C. LE RÔLE DES MÉDIAS TRADITIONNELS

1. Donner une place à l'éducation aux médias à la télévision

Dès 2002, le collectif interassociatif enfance et médias (CIEM) préconisait de relancer la politique de l'enfance et de l'adolescence dans les médias 120 ( * ) . Le rapport précité de Mme Blandine Kriegel proposait quant à lui la mise en place d'une signalétique positive , notamment dans les programmes jeunesse.

Ainsi, la chaîne M6 a diffusé, « dans le cadre de la semaine de l'Internet, un programme court (52 épisodes de 2 minutes) destinés à sensibiliser les enfants aux dangers de ce média. Cette démarche a été réalisée en collaboration avec le ministère de l'éducation nationale et la commission européenne ». Des émissions du type « C'est pas sorcier » sont par ailleurs clairement adressées à un public jeune et peuvent traiter des questions médiatiques.

Force est néanmoins aujourd'hui de constater la rareté des programmes d'analyse des médias et l'absence d'une quelconque signalétique positive, surtout depuis que France 5 ne diffuse plus l'émission « Arrêt sur images ».

Dans le cadre de la réforme de France Télévisions, votre rapporteur souhaite que soit imposée une émission sur le décryptage des images, non pas seulement dans le cahier des charges de France 5, mais aussi dans celui de France 2.

Cette émission devrait expliquer comment sont fabriquées les images, qu'il s'agisse de celles de fiction, de publicité ou d'actualité et les raisons pour lesquelles elles ont été présentées de telle ou telle façon.

Enfin, le Conseil supérieur de l'audiovisuel a un rôle à jouer dans le contrôle du cahier des charges des chaînes, mais aussi à travers le renforcement des campagnes publicitaires sur la protection des mineurs et ses actions de formations aux professeurs 121 ( * ) .

2. Valoriser les bonnes pratiques médiatiques

Le rapport de Mme Claire Brisset publié en 2002 déplorait quant à lui des « programmes pour la jeunesse insuffisants ». En 2000, les programmes pour la jeunesse constituaient, d'après Médiamétrie, environ 8 % de l'offre de programme des chaînes en clair, et en assuraient 3,2 % de l'audience globale. Sous la pression économique, les programmes pour enfants ont subi deux types d'évolution : ou bien ils ont été marginalisés, à des heures de très faible audience (le matin notamment), ou bien ils ont été transformés en simple vecteur promotionnel de produits associés (Pokémon). Alors que c'est France 5 qui propose le plus de programmes d'information, magazines ou documentaires destinés à la jeunesse, son audience reste faible chez les enfants et adolescents.

Par ailleurs, l'offre à destination des enfants manque de diversité. Elle est sur l'ensemble des chaînes hertziennes tournée à plus de 90 % vers la fiction. Quant à l'offre à destination des adolescents, Mme Claire Brisset souligne qu'elle « évolue dans un genre télévisuel réduit, fonctionnant sur le mode de la régression, de la dérision ou de la transgression, et offrant souvent une vision cynique et individualiste de la société marchande. Loin des objectifs pédagogiques et éducatifs qui devraient prévaloir dans la programmation jeunesse, ce genre télévisuel favorise une offre majeure de divertissement, par des programmes similaires, fédérateurs de certaines tranches d'âge, mais dont la concurrence reste économique ». Le rapport conteste ensuite la téléréalité et les coûts que peuvent représenter, pour les parents, les SMS surtaxés visant à sélectionner les candidats.

Votre rapporteur ne peut que constater que la situation n'a guère évolué et que la programmation jeunesse des chaînes de télévision privées appelle un sursaut des chaînes publiques.

L'idée de mettre en place une signalétique positive pour désigner des émissions intéressantes pour la jeunesse lui paraît aujourd'hui très intéressante, pour guider les parents qui n'ont pas le temps de choisir les programmes visionnés par leurs enfants, et montrer aux jeunes que tous les contenus n'ont pas la même valeur et les mêmes objectifs.

Les propos qu'il a échangés avec M. Julien Borde 122 ( * ) , directeur des programmes jeunesse de France 3, l'ont à cet égard convaincu que des valeurs de service public pouvaient s'exprimer pleinement dans la programmation jeunesse. La volonté de fédérer les parents et les enfants, les petits et grands et les filles et les garçons est d'une importance majeure face à un marché qui a de plus en plus tendance à segmenter les publics. L'originalité de la narration et l'exemplarité des programmes (valeurs positive, non-reproduction de comportements dangereux) sont en outre des valeurs ajoutées qu'il est essentiel de promouvoir.

Le souhait de France 3 d'appliquer les mêmes principes aux contenus numériques, dans le cadre d'une démarche « global média » lui paraît également une excellente initiative.

Votre rapporteur conclut sur ce sujet que les chaînes publiques doivent aussi trouver leur identité dans le domaine de la programmation jeunesse et que les prochaines discussions sur l'audiovisuel public devront aussi porter sur cette question majeure pour les jeunes.

* 120 M. Christian Gautellier, vice-président du CIEM, a une nouvelle fois appelé, lors de son audition du 10 avril 2008, à une action forte en matière de soutien à la création de contenus et programmes pour les jeunes

* 121 Mme Agnès Vincent-Deray, membre du CSA, auditionnée le 22 mai 2008, souhaite au demeurant que le CSA participe davantage encore à l'éducation aux médias.

* 122 Audition du 22 mai 2008.

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