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Formation professionnelle : le droit de savoir (rapport)

 

(2) Des handicaps face à l'insertion

La « population » des jeunes sans diplôme ou qualification est loin de composer un ensemble homogène.

Toutefois, l'analyse de leur profil permet de mettre en évidence quelques caractéristiques fortes :

- des parcours scolaires marqués par des difficultés précoces d'apprentissage : les études du ministère de l'éducation nationale tendent en effet à souligner une corrélation entre les jeunes sortant du système éducatif sans qualification et les 15 % d'élèves quittant l'enseignement primaire sans maîtriser les savoirs fondamentaux ;

- une certaine concentration sociale et culturelle du phénomène : plus des deux tiers des élèves sortis sans qualification sont des enfants d'ouvriers, de personnels de service ou d'inactifs16(*) ; un enfant d'ouvrier a quatre fois plus de risque de sortir sans diplôme du système éducatif qu'un enfant de cadre ; par ailleurs, les jeunes issus de l'immigration constituent 36 % des non qualifiés, 29 % des non diplômés du second degré, et seulement 13 % des diplômés d'une école d'ingénieurs17(*) ;

- enfin, les problèmes d'orientation défaillante constituent un élément clé d'explication des abandons précoces de scolarité : ainsi, M. Jean-Louis Nembrini, directeur général de l'enseignement scolaire, a indiqué que « les taux d'abandon au sein de la formation professionnelle initiale sont élevés pour les filières peu attractives. Cette situation est particulièrement forte en ce qui concerne les filières disposant de réels débouchés mais qui ne font pas l'objet d'un choix de la part des élèves. C'est notamment le cas du bâtiment ou de la confection industrielle » ; de façon générale, 20 % à 25 % des élèves « décrochent » en première année de CAP, entre 9 % et 15 % en première année de BEP ; comme l'a relevé M. Claude Thélot, conseiller maître à la Cour des Comptes, lors de la table ronde organisée par la mission, la rigidité de l'offre de formation professionnelle initiale conduit à « ce point capital, qu'il faut constamment avoir présent à l'esprit : le tiers des jeunes orientés dans les filières professionnelles n'ont pas choisi leur spécialité. »

Ces caractéristiques constituent autant de handicaps cumulés face à l'insertion. Il en résulte une forte démobilisation, susceptible, dans certains cas, de dériver vers une attitude de rejet à l'égard des apprentissages et une situation proche de l'exclusion : M. Paul Santelmann a ainsi fait observer qu'« une partie de ces jeunes ne peuvent entrer dans les dispositifs qualifiants classiques, ni entrer dans l'entreprise. Ils se trouvent dans une situation de décrochage à l'égard du travail. »

De fait, si les jeunes sans diplôme ou qualification connaissent des trajectoires d'insertion diverses, celles-ci restent largement marquées par le chômage ou la précarité :

- une partie des jeunes non qualifiés ou non diplômés accède de façon rapide et durable à l'emploi (31 % des non qualifiés, 48 % des sortants non diplômés du niveau V) ; en effet, M. Jean-Louis Nembrini a indiqué que, dans certaines filières, comme l'hôtellerie, certains abandons « précoces » de formation s'expliquaient par le fait que « les élèves sont démarchés par les entreprises, alors qu'ils n'ont pas terminé leur formation » ; néanmoins, « de telles démarches sont préjudiciables au projet de formation tout au long de la vie. En effet, l'insertion professionnelle s'opère alors à court terme » ;

- au cours des trois premières années de vie active, 45 % des non qualifiés ont connu une première période de chômage de plus d'un an et le taux de chômage atteint encore 40 % trois ans après la sortie du système éducatif ; 28 % ont bénéficié d'un contrat aidé ; c'est également le cas de 22 % des jeunes sortis sans diplôme de l'enseignement supérieur ;

- enfin, comme l'a relevé M. Jean-Claude Tricoche, représentant de l'UNSA, « les jeunes entrants non qualifiés sur le marché du travail peinent encore sept ans après » : les études du CEREQ confirment en effet que « les jeunes non diplômés restent fortement soumis aux aléas de la conjoncture » ; « même lorsqu'ils travaillent, la majorité des jeunes sans diplôme gardent comme priorité l'accès ou le maintien dans un emploi stable », alors que « les plus diplômés sont, eux, plutôt centrés sur la progression de leur carrière » ; « désavantagés dès leur première embauche, les non diplômés progressent à pas comptés dans la hiérarchie des emplois : 60 % débutent sur des emplois non qualifiés, ils sont encore 53 % à occuper ce type de postes après trois ans de vie active et 44 % quatre ans plus tard »18(*).

Ainsi, comme l'a relevé M. André Gauron, conseiller à la Cour des comptes, lors de son audition devant la mission, « le diplôme continue de payer », même si « globalement, le fait de posséder des diplômes constitue une garantie moindre qu'il y a vingt ans ».

* 16 D'après le panel de 23 000 élèves de sixième constitué en 1989 par la direction de l'évaluation et de la prospective (DEP) du ministère de l'éducation nationale.

* 17 Sont considérés comme jeunes issus de l'immigration ceux dont l'un des parents est né à l'étranger, sans critère de nationalité.

* 18 « Les sept premières années de vie active de la Génération 98. Entre débuts de carrière et insertion », Centre d'études et de recherche sur les qualifications, Bref n° 234, octobre 2006.