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Rapport d'activité 2006-2007 et compte rendu des travaux sur le thème « Quelle place pour les femmes dans les médias ? »

 

II. LA PLACE DES FEMMES DANS LES MÉDIAS : UNE FAIBLE PRÉSENCE AUX POSTES DE RESPONSABILITÉ, UNE PART LIMITÉE DANS LE CONTENU DE L'INFORMATION

Au-delà de l'image de la femme et de son utilisation dans la publicité, la délégation s'est aussi intéressée à la place et aux responsabilités occupées par les femmes dans les professions des médias.

Si la profession de journaliste peut sembler à première vue largement féminisée, les femmes y restent peu nombreuses dans les fonctions de responsabilité et sont souvent cantonnées dans des médias moins convoités ou des spécialités moins prestigieuses. Parfois même, leur apparence physique est utilisée pour leur faire jouer le rôle de faire-valoir d'un homme.

La part limitée occupée par les femmes dans le contenu de l'information apparaît comme un corollaire, voire selon certaines analyses, une conséquence de leur faible présence aux postes de responsabilité.

A. LE PHÉNOMÈNE DU « PLAFOND DE VERRE » JOUE À FOND DANS LE JOURNALISME ET LES PROFESSIONS DES MÉDIAS

La délégation tient tout d'abord à déplorer l'absence de statistiques précises concernant la présence des femmes au sein des professions des médias, qui l'ont conduite à élaborer ses propres évaluations chiffrées à partir du dépouillement des organigrammes des principales entreprises de médias figurant dans l'annuaire « Média SIG »17(*).

Aussi recommande-t-elle la réalisation de statistiques officielles détaillées permettant d'évaluer précisément la présence respective des hommes et des femmes dans les professions des médias, particulièrement au niveau des postes de responsabilité.

1. Le journalisme : une profession désormais largement féminisée, mais où les femmes sont plus souvent en situation précaire

a) Des femmes journalistes de plus en plus nombreuses et largement présentes sur le terrain

Les femmes sont désormais largement présentes parmi les journalistes et leur part ne cesse de s'accroître, ainsi que le montrent les statistiques d'attribution de cartes de presse par la commission de la carte d'identité des journalistes professionnels (CCIJP).

Evolution du nombre de cartes de presse attribuées par la CCIJP

 

1996

1997

1998

1999

2000

2001

2002

2003

2004

2005

Nombre total de cartes

29153

30003

30510

31685

33738

34227

35270

35539

36148

36503

Nombre de cartes attribuées à des hommes

18209

18616

18766

19336

20747

20372

20785

20817

20984

21028

(en %)

(62,46%)

(62,05%)

(61,51%)

(61,03%)

(61,49%)

(59,52%)

(58,93%)

(58,58%)

(58,05%)

(57,61%)

Nombre de cartes attribuées à des femmes

10944

11387

11744

12349

12991

13855

14485

14722

15164

15475

(en %)

(37,54%)

(37,95%)

(38,49%)

(38,97%)

(38,51%)

(40,48%)

(41,07%)

(41,42%)

(41,95%)

(42,39%)

Source : CCIJP/DEPS (Direction des études, de la prospective et des statistiques du ministère de la culture)

Les femmes représentent aujourd'hui plus de 42 % des journalistes et leur nombre ne cesse de s'accroître au fil des années, tandis que celui des hommes tend à stagner, voire à décroître.

Cette situation s'explique par le fait que les jeunes filles constituent désormais environ 60 % des effectifs des écoles de journalisme, ainsi que l'a indiqué à la délégation Mme Michèle Cotta.

Pour sa part, Mme Christine Ockrent a souligné devant la délégation que la féminisation de la profession de journaliste était tout particulièrement visible parmi les « troupes de choc », qui n'hésitent pas à aller sur le terrain, notamment dans des zones qui connaissent des situations de guerre. On compte en effet aujourd'hui un certain nombre de femmes « grand reporter » connues, comme Mme Mémona Hintermann, entendue par la délégation, ou Mmes Patricia Allemonière, Ruth Elkrief, Marine Jacquemin ou Martine Laroche-Joubert, par exemple.

Mme Michèle Cotta a également noté la part importante des femmes parmi les journalistes qui suivent les questions internationales, en précisant qu'au sein des rédactions, les journalistes les plus disponibles pour partir du jour au lendemain à l'étranger étaient, le plus souvent, des femmes célibataires.

b) Mais beaucoup de femmes en situation de relative précarisation

Si les femmes sont maintenant nombreuses au sein de la profession, leur situation est souvent moins favorable que celle des hommes, comme le montre la répartition par catégorie des cartes de presse attribuées au 31 décembre 2005.

