chose, tous, ou presque, font référence à la nécessité que le jeu reste responsable, raisonnable et que les joueurs dépendants soient détectés et aidés.

2. Une clientèle démocratisée et déterminée

Qui sont ces joueurs en France ?

Il ne s'agit plus depuis bien longtemps, on l'a bien compris, de joueurs fortunés et désoeuvrés venus disperser au casino leurs excédents de ressources.

a) La clientèle s'est démocratisée.

Ce sont des hommes, pour 57 %, avec une répartition harmonieuse entre les ouvriers, les employés et les cadres.

Ce sont 40,6 % d'inactifs, retraités pour la plupart mais aussi Rmistes ou chômeurs, venus chercher la fortune et la rentabilisation des allocations de l'Etat.

Ils sont nombreux : alors qu'on comptait 1 million d'entrées dans les casinos en 1986 (avant les machines à sous (MAS), ils étaient au nombre de 64 millions en 2004 !

Depuis, les casinos ont perdu quelques 5,5 millions d'entrées alors pourtant que l'offre augmentait avec le nombre d'établissements et de MAS.

Quel est le comportement général des joueurs ?

Des analyses très détaillées de ces comportements, qu'il s'agisse de joueurs « raisonnables » ou de joueurs addictifs, sont développées dans la sous-partie suivante (III. La dépendance au jeu), ce qui nous dispense d'en parler ici.

Rappelons seulement, car c'est fondamental, que si le désir de jeu est aussi puissant chez la plupart des êtres c'est qu'il apporte émotions, excitation, stress et permet d'échapper un instant aux soucis quotidiens.

Mais il est également sous-tendu par une conviction invétérée chez le joueur qu'il peut, qu'il va gagner, qu'il comprend et maîtrise le jeu puis, plus tard, si le sort lui a été contraire, qu'il va « se refaire ».

Dans cette dernière phase le joueur perd le contrôle de lui-même et la dépendance s'installe.

La variété des comportements complique alors la tâche de ceux qui s'efforceront de détecter puis d'aider le joueur en difficulté.

Nous nous émerveillons de voir les enfants manipuler avec maestria ces petits jeux électroniques sur lesquels ils passent des heures.

On peut se demander avec inquiétude si leur dextérité, le sentiment qu'ils maîtrisent les jeux à leur guise, ne les incitera pas, plus tard à considérer les mas comme de simples jeux électroniques qu'ils vont « maîtriser » aussi !

Des enfants de cette espèce sont de futurs joueurs d'argent et de hasard avec peut-être (et c'est dangereux) plus d'illusions encore que leurs parents.