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Les nouveaux médias : des jeunes libérés ou abandonnés ?

 

6. Le rôle des documentalistes

Le blog (http://blogs.senat.fr/mediasjeunesse) que votre rapporteur a ouvert dans le cadre de cette mission a très bien montré que les documentalistes étaient très désireux de pouvoir exercer des fonctions pédagogiques en matière d'éducation aux médias. D'aucuns semblent même atteints d'un certain spleen lié à la différence entre les compétences qui leur sont demandées au concours et celles qu'ils ont le sentiment de mettre en oeuvre.

Comme l'a bien souligné M. Frédéric Bleuche, le volet « Information » des centres de documentation et d'information, est largement inexploité106(*). Le travail de recherche sur le rôle des documentalistes est ancien et fourni. Les chercheurs convergent pour affirmer que les documentalistes doivent participer activement aux activités pédagogiques de l'établissement, notamment dans le cadre de l'éducation aux médias107(*).

Par la circulaire de mission de 1986, l'éducation nationale a effectivement confié des fonctions gestionnaires et éducatives au professeur documentaliste. Mais comme le note M. Pascal Duplessis108(*), « le premier mandat, relevant des techniques documentaires, est survalorisé par l'institution. L'autre, sous-tendu par des contenus disciplinaires issus du domaine universitaire reste imprécis, voire contesté ». La question qui se pose est relativement simple : de quoi les « professeurs documentalistes » sont-ils professeurs ?

Le rôle des professeurs-documentalistes fait l'objet d'une longue analyse dans le rapport de M. Jean-Louis Durpaire : « le rôle des documentalistes dans le cadre d'une éducation à l'information et aux médias mérite une attention particulière. En effet, la recherche documentaire et le traitement de l'information occupent une place de plus en plus importante dans la formation des élèves et pour la mise en place de pédagogies en cohérence avec la société dans laquelle ils vivent. L'existence, depuis plusieurs années, de dispositifs transversaux comme les itinéraires de découverte (IDD) en collège, les travaux personnels encadrés (TPE) et les projets pluridisciplinaires à caractère professionnel (PPCP) en lycée, qui impliquent que les élèves conduisent une recherche personnelle sur des thèmes choisis, utilisent des documents et des supports variés, vérifient leurs sources, les sélectionnent selon une démarche méthodique, font du professeur documentaliste un acteur important de la formation de l'élève à l'autonomie et à la responsabilité en matière de maîtrise de l'information.. Vue du côté des professeurs-documentalistes, l'éducation aux médias relève de leur responsabilité, à un double titre :

- en premier lieu, en tant que premiers formateurs des élèves à la recherche documentaire. La circulaire de mission du 13 mars 1986 définit les objectifs de cette formation. Elle invite, en substance, les documentalistes à apprendre aux élèves, dès le collège, à définir une stratégie de recherche d'information, à en déduire une méthode, à utiliser les instruments de recherche, à identifier de façon pertinente les documents utiles, puis à les utiliser avec discernement. Le plus souvent, ce travail est effectué par le professeur-documentaliste seul, sous forme de séquences en classe de sixième. Il est mené aussi, aux différents niveaux scolaires, en collaboration avec des professeurs de disciplines, soit dans le cadre de leur enseignement, soit dans le cadre d'activités pédagogiques pluridisciplinaires impliquant plusieurs enseignants.

- en second lieu, les professeurs-documentalistes contribuent, sous des formes diverses, à la préparation des élèves à leur rôle de citoyen : avec les professeurs chargés de l'éducation civique (ECJS), avec les personnels d'éducation, et notamment les conseillers principaux d'éducation dans le cadre de la vie scolaire, et dans le cadre d'initiatives propres au CDI : actions d'éducation aux médias, mise à disposition, dépouillement et présentation réfléchie de la presse locale, régionale, nationale, écrite et audiovisuelle ; semaine de la presse et des médias dans l'école et enfin, contribution à la réalisation du journal lycéen, par exemple.

Ajoutons que les professeurs-documentalistes sont souvent sollicités, naturellement, en raison de leur expertise en matière de technologies de l'information et de la communication. La politique documentaire, définie dans le cadre du projet d'établissement, à l'initiative du documentaliste, permet de fixer les axes de travail du CDI. Elle peut prévoir, spécifiquement, la contribution du CDI, en lien avec les actions des autres enseignants, dans le domaine de l'éducation aux médias, afin de donner cohérence aux différentes initiatives.