Répartition des cartes attribuées par la CCIJP en 2005

 

Nombre total

Nombre d'hommes

(% du total)

Nombre de femmes

(% du total)

Nombre de journalistes titulaires

32976

19454

(58,99 %)

13522

(41,01 %)

dont journalistes mensualisés

25276

15305

(60,55 %)

9971

(39,45 %)

dont journalistes pigistes

5639

2888

(51,21 %)

2751

(48,79 %)

dont demandeurs d'emploi

1582

855

(60,55 %)

727

(45,95 %)

dont directeurs (anciens journalistes)

479

406

(84,76 %)

73

(15,24 %)

Nombre de journalistes stagiaires

3257

1574

(44,63 %)

1953

(55,37 %)

dont journalistes mensualisés

2277

1045

(45,89 %)

1232

(54,11 %)

dont journalistes pigistes

1250

529

(42,32 %)

721

(57,68 %)

Total des journalistes mensualisés

27553

16350

(59,34 %)

11203

(40,66 %)

Total des journalistes pigistes

6889

3417

(49,60 %)

3472

(50,40 %)

Source : CCIJP/DEPS

Ce tableau fait apparaître que les journalistes femmes sont plus nombreuses que les hommes parmi les pigistes, et moins nombreuses parmi les journalistes mensualisés. Les femmes ne représentent que 15,24 % des anciens journalistes devenus directeurs.

Au cours de son audition devant la délégation, Mme Isabelle Germain a souligné que les femmes journalistes étaient généralement moins rémunérées que leurs collègues masculins, qu'elles représentaient le plus grand nombre des pigistes avec un statut précaire et surtout qu'elles accédaient plus difficilement aux fonctions de responsabilité. Elle a également noté qu'elles travaillaient plus fréquemment à temps partiel, même si cette organisation du travail était moins répandue dans le journalisme que dans d'autres professions. Elle a ainsi évoqué une « tendance à la précarisation » de la situation professionnelle des femmes journalistes, marquée par de faibles rémunérations, un important « turnover » et le recours des rédactions à un nombre croissant de collaborateurs extérieurs occasionnels.

Selon Mme Dominique Alduy, ancienne directrice générale de France 3, ancienne directrice générale du quotidien Le Monde, la situation professionnelle des femmes, comparativement à celle des hommes, en particulier en ce qui concerne les rémunérations et les promotions, est plus inégalitaire dans les médias que dans d'autres activités de services, telles que la banque.

Mme Michèle Cotta a précisé que l'égalité salariale était en principe respectée dans la profession de journaliste, tout en faisant observer que les indemnités liées aux responsabilités, plus souvent attribuées aux hommes, avaient pour conséquence de créer des inégalités qui vont en s'aggravant au fil de la carrière.

Au total, ainsi que le relève Mme Catherine Lamour, journaliste et ancien membre de l'Observatoire de la parité18(*), « dans le domaine des médias, comme ailleurs, les femmes sont payées moins que les hommes, la différence pouvant aller, à responsabilités et qualifications égales, jusqu'à 25 % », alors même qu'elles sont en moyenne plus diplômées que les hommes.

De même, Mme Mémona Hintermann a déploré devant la délégation l'insuffisance de rémunération des femmes reporters.

Selon Mme Isabelle Germain, les quelques « stars » féminines de la télévision ne sont donc pas représentatives de la situation de l'ensemble des femmes journalistes.

2. Des femmes peu nombreuses aux postes de responsabilité

a) Des dirigeants très majoritairement masculins

Selon Mme Michèle Cotta, dans cette profession comme dans d'autres, on peut observer une certaine égalité entre femmes et hommes à la base de la « pyramide », mais les inégalités s'accroissent à mesure que l'on monte dans la hiérarchie.

Ainsi que l'a souligné Mme Isabelle Germain au cours de son audition, si les femmes sont nombreuses « à la base », elles sont en revanche peu présentes « au sommet ».

L'étude des organigrammes des principaux médias français est à cet égard révélatrice.

