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La Villa Médicis : relever le défi de l'histoire

5 octobre 2016 : La Villa Médicis : relever le défi de l'histoire ( rapport d'information )

III. DIVERSIFIER LES SUPPORTS ET LES TEMPS DE PARTAGE DES TRAVAUX DES PENSIONNAIRES AVEC LE PUBLIC ET AVEC LE MONDE DE L'ART

Si la notoriété de l'Académie de France à Rome est d'abord née du talent de ses pensionnaires, il semble aujourd'hui qu'elle se maintienne à leur détriment : l'institution est connue, mais pas les artistes et les chercheurs qu'elle accueille. Cet isolement peut certes, pour certains résidents, être choisi, et le rôle de la Villa n'est évidemment pas de forcer ses pensionnaires à suivre une démarche contraire à leur mode de travail ou à la nécessité de leurs recherches.

Mais il faut tout du moins que les pensionnaires qui le souhaitent puissent bénéficier d'espaces d'échanges avec le public et avec le monde de l'art.

A. RECRÉER UN PRIX DE ROME POUR LES PENSIONNAIRES DONT LE SÉJOUR AMORCE LA CRÉATION D'UNE oeUVRE ORIGINALE

Le Prix de Rome était attribué, jusqu'en 1971, aux candidats admis à devenir pensionnaires : leur sélection était fondée sur la production d'une oeuvre. Il a été supprimé au profit d'une sélection sur dossier et sur projet.

S'il ne s'agit pas de revenir au système qui préexistait à la réforme dite « Malraux », votre rapporteur spécial considère que la création d'un nouveau Prix de Rome pourrait à la fois encourager les pensionnaires dans leur démarche de création et contribuer à améliorer la visibilité de l'Académie de France à Rome. Une telle réforme renforce la nécessité d'une évolution du titre et du rôle du « Nouveau Prix de Rome », sorte de « parrain » de la promotion.

1. Un nouveau Prix qui pourrait inciter les pensionnaires à mettre leur séjour à profit

Le Prix de Rome proposé par votre rapporteur spécial pourrait être attribué à des pensionnaires ou anciens pensionnaires artistes pour des oeuvres dont la création aurait été amorcée lors du séjour à la Villa.

Il ne s'agit donc pas de faire peser une obligation de production sur les pensionnaires, mais d'encourager dans leur démarche ceux qui cherchent à faire oeuvre lors de leur séjour en ouvrant la possibilité d'un prix officiel décerné par un jury international d'artistes ou de critiques d'art.

Le jury, dont la composition serait renouvelée à chaque attribution du prix, pourrait se réunir une fois tous les deux ans afin d'examiner les travaux soumis par les pensionnaires à la fin de leur séjour ou par les anciens pensionnaires. La soumission des travaux ne ferait elle non plus l'objet d'aucune obligation et relèverait du libre choix de l'artiste.

2. Un titre prestigieux pour améliorer la visibilité de l'Académie de France à Rome et de ses pensionnaires

Ce prix pourrait donner davantage de visibilité aux travaux des pensionnaires issus des recherches effectuées pendant leur séjour, ce qui contribuerait à inciter les pensionnaires à mettre à profit leur séjour à la Villa.

Le « Prix de Rome » proposé par votre rapporteur spécial devrait également conduire à mettre en lumière l'excellence artistique de la Villa et de ses pensionnaires.

3. La question du « Nouveau Prix de Rome » : une évolution sémantique et pratique sans doute souhaitable

Le « Nouveau Prix de Rome », mis en place à partir de l'année 2014, est une personnalité française reconnue du monde des lettres, des arts et des sciences choisie par le jury de sélection des pensionnaires pour accompagner le parcours des pensionnaires d'une promotion et pour développer le dialogue entre artistes et disciplines de la création. Il s'agissait de Giorgio Agamben pour la promotion 2015 et d'Yves Coppens en 2016.

Si le talent des personnalités choisies depuis 2014 ne fait guère de doute, votre rapporteur spécial s'interroge à la fois sur la dénomination de ce « parrain » (ou de cette marraine) de la promotion et sur ses attributions exactes.

D'une part, le titre « Nouveau Prix de Rome » paraît maladroit en ce qu'il crée une confusion entre ce « parrain » d'une promotion et les pensionnaires eux-mêmes, longtemps identifiés comme des « Prix de Rome » en raison du système de sélection qui préexistait à la réforme de 1971.

D'autre part, le rôle que doit jouer cette personnalité auprès des pensionnaires ne semble pas défini avec beaucoup de précision. Votre rapporteur spécial s'interroge donc sur l'apport réel aux travaux des pensionnaires que représentent quelques rencontres épisodiques avec une personnalité certes brillante, mais finalement peu présente et dont les liens avec les spécialités des pensionnaires et leurs disciplines peuvent être très ténus. En outre, le coût du Nouveau Prix de Rome n'est pas négligeable dans la mesure où la désignation de ce « parrain » s'accompagne d'un versement au récipiendaire de 15 000 euros.

En tout état de cause, il semble que le développement des échanges au sein de la promotion puisse prendre d'autres formes, à travers les recommandations formulées par votre rapporteur spécial.