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Egalité des femmes et des hommes dans le sport : comme dans le marathon, ce sont les derniers mètres les plus difficiles

21 juin 2011 : Egalité des femmes et des hommes dans le sport : comme dans le marathon, ce sont les derniers mètres les plus difficiles ( rapport d'information )

B. UNE ÉGALITÉ DE FAÇADE

Après des débuts difficiles, le nombre de femmes pratiquant une activité sportive et participant aux compétitions sportives a donc aujourd'hui considérablement évolué. Ainsi les femmes sont de plus en plus nombreuses à pratiquer des activités physiques et sportives (APS). Quelques fédérations sont emblématiques de cette évolution, comme l'a rappelé Mme Françoise Sauvageot : « la Fédération française d'éducation physique et de gymnastique volontaire qui, avec 540 000 licenciés se place au 5e rang des fédérations françaises, est aussi la plus féminine, comptant 94 % de femmes. Il y a un siècle, elle était masculine, hygiéniste, marquée par des accents militaires et elle comptait 95 % d'hommes ».

1. L'impression trompeuse d'une égalité...

Selon l'enquête INSEE de 200323(*), 64 % des femmes interrogées déclarent avoir pratiqué au moins une activité physique ou sportive au cours des 12 mois précédents.

Les femmes représentent aujourd'hui 35 % des licenciés des fédérations sportives, 35 % des sportifs de haut niveau, un tiers des étudiants de la filière universitaire « Sciences et techniques des activités physiques et sportives », 14 % des conseillers techniques, 10 % des entraîneurs nationaux, 5 à 10 % des journalistes sportifs.

Si ces chiffres traduisent une nette amélioration de la présence des femmes, ils reflètent aussi la persistance des écarts entre hommes et femmes : on est encore loin de l'égalité !

Comme le soulignait Mme Catherine Louveau devant la délégation, « ce que j'appelle "la preuve Jeannie Longo", soit l'existence de quelques femmes sportives fortement médiatisées, comme Amélie Mauresmo et Marie-José Pérec, dont certaines sont devenues ministres, telle Chantal Jouanno, donne l'impression trompeuse d'une égalité ».

Par ailleurs, le sport féminin diffère encore sensiblement du sport masculin, qu'il s'agisse des disciplines choisies, de l'intensité des activités au cours de la vie, des lieux de pratiques ou encore de l'engagement dans la compétition. Comme on le verra plus loin, le fait que le sport féminin reste trop souvent ignoré des médias et que les femmes ne soient pas assez présentes aux postes de responsabilité dans le milieu du sport contribue à maintenir les inégalités.

2. Des pratiques féminines spécifiques

Les femmes ne pratiquent pas les mêmes disciplines sportives que les hommes et, quand elles pratiquent les mêmes disciplines, elles ne les abordent pas de la même manière.

Cette différence ne traduit pas nécessairement la persistance des discriminations à l'encontre des femmes, mais peut aussi relever de l'auto-exclusion, en raison de représentations stéréotypées et du poids des normes religieuses. Elle traduit aussi des attentes différentes.

D'après les chiffres communiqués par le ministère de la santé et des sports24(*), les activités physiques les plus pratiquées par les femmes sont la danse, la gymnastique, l'équitation, le patinage, la natation et la randonnée pédestre. On peut donc parler de « sexuation des disciplines » : si 79,4 % des licenciés de la Fédération française d'équitation et 78,9 % des licenciés de la Fédération française de gymnastique sont des femmes, elles ne sont en revanche que 2,7 % à détenir une licence à la Fédération française de football. Le constat dressé par Mme Brigitte Deydier, notamment, est confirmé : « Plus le sport requiert un engagement physique, moins on verra de filles ».

Inversement, les sports de santé, d'entretien et de nature et les disciplines esthétiques sont traditionnellement privilégiés par les femmes, même si les hommes ont tendance à y rejoindre leurs épouses passé un certain âge.

Certaines fédérations sont très féminisées, comme la danse (90 %), l'éducation physique et la gymnastique volontaire (94 %) et la gymnastique (79 %), le twirling bâton (92 %) et l'équitation (79 %), en revanche le football (2,7 %), l'aéromodélisme (3,3 %), le rugby (4,1 %), le billard (5,1 %), le motocyclisme (5,4 %) ou encore le hockey sur glace (9,3 %) figurent parmi les 18 fédérations comptant moins de 10 % de licenciées.

De la même manière, la façon de pratiquer le sport diffère sensiblement selon que l'on est un homme ou une femme.

Si 64 % des femmes déclarent avoir pratiqué au moins une discipline sportive durant l'année écoulée, elles ne sont que 35 % à prendre une licence dans une fédération (contre 65 % des hommes).

Quand elles le font, elles s'orientent plutôt vers des fédérations « multisports », comme la Fédération sportive et culturelle de France (où elles sont 67,1 %) ou la Fédération française d'éducation physique et de gymnastique volontaire (où elles sont 93,7 %), au sein desquelles l'esprit de compétition est moins entretenu, au profit d'une pratique plus communautaire et plus conviviale.

Mme Brigitte Deydier, championne du monde de judo et présidente du groupe de travail « Femmes et Sports », soulignait les attentes spécifiques des adolescentes qui pratiquent un sport : « moins attirées par les sports classiques de compétition, davantage par l'aspect ludique [...] les filles aiment papoter sur le banc, quand les garçons tapent dans la balle pendant des heures », même au Pôle Espoirs...

D'où l'importance, selon elle, d'encourager la mixité de l'encadrement « car les femmes jettent une autre lumière sur les attentes des adolescentes ».

Pour Mme Françoise Sauvageot, l'assiduité des femmes inscrites à la Fédération française d'éducation physique et de gymnastique volontaire (FFEPGV) tient au lien social que permet la pratique collective du sport : « c'est l'appel du collectif qui entretient la motivation sur le long terme et cela sert l'éducation physique parce que la personne se sent bien ».

Toutefois, quand on l'interroge sur la concurrence des pratiques auto-organisées, ou sur celles du secteur commercial (clubs de gymnastique), elle reconnaît que, dans ce domaine, « toute la différence tient à leur coût : il y a un clivage social ».

Sur ce point, les travaux des sociologues convergent. L'observation démontre que les pratiques sportives féminines sont particulièrement affectées par les inégalités sociales et qu'elles sont particulièrement marquées dans les quartiers populaires.


* 23 Source : INSEE, enquête « Participation culturelle et sportive », mai 2003, dans « Les chiffres clés du sport », publiés par le ministère de la santé et des sports.

* 24 Les chiffres-clés du sport, 1998