Ainsi, le dépouillement de l'annuaire « Média SIG » effectué par la délégation fait apparaître, pour l'ensemble des entreprises de médias étudiées, une proportion de femmes inférieure à 10 % dans les postes de direction « stratégiques » tels que président-directeur-général, président du directoire ou du conseil de surveillance, vice-président, directeur général, directeur général adjoint ou délégué, ou encore secrétaire général.

Ce pourcentage est de 9,76 % pour les chaînes généralistes de télévision, 7,41 % pour les radios généralistes et seulement 3,85  % pour les quotidiens nationaux d'information générale.

PROPORTION DE FEMMES OCCUPANT DES POSTES DE DIRECTION « STRATÉGIQUES » DANS LES PRINCIPAUX MÉDIAS

Source : évaluation de la délégation du Sénat aux droits des femmes, d'après l'annuaire Média SIG 2006

Postes pris en compte : PDG, président du directoire ou du conseil de surveillance, vice-président, directeur général, directeur général adjoint ou délégué, ou encore secrétaire général

S'il existe bien quelques présentatrices vedettes de la télévision, les femmes sont en réalité très peu nombreuses aux postes décisionnels dans les médias, qu'il s'agisse de responsabilités économiques ou administratives ou de responsabilités éditoriales.

Ainsi que l'a souligné Mme Dominique Alduy devant la délégation, la toute récente nomination de Mme Agnès Touraine à la tête du conseil de surveillance de Libération constitue un cas unique en France, où l'ensemble des quotidiens nationaux et régionaux est dirigé par des hommes et où les femmes sont peu nombreuses dans les directions des chaînes de télévision ou des stations de radio.

Seules deux femmes, en France, dirigent des rédactions de grands médias, à France 2 et au journal La Croix, comme l'a fait observer Mme Christine Ockrent.

Pour sa part, Mme Christine Clerc a relevé qu'aucune femme ne faisait partie du comité éditorial de l'un des principaux quotidiens de la presse écrite, Le Figaro.

Selon l'évaluation statistique effectuée par la délégation, tous médias confondus, les femmes ne sont que 26,67 % parmi les titulaires des postes de directeurs19(*), 36,65 % parmi les chefs de service et 22,22 % parmi les rédacteurs en chef20(*).

Quasiment absentes des postes de « numéro un » ou « numéro deux » des quotidiens nationaux ou régionaux, des télévisions et radios privées ou publiques, les femmes sont en revanche un peu plus présentes dans les postes du « second cercle » : productrices, responsables de programmes, postes commerciaux ou responsables de la publicité. Elles le sont également dans les fonctions de présentateur à la télévision ou dans les rôles d'attaché de presse ou de relations publiques.

Pour Mme Christine Ockrent, les postes à responsabilité demeurent majoritairement « détenus par des hommes et transmis à des hommes par des hommes » et « le phénomène du « plafond de verre » joue donc à fond dans ce secteur ».

Selon Mme Michèle Cotta, les inégalités entre les sexes sont, de ce point de vue, sans doute plus accentuées dans les médias que dans l'ensemble de l'économie.

b) Une situation exceptionnelle en Europe

De même que Mme Dominique Alduy, Mme Christine Ockrent a mis en évidence le caractère exceptionnel de cette situation en Europe et la singularité du retard français dans ce domaine. Citant le cas de The Economist, elle a fait observer que la presse anglo-saxonne était plus volontiers paritaire.

Mme Christine Clerc a pour sa part pris l'exemple du Figaro Magazine et noté que l'ensemble des neuf chroniques régulières de ce journal étaient tenues par des hommes, alors que, par comparaison, elle a observé que parmi les onze chroniques du Financial Times, six étaient tenues par des femmes.

Même si Mme Christine Ockrent a souligné que la place des femmes demeurait limitée dans les rédactions allemandes, le seul exemple significatif de femme allemande à la tête d'un organe de presse - en dehors d'épouses ou de filles de propriétaires de journaux - demeurant celui de la comtesse Maria Dönhoff, cofondatrice du journal Die Zeit, Mme Mémona Hintermann a estimé que le partenariat et la mixité étaient plus développés dans la société allemande que dans la société française.

Selon Mme Christine Ockrent, une autre singularité française réside également dans le fait qu'en France, la plupart des directeurs de rédaction sont issus du journalisme politique, alors que, dans la presse anglo-saxonne, les directeurs de rédaction sont plus souvent issus du journalisme économique ou international. Selon elle, cette spécificité n'est pas sans conséquence eu égard au phénomène du « plafond de verre ».

