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Les effets sur la santé et l'environnement des champs électromagnétiques produits par les lignes à haute et très haute tension

 

3. Les études françaises récentes d'exposition individuelle

En France deux études récentes permettent d'avoir une idée plus précise de l'exposition individuelle aux champs magnétiques 50 Hz.

a) L'étude Champlan

Durant les hivers 2007 et 2008, l'AFSSET a fait procéder par Supélec à une série de mesures du champ magnétique 50 Hz sur la commune de Champlan. Cette étude s'insérait dans un travail plus large de prise en compte de l'ensemble des pollutions subies par la commune, qui était coordonnée par l'ADEME.

La commune de Champlan est en effet le lieu de passage de plusieurs lignes à haute tension et de chemin de fer. L'objectif était donc d'en mesurer l'impact tout en le distinguant des sources domestiques.

18 personnes volontaires ont été sélectionnées dont 7 pour leur proximité avec les lignes à haute tension. Leur exposition a été mesurée pendant 24 heures, la fréquence des mesures et la distinction entre la fréquence fondamentale et les harmoniques, et l'échange qui suivait le lendemain avec le Pr Azoulay de Supélec ont permis d'identifier toutes les sources d'émission avec la mesure enregistrée.

Se dégagent ainsi des profils journaliers où chaque activité apparaît : proximité des lignes à haute tension, usage d'un appareil électroménager, train, passage dans un portique électronique et même pour ceux qui habitaient à proximité même des lignes à haute tension : évolution de l'exposition en fonction de la charge de la ligne dans la journée et de la position dans la maison (étage, rez-de-chaussée, jardin...).

Dans la plupart des cas, l'exposition est faible. Dans 12 cas, elle est inférieure à 0,2 uT en moyenne sur 24 heures et, dans un seul cas, supérieure à 1 uT. En revanche, on constate de multiples pics qui s'expliquent le plus fréquemment par l'usage des fours à micro-ondes et de divers appareils électroménagers ou le passage par le portique antivol d'une grande surface.

Cette étude a bien évidemment une portée limitée. Elle est néanmoins intéressante par les pistes qu'elle ouvre :

- la caractérisation et la quantification possible des différentes sources,

- la possibilité de définir des profils d'exposition permettant d'apprécier plus finement l'exposition effective de certaines catégories de population.

b) L'étude Expers

L'étude Expers a été menée par un second laboratoire de Supélec dans le cadre d'une thèse dirigée par le Pr Gilles Fleury.

Elle fait suite à la demande du Conseil supérieur d'hygiène public de France (CSHPF), en 2004, de disposer d'une évaluation scientifique de l'exposition de la population française aux champs magnétiques d'extrêmement basses fréquences.

Ce travail a été financé presque en totalité par RTE (700 k€, sur 720 k€, le delta étant apporté par le ministère de la santé).

L'objectif était de mesurer l'exposition sur 24 heures et de la caractériser pour un échantillon de 1 000 enfants de 0 à 14 ans et de 1 000 adultes.

Le recrutement des volontaires a été très difficile. Plus de 95 000 numéros de téléphone ont été composés, 47 % ont abouti et seulement 3 % ont donné un accord de principe. 70 minutes ont été nécessaires en moyenne pour convaincre les volontaires de participer au programme contre seulement 3 minutes habituellement pour l'agence qui a réalisé l'opération. Le point critique a été d'obtenir la participation des enfants. Les expérimentateurs ont finalement dû retenir un volontariat simultané d'un parent et d'un enfant de la même famille (523 doublons sur 2 000) entraînant du même coup une surreprésentation des femmes dans l'échantillon (64 %). Malgré cela, les enfants de moins de six ans sont fortement sous représentés par rapport à la population française moyenne, une vraie insuffisance comme votre rapporteur le montrera par la suite. Au total, ce sont 2 032 séries de données qui ont été validées et analysées.

Les premiers résultats font ressortir la plus faible exposition des enfants par rapport aux adultes.

Mais les enfants sont en proportion plus nombreux à être exposés en moyenne à plus de 0,4 uT. Seuls deux enfants ont été exposés en moyenne géométrique, 30 enfants si on prend en compte la moyenne arithmétique (3,1 %).

Parmi ces enfants, dans 20 cas, l'exposition s'explique par la présence d'un radioréveil seul et, dans 4 cas supplémentaires par la présence conjointe d'un radioréveil et d'une source RTE, ERDF ou SNCF. Dans un cas, l'enfant habite et va à l'école à proximité d'une ligne SNCF. Dans quatre cas, la source est un appareil électrique. Dans un cas, il s'agit d'une ligne ERDF (moins de 50 kV) seule.

Le nombre et la proportion d'adultes exposés en moyenne à plus de 0,4 uT est plus faible : aucun en moyenne géométrique, 11 en moyenne arithmétique. Dans 9 cas, les radioréveils sont impliqués. Dans deux autres cas, ce sont des appareils électriques.

Ces résultats donnant une trop grande place à la présence de radioréveils au pied du lit pendant la nuit, l'appareil de mesure étant fréquemment posé sur la table de chevet, une analyse de l'exposition hors sommeil a été réalisée.

Hors sommeil, seuls 11 enfants présentent une exposition moyenne supérieure à 0,4 uT (moyenne arithmétique), principalement en raison de la présence d'appareils électriques et de nouveaux de radioréveils (2 cas). Pour les adultes : dans trois cas les transports ferroviaires sont responsables, dans quatre cas les appareils électriques et dans deux cas la profession.

Sur l'échantillon, la proximité des lignes aériennes de transport d'électricité ou de transport ferroviaire apparaît comme un facteur de surexposition.

1ère étude d'exposition personnelle d'une population à l'échelle d'un pays, l'étude Expers apporte un éclairage précieux.

Cependant, elle souffre d'importants biais de recrutement et n'apporte que peu de données sur l'exposition des jeunes enfants à proximité des lignes de transport d'électricité.