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Rapport d'activité 2006-2007 et compte rendu des travaux sur le thème « Quelle place pour les femmes dans les médias ? »

 

B. LA PART LIMITÉE DES FEMMES DANS LE CONTENU DE L'INFORMATION : COROLLAIRE OU CONSÉQUENCE DE LEUR FAIBLE PRÉSENCE AUX POSTES DE RESPONSABILITÉ DANS LES MÉDIAS ?

Au cours de son audition devant la délégation, Mme Isabelle Germain, présidente de l'Association des femmes journalistes (AFJ), a estimé que le fait que les médias soient dirigés par des hommes avait une incidence directe sur la hiérarchie et le contenu de l'information.

De même, Mme Christine Clerc a noté une hiérarchisation définie par les hommes entre des sujets dits masculins, comme la guerre, le sport ou l'économie, et des sujets considérés comme secondaires et féminins, comme les affaires sociales ou l'enfance.

Se référant à une étude sur le contenu des journaux télévisés réalisée il y a deux ans, Mme Dominique Alduy a indiqué qu'on pouvait recenser, au « Journal de 20 heures », plus de 85 % de sujets à dominante masculine, concernant par exemple le sport, l'économie, la bourse ou encore des reportages sur des personnes et 15 à 20 % seulement de sujets pouvant être considérés comme « mixtes », mais pas forcément à dominante féminine.

D'une manière plus générale, Mme Isabelle Germain a présenté les résultats d'une étude internationale quinquennale26(*) à laquelle l'AFJ participe pour la France depuis 1995, et qui consiste à recenser, le même jour, dans la presse de 76 pays, le genre des personnes citées dans les informations publiées.

La dernière de ces enquêtes a été réalisée en mai 2006, sur la base du dépouillement de 7 quotidiens :

- 5 quotidiens nationaux : Le Figaro, L'Humanité, Le Monde, Libération, Le Parisien ;

- et 2 quotidiens régionaux : Dernières Nouvelles d'Alsace, Ouest France.

Le 10 mai 2006, ont ainsi été recensées dans ces journaux les femmes mentionnées dans les pages d'actualité politique, nationale et internationale, ainsi que dans les pages « société ».

Sur 826 noms de personnes figurant dans 192 articles dépouillés, on trouve 142 femmes et 683 hommes, ce qui correspond à une proportion de 17,17 % de femmes parmi les personnes mentionnées dans la presse.

Ce pourcentage est nettement inférieur à la moyenne mondiale, qui s'élève à 21 % de femmes citées. Il n'a guère évolué dans le temps par rapport aux études précédentes : 18 % en 2000 et 17,25 % en 1996.

De même que dans les enquêtes précédentes, les femmes apparaissant dans les médias sont le plus souvent soit anonymes, soit en position de victime, soit citées comme ayant un lien familial avec un homme, alors que les hommes sont très majoritairement cités avec leurs fonctions.

Ainsi, dans l'étude de 2006, 1 femme sur 14 est présentée comme une victime, pour 1 homme sur 21.

1 femme sur 6 est anonyme, pour 1 homme sur 33 : les femmes restent cinq fois plus souvent anonymes que les hommes. Alors que l'anonymat des hommes est souvent utilisé dans un souci de protection, les femmes sont généralement mentionnées comme témoins populaires, et non comme actrices ou expertes de l'actualité. De plus, contrairement aux hommes, les femmes citées dans la presse ne le sont généralement qu'avec leur prénom, comme si elles n'avaient pas de nom.

Par ailleurs, la moitié des personnes présentées avec un lien familial sont des femmes ; les femmes sont près de trois fois plus souvent présentées dans leur relation familiale que les hommes (la « femme de... », la « fille de... », ...). Elles font deux fois plus souvent l'objet d'une photo que les hommes.

1 femme sur 5 est citée sans sa profession, pour 1 homme sur 20.

Les hommes politiques sont le plus souvent cités et les femmes les plus régulièrement citées sont également des responsables politiques. Parmi les personnes dont on reproduit une citation, 1 sur 5 est une femme.

Après avoir rappelé les résultats de cette étude, Mme Michèle Cotta a cependant relativisé le phénomène de « victimisation » des femmes, en soulignant que les médias assuraient une bonne couverture des grandes vedettes sportives féminines, des femmes chefs d'entreprise ou encore des femmes ministres.

Elle a estimé que le déséquilibre du contenu de l'information en défaveur des femmes n'était que le reflet de leur présence plus faible aux responsabilités dans l'ensemble de la société.

Au regard des résultats de cette étude, Mme Isabelle Germain a estimé, en revanche, que les médias reflétaient une image de la société plus sexiste que dans la réalité, prenant l'exemple des femmes « cadres et professions intellectuelles supérieures », qui ne sont quasiment jamais représentées dans la presse.

Elle a illustré son propos avec un exemplaire d'un célèbre hebdomadaire d'information français qui, à l'exception des publicités, ne montre une femme pour la première fois qu'en page 40...

Elle a ajouté que les femmes étaient quasiment absentes de certaines rubriques de journaux, en particulier les pages consacrées au sport ou à l'économie et que, dans les pages culturelles, où elles apparaissaient plus souvent, c'était généralement comme muses d'un artiste, mais plus rarement comme artistes elles-mêmes ou auteurs.

Selon Mme Catherine Lamour27(*), « si l'on se réfère aux documents et reportages qui s'intéressent à des femmes, ce sont soit des portraits de personnalités connues, soit des situations de femmes aux prises avec d'immenses difficultés existentielles (...) Mais on ne voit pratiquement jamais de sujets consacrés à la présence (ou plutôt à l'absence) des femmes dans les hautes sphères de l'économie et de la politique. Quand l'activité des femmes est mentionnée dans les médias, il s'agit majoritairement (81 %) d'activités domestiques ou parentales, 45 % concernent des célébrités, et 10 à 12 % des responsabilités politiques, économiques, scientifiques ou technologiques. »

On constate donc que le faible nombre de femmes aux postes de responsabilité dans les médias va de pair avec une place limitée dans le contenu de l'information.

Pour tenter de remédier à cette situation, la délégation recommande, ainsi que l'a suggéré notamment Mme Michèle Cotta, que soit mis en place, dans le cadre de la formation dispensée dans les écoles de journalisme, un module d'enseignement spécifique consacré à la question d'une représentation équilibrée des femmes et des hommes dans les médias, qui permettrait de sensibiliser les futurs journalistes à ce problème.

Conformément à une proposition formulée par Mme Isabelle Germain, il pourrait également être envisagé d'intégrer dans les programmes scolaires des actions de sensibilisation qui permettraient aux élèves d'apprendre à décrypter les stéréotypes véhiculés par les médias au sujet des rôles respectifs des femmes et des hommes.

* 26 Global Media Monitoring Project.

* 27 Cf. article précité.