En effet, les femmes sont souvent cantonnées dans des spécialités moins prestigieuses que celles des hommes. Pour Mme Isabelle Germain, elles se trouvent ainsi bloquées dans leur carrière, avant même d'avoir pu accéder au « vivier » des cadres susceptibles d'accéder à des fonctions de responsabilité.

3. Des femmes cantonnées dans des spécialités moins prestigieuses ou utilisées comme faire-valoir

a) Une répartition des tâches peu favorable aux femmes

Au cours de la table ronde sur la place des femmes dans les médias organisée par la délégation, Mme Christine Clerc a mis l'accent sur la répartition des tâches au sein des rédactions, qui aboutit, en règle générale, à confier aux femmes les reportages, les « échos » ou les portraits et aux hommes les analyses générales.

Le journalisme politique, voie privilégiée pour accéder aux postes de direction, comme l'a souligné Mme Christine Ockrent, reste une spécialité à dominante masculine, de même que le journalisme économique.

Mme Michèle Cotta a toutefois signalé un accroissement récent de la proportion de femmes dans le journalisme politique qui, autrefois considéré comme une spécialité noble, semble aujourd'hui moins prisé par les hommes.

En tout état de cause, les femmes sont plus nombreuses à traiter de sujets considérés comme secondaires ou moins prestigieux, comme la culture, les affaires sociales, la famille ou l'enfance.

Selon Mme Isabelle Germain, la présence des hommes dans un secteur d'activité est toujours liée au pouvoir et ce phénomène se retrouve dans les médias.

Certes, les femmes sont de plus en plus visibles parmi les « grand reporters », mais selon Mme Virginie Barré, journaliste et ancienne présidente de l'AFJ, « Le grand reportage, ce genre qui reste encore très prestigieux aux yeux du grand public, ne paie plus, et ce n'est plus la meilleure voie d'accès à des postes de responsabilité ou à des promotions qui se gagnent en restant proche des couloirs et des bureaux des directions générales »21(*).

b) Des femmes un peu plus nombreuses dans les médias les moins convoités

Ainsi que le souligne Mme Catherine Lamour, journaliste et ancien membre de l'Observatoire de la parité22(*), « les femmes sont plus nombreuses dans les médias les moins convoités ».

Selon les chiffres mentionnés par son article publié en juin 2005, on ne compte dans la presse quotidienne qu'une femme pour 4,6 hommes.

Les femmes sont un peu plus nombreuses à la télévision, avec une femme journaliste pour 3,4 hommes ; encore n'y sont-elles réellement présentes que depuis les années 1980. A cet égard, Mme Christine Ockrent, entendue par la délégation, qui fut la première femme à présenter le journal télévisé du soir en 1981, a joué un rôle de pionnière.

D'ailleurs, si les femmes présentatrices de journaux télévisés sont désormais assez nombreuses, elles sont encore assez souvent cantonnées dans des créneaux moins favorables ou moins prestigieux : journaux du week-end ou journaux de fin de soirée...

En revanche, dans la presse professionnelle et technique, moins prestigieuse, hommes et femmes sont en nombre presque égal, sans parler de la presse féminine où les femmes sont majoritaires.

Selon le volet français de l'enquête internationale sur la place des femmes dans les médias, réalisée en 2000 par l'AFJ et portant sur un échantillon représentatif de chaînes de télévision, stations de radio et quotidiens de la presse écrite, on dénombrait alors :

- à la télévision et à la radio : environ 30 % de femmes journalistes :

- 31 femmes sur 103 à la télévision, 3 chaînes étant prises en compte : TF 1, France 2 et France 3 ;

- 25 femmes sur 82 à la radio, 4 stations étant analysées : France Inter, RTL, Europe 1, Fréquence Nord ;

- dans l'ensemble de la presse : 23,6 % de femmes journalistes (29 femmes sur 123), dont :

- 36,5 % dans la presse nationale, au sein de 4 quotidiens : Le Monde, Le Figaro, Libération, Aujourd'hui en France - Le Parisien ;

- et 14,5 % dans la presse régionale, 7 quotidiens ayant été étudiés : Ouest-France, Sud-Ouest, La Voix du Nord, Les Dépêches - Le Progrès, Nord-Eclair, L'Est Républicain, Le Dauphiné Libéré.

