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Faut-il revoir la loi sur les jeux en ligne ?

12 octobre 2011 : Faut-il revoir la loi sur les jeux en ligne ? ( rapport d'information )
3. Un marché qui ne s'est pas développé au détriment du réseau physique
a) Deux offres manifestement complémentaires

Les données communiquées par l'ARJEL et les résultats annuels de la Française des jeux et du PMU confirment que le développement du jeu en ligne ne s'est absolument pas exercé au détriment des jeux et paris du réseau physique, quel que soit le secteur. Il n'a pas pour autant suscité un nouvel engouement pour les jeux « en dur ».

On ne constate pas davantage de « cannibalisation » entre les paris hippiques et sportifs, ou entre le poker et les paris. La perméabilité entre activités en ligne se révèle cependant assez faible, puisque fin 2010 et début 2011, environ le quart des comptes joueurs actifs ont été utilisés pour deux ou trois activités différentes chez un même opérateur52(*). A ce titre, votre rapporteur rappelle qu'il avait mis en doute, lors de l'examen du projet de loi au Sénat53(*), un tel risque de substitution, avancé par certains sur le fondement d'un différentiel de prélèvements. Cette perception est aujourd'hui confirmée par les faits.

De même, les casinos, dont la fréquentation a fortement diminué en 2008 et 2009 et a conduit à une baisse cumulée du PBJ de 15,9 %, ont amorcé une stabilisation en 2010 et n'ont donc pas subi un effet d'éviction marqué. Le développement du poker en ligne semble même avoir exercé un effet bénéfique sur la fréquentation des tables de poker physiques. La dimension psychologique et « théâtrale » de ce jeu peut en effet inciter les joueurs en ligne à « se tester » dans une confrontation réelle, et de nombreux tournois en ligne permettent de se qualifier pour des tournois physiques très médiatisés.

Evolution de l'activité des casinos en dur

(en millions d'euros)

   

2005

2006

2007

2008

2009

2010

Machines à sous

PBJ

2 476

2 537

2 604

2 373

2 151

2 088

Evolution

1 %

2,5 %

2,6 %

- 8,9 %

- 9,4 %

- 2,9 %

Jeux de table

PBJ

172

168

184

181

194

207

Evolution

0 %

- 2,3 %

9,5 %

- 1,6 %

7,2 %

6,7 %

Total

PBJ

2 648

2 705

2 788

2 554

2 345

2 295

Evolution

1 %

2,1 %

3,1 %

- 8,4 %

- 8,2 %

- 2,1 %

N.B : L'année ludique court du 1er novembre au 31 octobre.

Source : ARJEL

L'ouverture s'est donc traduite par une croissance du marché global des jeux plutôt que par des effets de substitution. L'activité des deux opérateurs historiques illustre cette tendance.

Le chiffre d'affaires réalisé sur Internet de la Française des jeux et du PMU a connu une forte croissance en 2010, de respectivement 19,2 % et 39 %. La FdJ avait notamment modernisé son site ParionsWeb avant l'ouverture du marché. Mais avec 18,79 milliards d'euros, le volume global des mises sur les jeux (de grattage et de tirage) et paris (hippiques ou sportifs) du réseau physique a également progressé, de 3,2 % par rapport à 2009.

L'activité de paris sportifs « en dur » de la FdJ a notamment crû de 42 %. Le montant global des enjeux sur les paris hippiques est demeuré stable, avec une légère progression de 0,1 %, et le PMU est de loin le premier acteur des paris hippiques en ligne. L'évolution différenciée des points de vente des deux monopoles s'est poursuivie, avec une diminution pour la Française des jeux et une progression soutenue pour le PMU (+ 336 points de vente).

b) Le PMU, grand gagnant de l'ouverture

Le PMU se distingue par une offre Internet complète et plus étoffée que celle de la FdJ, développée en partenariat avec le bookmaker irlandais Paddy Power (pour les paris sportifs) et l'opérateur de jeux britannique Party Gaming (pour le poker). Le site pmu.fr est ainsi le premier site de paris en France. Bien que son chiffre d'affaires fin 2010 soit deux fois inférieur à celui de la FdJ, le PMU a plutôt réussi sa diversification dans les paris sportifs en ligne à cote fixe, dont il était le quatrième opérateur en 2010 avec une part de marché supérieure à 10 %.

