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L'évolution des jeux de hasard et d'argent : le modèle français à l'épreuve

 

III. LA DÉPENDANCE AUX JEUX

Votre rapporteur fait son autocritique

Le rapporteur s'adresse ici à lui-même, en préambule, de sincères et cinglants reproches pour n'avoir, dans le rapport I de 2002, consacré qu'une place insuffisante aux problèmes du jeu addictif.

Ce fait est parfaitement révélateur de l'indifférence béate qui régnait encore dans la plupart des milieux à cette époque bien récente.

En dehors de Mme Armelle Achour - SOS Joueurs -, du Professeur Martignoni-Hutin et de quelques psychiatres, pratiquement personne de la sphère publique ou du secteur privé n'avait attiré l'attention de votre rapporteur sur le sujet.

Raison de plus pour féliciter chaudement les pionniers.

C'est aussi une grande motivation pour donner, dans ce rapport II, un développement convenable à un problème qui, de surcroît, a pris une grande ampleur en quatre ans.

Votre rapporteur espère ne pas avoir froissé la commission des affaires sociales du Sénat, en ayant pris le parti de traiter « au fond » un problème essentiellement social.

Mais celui-ci n'est-il pas à sa place ici ?

A. EXISTE-T-IL UNE DÉPENDANCE AU JEU ?

1. Choisir le vocabulaire

Il faut tout d'abord s'entendre sur le vocabulaire convenable car de nombreux vocables ont déjà été utilisés suivant les pays et les protagonistes pour qualifier les rapports qui s'établissent entre les joueurs et les jeux lorsque ce qui devrait rester un simple amusement devient quelque chose d'autre, quelque chose de plus puissant, une préoccupation, une obsession susceptible de générer nombre de conséquences plus ou moins désastreuses.

Comme le dit le professeur québécois Robert Ladouceur, que votre rapporteur citera souvent tant il est important de l'écouter, la notion de « jeu excessif » doit être précisée.

Les professionnels de santé parlent depuis longtemps de « jeu pathologique ». En 1980 l'Association américaine de psychiatrie (APA) le connaît comme une maladie psychiatrique. On peut aussi parler de « prévalence » ou d'« assuétude », de « jeu compulsif » (de « compellere » : contraindre), plus modérément de « jeu excessif », plus obscurément de « comportement addictif ».

Ce dernier terme n'existe pas dans le Littré, et le Larousse ne cite l'addiction que dans la mesure où il s'agit d'une « possibilité, pour un créancier, accordée par un magistrat, de saisir son débiteur et d'en faire sa chose » !

Par contre, le Robert donne de cet anglicisme tiré du bas latin « addictus », « adonné à », la définition suivante : « conduite de dépendance (à une substance, une activité) qui a de graves conséquences sur la santé ».

Votre rapporteur propose donc, pour que cela soit plus clair, le terme de « dépendance ».

Il est de plus en plus utilisé, et pas seulement par les médias, et il a d'autre part l'avantage de présenter le phénomène dans un cadre déjà connu : celui des dépendances aux drogues, à l'alcool et au tabac.

Ceci étant, il faudra sans doute utiliser aussi le terme « compulsif » parce que certains lui donnent une signification pathologique atténuée, comme si un joueur pouvait être relativement « compulsif » avant de devenir « dépendant ».

Une forme atténuée ? Une phase intermédiaire ?

D'aucuns, s'effarouchant de ces qualifications médicales, plaident que tout est compulsif dans la vie et qu'à ce compte là il faudrait aussi interdire et contrôler l'amour, le désir etc ....! A Dieu ne plaise !