Selon les résultats du dépouillement de l'annuaire « Média SIG » effectué par la délégation, les femmes sont 32 % à occuper des postes de responsabilité au sens large au sein des chaînes généralistes de télévision, 30 % dans les magazines nationaux d'information générale, 26 % dans les quotidiens nationaux d'information générale et 23 % au sein des radios généralistes23(*), ainsi que le détaille le tableau figurant ci-après.

Cette évaluation statistique fait également ressortir une présence des femmes plus marquée dans les chaînes de télévision que dans la presse écrite, mais celle-ci est largement due à la prise en compte des postes de présentateurs de journaux ou de magazines d'information, où la parité est globalement atteinte.

Par ailleurs, il est à noter que les femmes sont plus nombreuses à la télévision qu'à la radio et, pour ce qui concerne la presse écrite, mieux représentées dans la presse magazine que dans la presse quotidienne.

PROPORTION DE FEMMES OCCUPANT DES POSTES DE RESPONSABILITÉ DANS LES PRINCIPAUX MÉDIAS

(en %)

 

Chaînes généralistes de télévision

Radios généralistes

Quotidiens nationaux d'information générale

Magazines nationaux d'information générale

Grandes agences de presse

Ensemble des médias étudiés

Postes de direction « stratégiques »

9,76

7,41

3,85

14,81

0,00

8,80

Postes de directeurs et chefs de services, ainsi que leurs adjoints ou délégués

37,98

24,05

26,72

28,57

20,34

30,82

Postes de rédacteurs en chef et leurs adjoints

14,29

31,43

26,92

29,91

0,00

25,63

Postes de présentateurs de journaux ou de magazines d'information

45,65

22,22

sans objet

sans objet

sans objet

31,36

Responsables de bureaux à l'étranger

11,11

26,67

36,00

75,00

sans objet

28,57

Postes de responsabilité au sein des « pôles publicité »

44,44

27,27

33,33

52,63

sans objet

41,18

Ensemble des postes de responsabilité recensés

32,01

23,23

25,80

30,19

16,90

27,75

Source : évaluation de la délégation du Sénat aux droits des femmes, d'après l'annuaire Média SIG 200624(*).

c) Des femmes parfois recrutées en fonction de leur apparence physique ou utilisées comme faire-valoir d'un homme ?

Au cours des auditions de la délégation a été évoquée, à plusieurs reprises, la question de savoir si la nomination de femmes journalistes à certaines fonctions, en particulier à la télévision, n'était pas exagérément déterminée par leur aspect physique.

En particulier, Mme Mémona Hintermann a noté la préférence dont bénéficient parfois les « jeunes et jolies femmes » pour accéder aux fonctions de présentatrices de journaux télévisés.

Pour sa part, Mme Isabelle Germain a relevé l'exemple des journalistes chargées de couvrir l'actualité à l'Assemblée nationale, qui sont généralement « jeunes et jolies ».

Par ailleurs, si les femmes sont désormais assez nombreuses parmi les présentateurs, elles n'en ont pas pour autant nécessairement des responsabilités éditoriales au sein de la rédaction et ne maîtrisent donc pas forcément le contenu de l'information.

Ainsi, si le dépouillement de l'annuaire « Média SIG » fait apparaître une proportion de près de 46 % de femmes parmi les présentateurs de journaux ou de magazines télévisés sur les chaînes généralistes, les femmes ne sont que 17,5 % à y porter le titre de rédacteur en chef.

Comme l'a souligné Mme Michèle Cotta, de nombreuses femmes apparaissent à l'antenne, sans pour autant exercer de fonctions d'encadrement.

Les femmes peuvent donc être utilisées comme faire-valoir d'une équipe de responsables masculins. Tel est également parfois le cas dans des émissions animées par un tandem homme/femme.

Comment remédier à cette situation ?

Ainsi que l'a souligné Mme Dominique Alduy devant la délégation, il convient tout d'abord de veiller avec une plus grande vigilance à l'application concrète de l'arsenal législatif existant, déjà très développé, qu'il s'agisse des lois contre les discriminations à l'égard des femmes ou sur l'égalité salariale, au besoin en engageant des actions en justice devant les prud'hommes. Selon elle, les femmes exerçant des fonctions de responsabilité se doivent tout particulièrement de faire respecter les lois contre les discriminations dans les entreprises où elles travaillent.

A cet égard, Mme Michèle Cotta a souligné, à la lumière de sa propre expérience, l'effet d'entraînement que suscite la nomination d'une femme à un poste de responsabilité.