Activité et résultats financiers de la Française des jeux et du PMU en 2010

 

Française des jeux

Evolution par rapport à 2009

PMU

Evolution par rapport à 2009

Volume global
des enjeux

10 551 millions € dont :

- jeux de tirage
5 120 millions €

- jeux de grattage
4 290 millions €

- paris sportifs
1 142 millions € (dont Internet 91 millions €)

+ 5,5 %

- 4 %

+ 10,6 %

+ 45,8 %

+ 112 %

9 540 millions € dont :

- paris hippiques du réseau physique
8 324 millions €

- paris hippiques en ligne 730 millions €

- paris sportifs en ligne 45 millions €

+ 2,6 %

+ 0,1 %

+ 9,4 %

N.S.

Enjeux en ligne

376 millions € (paris sportifs et jeux de loterie)

+ 19,2 %

928 millions €
(paris hippiques et sportifs, poker)

+ 39 %

Mise moyenne hebdomadaire

7,3 €

+ 8,9 %
(6,7 €)

N.D.

N.D.

PBJ / PB paris

3 763 millions €

+ 2,1 %

2 372 millions €

+ 1 %

Résultat net

83 millions €

- 2,3 %

791 millions €

+ 8,1 %

Points de vente

35 800

- 2,2 %

11 000

+ 4,8 %

Source : rapports annuels de la Française des jeux et du PMU

Le PMU a encore renforcé ses positions commerciales au premier semestre de 2011, ce qui entraînera en fin d'année une augmentation sensible du résultat net, intégralement reversé à la filière hippique. Les chiffres ci-après sur l'activité illustrent ainsi une progression supérieure à celle de 2010 et le grand dynamisme des activités en ligne. Le PMU est ainsi passé au troisième rang pour les paris sportifs avec une part de marché de 18 %, devant la FdJ, et détient une part de marché de 5 % sur le poker. L'allègement de la fiscalité sur les paris hippiques introduit par l'article 34 de la loi de finances pour 201154(*), avec un taux abaissé de 5,7 % à 4,6 %, a pu contribuer favorablement à la croissance des enjeux.

Activité du PMU au premier semestre de 2011

(en millions d'euros)

 

Cumul au 30 juin

Evolution par rapport au premier semestre 2010

Total des enjeux

5 095,6

+ 8,1 %

Total des enjeux hippiques

4 879,5

+ 3,4 %

dont réseau physique

4 304

+ 2,6 %

Total des enjeux en ligne

639

+ 63,9 %

Produit brut des jeux global

1 240

+ 3,9 %

Produit brut des paris hippiques

1 193

+ 2,7 %

Source : communiqué de presse du PMU du 11 juillet 2011

Sur les trois premiers trimestres de 2011, le succès des nouvelles offres du PMU portant sur les paris sportifs et le poker en ligne s'est confirmé avec des progressions de, respectivement, 41,6 % et 23,3 % par rapport à la période équivalente de 2010. Le montant des mises jouées sur Internet a augmenté de 52,1 % (dont un quasi triplement pour les paris sur téléphones mobiles, smartphones et tablettes) pour atteindre 969,4 millions d'euros. Les activités de diversification représentent 13,8 % du PBJ en ligne et 42,2 % de sa croissance.

Les deux opérateurs historiques, en position de monopole sur tous les jeux « en dur » et sur les jeux de loterie en ligne, sont donc pour l'heure sortis largement gagnants de l'ouverture, en particulier le PMU, et ont même renforcé leur positionnement concurrentiel, ce qui semble a priori assez contre-intuitif. Le PMU a ainsi « écrasé la concurrence » sur son métier historique des paris hippiques. Les deux monopoles bénéficient cependant d'atouts structurels (cf. infra) qui leur ont permis de faire de l'ouverture une opportunité plutôt qu'une menace.


* 52 Source : ARJEL. En revanche, il ne paraît pas possible de déterminer la part des joueurs qui ont ouvert plusieurs comptes pour des activités différentes chez des opérateurs distincts.

* 53 Cf. le rapport législatif n° 209 (2009-2010) réalisé au nom de la commission des finances, tome 1, page 266.

* 54 Loi n° 2010-1657 du 29 décembre 2010 de finances pour 2011.