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Logement en outre-mer : passer du discours à la réalité

 

B. UNE CROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE IMPORTANTE

1. Une population jeune qui aspire à la décohabitation

La croissance démographique dans l'ensemble de l'outre-mer est quatre fois supérieure à celle de la métropole, soit 1,6 % par an.

Cette croissance démographique, si elle est un gage de dynamisme et constitue un des atouts de l'outre-mer, pose de nombreux défis. En effet, les nouveaux modes de vie poussent de plus en plus les jeunes à rechercher l'indépendance (phénomène dit de la « décohabitation »), ce qui se traduit par des besoins en logement plus importants, à population égale.

Eléments statistiques d'appréciation du niveau de vie en outre-mer

 

Guadeloupe

Martinique

Guyane

Réunion

Mayotte

Total

Population en 1999

421.632

381.467

157.274

705.072

131.320

1.796.765

Croissance de la population entre 1990 et 1999

8,95 %

6,09 %

37,24 %

18,18 %

38,82 %

15,74 %

Nombre de Rmistes

29.146

28.977

9.273

63.667

(pas de RMI)

131.063

2. L'immigration et l'émergence de l'habitat spontané

Le rapport précité de la commission d'enquête du Sénat sur l'immigration clandestine, commission présidée par notre collègue Georges Othily, fournit un diagnostic particulièrement éclairant sur les entrées irrégulières dans les départements d'outre-mer et à Mayotte. Cette question prend une amplitude toute particulière dans le département de la Guyane : « les mouvements de population se sont accentués à mesure que les différences de niveaux de vie se creusaient entre cette collectivité et les Etats de la région. Lors de son audition par la commission d'enquête, M. Philippe Leyssène, directeur des affaires économiques, sociales et culturelles au ministère de l'outre-mer, a ainsi rappelé que, selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), le produit intérieur brut par habitant de la Guyane représentait en 2002 treize fois celui du Surinam, quinze fois celui du Guyana et trente-neuf fois celui d'Haïti.

« L'attractivité du territoire guyanais tient également au développement de la pratique de l'orpaillage clandestin : selon la direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement, le nombre de personnes présentes sur des sites d'orpaillage clandestin serait de l'ordre de 5.000 à 10.000. En comparaison, 900 personnes seulement travaillent sur des sites d'orpaillage légaux, qui font l'objet d'une concession.

« Enfin, la guerre civile qui a fait rage au Surinam au milieu des années 1980 a entraîné un afflux de migrants, appelés les « personnes provisoirement déplacées du Surinam » (PPDS). Un grand nombre d'entre eux sont demeurés sur le sol guyanais et ont pu souhaiter faire venir leurs concitoyens.

« Immenses, les frontières de la Guyane s'avèrent extrêmement difficiles à contrôler, même si le nombre des non admis est passé de 1.546 en 2001 à 6.570 en 2004. Leur perméabilité explique, selon la police aux frontières de Saint-Laurent du Maroni, qu'environ 40 % des personnes faisant l'objet d'un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière sont déjà connues des services de police ».

Ainsi, dans ce département, mais également en Guadeloupe, à la Réunion et à Mayotte, les pressions migratoires sont extrêmement fortes, accentuées par des écarts de niveau de vie sans cesse grandissants avec les pays proches.

Les populations d'origine étrangère ont tendance à se regrouper dans des bidonvilles, en périphérie des villes. Si elles ne font pas concurrence aux populations légalement présentes sur le territoire, qui sont seules habilitées à se voir attribuer des logements sociaux, leur présence se traduit par une dégradation du paysage urbain, et leurs conditions de vie sont extrêmement pénibles.

Ce phénomène renforce donc l'insalubrité, qui reste l'une des plus grandes préoccupations en outre-mer. Le tableau suivant permet de montrer que la proportion de logements que l'on peut classer « insalubre » est de 7,92 % en métropole et de 26,23 % en outre-mer. Le cas de Mayotte, où plus de la moitié du parc de résidence principale est considéré comme insalubre, témoigne des difficultés liées à l'immigration en provenance de l'archipel des Comores.

Les logements précaires en outre-mer : comparaison avec l'Ile-de-France

Territoire

Nombre de logements potentiellement précaire en 1998

Proportion par rapport aux résidences principales

Proportion par rapport
à la population

Ile de France

226. 743

4,87 %

2,08 %

Guadeloupe

50.000

34,48 %

11,85 %

Martinique

13.750

10,50 %

3,60 %

Guyane

15.000

32,47 %

9,55 %

Réunion

53.500

24,88 %

7,59 %

Mayotte

17.974

50,50 %

13,69 %

Total métropole

1.958.964

7,92 %

3,25 %

Total DOM + Mayotte

150.224

26,23 %

8,36 %

Source : ministère de l'outre-mer

Dans les DOM, l'offre « organisée » en foncier équipé et en logements reste donc encore insuffisante pour répondre à des besoins dus à une forte croissance démographique, une population de faibles ressources et au phénomène de décohabitation. L'édification d'un habitat informel demeure ainsi parfois pour les populations les plus démunies, la seule solution pour se loger. Cet habitat informel ne répond pas aux exigences élémentaires en matière d'hygiène et de sécurité. Cette situation est particulièrement exacerbée en périphérie des noyaux urbains existants où, suite à un exode rural massif, des quartiers de forte densité se sont constitués sans viabilisation préalable. De plus, ils sont parfois situés dans des zones très vulnérables aux risques naturels. Malgré un effort important de l'Etat depuis le début des années 90 pour intervenir sur ces quartiers dans le cadre de la procédure de Résorption de l'Habitat Insalubre (RHI), l'éradication de l'habitat insalubre est loin d'être totale dans les DOM.