En pratique, les documentalistes ne sont guère mobilisés par l'éducation aux médias - environ un sur deux, Semaine de la presse mise à part. Étudier les médias reste une activité ponctuelle, à la différence de la formation à la méthodologie documentaire, qu'ils pratiquent régulièrement. En outre, le travail sur l'éducation aux médias est très chronophage. En revanche, ceux qui s'y investissent sont très actifs et les initiatives sont foisonnantes. Pour citer quelques exemples, au collège : animation du journal scolaire ; présentation et lecture de périodiques ; réalisation d'un cyber journal ; travaux sur la représentation des métiers à la télévision et dans les DVD, dans le cadre de l'option DP 3 heures ; étude du journal télévisé de 20 heures dans les différentes chaînes, dans le cadre de l'ECJS... En lycée et en lycée professionnel : réalisation de dossiers de presse avec les élèves, par thèmes ; aide à la préparation des débats dans le cadre de l'ECJS ; étude de la presse d'opinion ; participation à l'opération « Lycéens au cinéma » ; participation à divers concours ; aide à la réalisation d'un journal en Première L ; réalisation du journal électronique du lycée ; plus généralement, beaucoup de travaux sur ou autour d'Internet... »

Ce constat est assez accablant. Alors que l'ensemble du monde éducatif considère que les médias sont un centre d'intérêt majeur pour l'école, que la pédagogie en la matière doit être innovante et que le Centre de documentation et d'information est le lieu idéal pour la pratiquer, aucune initiative n'est prise pour mettre en valeur la profession de documentaliste.

Au contraire, les travaux personnels encadrés ont été supprimés en terminale et les postes sont en diminution.

Par ailleurs en 2007, 250 postes ont été ouverts au Certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré (CAPES) de documentaliste pour 583 départs enregistrés par la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance, et en 2008, pour 549 départs anticipés, ce sont 192 postes qui ont été ouverts au CAPES109(*).

En outre, l'éducation aux médias dépend encore trop de la bonne volonté des personnels. Faute d'un accompagnement institutionnel précis et d'un temps spécifique attribué, la généralisation d'une éducation aux médias à tous les élèves d'un établissement dépend actuellement de la volonté du chef d'établissement, de celle des équipes, et du « charisme » du documentaliste. Comme pour l'initiation à la recherche documentaire, les documentalistes éprouvent parfois les plus grandes difficultés à trouver des collègues professeurs (toujours pressés par les programmes) disponibles pour une heure d'initiation au CDI avec la classe.

Votre rapporteur tire de ces constats quelques enseignements :

- il appelle en premier lieu à une revalorisation forte du métier de professeur documentaliste qui passe par l'attribution claire de responsabilités en matière d'éducation aux médias110(*). La Fédération des enseignants documentalistes de l'Éducation nationale (FABDEN) propose à cet égard la mise en place de modules spécifiques à l'éducation aux médias confiés aux documentalistes, ce que souhaite également votre rapporteur ;

- constatant en outre que les IDD, les dédoublements officieux, ou les heures de vie de classe, sont autant de dispositifs utilisés par les professeurs documentalistes pour tenter d'organiser la formation des élèves, en l'absence d'horaires réglementaires, il souhaite imposer des heures d'éducation aux médias. Il préconise à cet égard qu'en quatrième et en seconde, un module d'une dizaine d'heures annuelles par classe (ou demi-classe) soit confié au professeur documentaliste, éventuellement en collaboration avec un autre professeur, pour l'éducation aux médias111(*).

* 106 Audition du 3 juillet 2008.

* 107 L'ouvrage de Jean Hassendorfer et Geneviève Lefort, Une nouvelle manière d'enseigner : pédagogie et documentation, Paris, Les cahiers de l'enfance, 1977 est une référence pour l'utilisation pédagogique de la documentation. Les centres documentaires sont envisagés comme constituant un environnement favorable à l'étude, le cadre d'un milieu propice au développement culturel.

Albert Moyne, Le travail autonome, Paris, 1982 : l'activité documentaire est un des pivots du travail autonome. Le rôle du documentaliste est triple selon l'auteur : rôle administratif, rôle humain et rôle pédagogique.

* 108 Supplément au n° 662 du 8 février 2008 de l'Université syndicaliste.

* 109 Source : http://savoirscdi.cndp.fr

* 110 A cet égard, la définition d'un référentiel du métier de documentaliste, comme l'a proposé Mme Vassilia Margaria, dans son audition du 26 juin 2008, apparaît comme un préalable nécessaire.

* 111 Il est à noter que le Syndicat national de l'enseignement secondaire (SNES) propose quant à lui un horaire de 8 heures par élève en seconde, en classe dédoublée mais ne se prononce pas sur le contexte de ce cours.