L'éventualité de l'adoption de mesures contraignantes de discrimination positive en faveur des femmes ne fait pas l'unanimité ; au cours de la table ronde organisée par la délégation, Mme Mémona Hintermann, par exemple, s'y est déclarée opposée, faisant observer que, même aux Etats-Unis, le concept de discrimination positive était contesté, certains Etats l'ayant abandonné par référendum ou projetant d'y renoncer.

De même, Mme Michèle Cotta s'est montrée réservée à l'égard de l'institution de quotas qu'elle a jugés difficiles à imposer.

Elle a néanmoins considéré comme nécessaire de sensibiliser les présidents d'entreprises de médias à la parité entre femmes et hommes. Elle a en outre suggéré d'instaurer des mécanismes de médiation permettant aux femmes de contester, au cas par cas, les processus de nomination discriminatoires à leur égard.

Pour sa part, Mme Christine Bruneau, présidente de l'association « Femmes de demain »25(*), entendue par la présidente de la délégation, a estimé qu'il pourrait être utile d'établir dans chaque entreprise de médias, à partir d'un état des lieux dressant le bilan de la situation actuelle, un plan d'évolution, par exemple sur cinq ans, destiné à favoriser l'accession des femmes aux fonctions de responsabilité et à leur permettre d'intégrer les instances décisionnelles, en fixant des objectifs de progression à atteindre.

En outre, elle a suggéré que soit créé un prix institutionnel récompensant l'entreprise de médias assurant la plus large place aux femmes dans les fonctions de responsabilité. Un tel prix permettrait de récompenser une entreprise dont le comportement serait exemplaire en matière de parité entre les hommes et les femmes.

Interrogée sur ce point par Mme Gisèle Gautier, présidente, au cours de son audition devant la délégation, Mme Michèle Cotta a approuvé cette proposition, tout en faisant observer qu'il conviendrait d'exclure de l'éligibilité à ce prix les entreprises de la presse dite « féminine », où les femmes sont traditionnellement très présentes.

D'une manière générale, de même que dans les autres secteurs d'activité, le développement de la négociation au sein des entreprises et l'instauration de mesures incitatives destinées à favoriser l'accession des femmes à une pleine égalité professionnelle semblent préférables à l'institution de quotas.

A cet égard, il est à noter que la direction et les syndicats de Radio-France ont signé, en mars 2007, un intéressant accord sur l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes.

Selon le communiqué publié par l'entreprise, cet accord, « premier de cette nature dans une grande société de l'audiovisuel public », est destiné à « assurer de manière concrète l'égalité entre les hommes et les femmes », dans un objectif de lutte « contre toutes les formes de discrimination ». Très complet, cet accord concerne le recrutement, la rémunération, le travail à temps partiel, la maternité, l'adoption et le congé parental, l'évolution professionnelle, la mobilité, la formation professionnelle...

Il constitue un exemple à suivre pour les autres entreprises de médias.

A cet égard, la délégation tient à rappeler l'obligation de négociation prévue par la loi n° 2006-340 du 23 mars 2006 relative à l'égalité salariale entre les femmes et les hommes, en vue de la conclusion d'accords destinés à assurer de manière concrète l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes dans tous ses aspects.

Elle souligne la nécessité d'une mise en oeuvre concrète de cette loi dans des délais rapides, dans le secteur des médias comme dans les autres secteurs.

Il apparaît d'autant plus important de parvenir à une pleine égalité professionnelle dans ce secteur que, selon certaines analyses, la place insuffisante faite aux femmes dans les postes de responsabilité des médias n'est pas sans incidences sur le contenu de l'information.

* 17 Dont on trouvera les résultats complets en annexe du présent rapport.

* 18 Cf. l'article intitulé : « Les femmes et les médias : le miroir à deux faces », juin 2005, en ligne sur le site de l'Observatoire de la parité.

* 19 En dehors des directeurs des ressources humaines et des directeurs de la publicité, parmi lesquels leur part atteint respectivement 42,86 % et 50 %.

* 20 Cf. annexe statistique.

* 21 Citée par Mme Catherine Lamour dans l'article susmentionné : « Les femmes et les médias : le miroir à deux faces ».

* 22 Cf. article précité.

* 23 Cf. annexe statistique.

* 24 Cf. précisions méthodologiques en annexe.

* 25 Qui avait organisé, en partenariat avec l'UNESCO, les 7 et 8 mars 2005, un colloque intitulé « Femmes reporters - Donnons du poids à toutes les plumes ».