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Culture et handicap : une exigence démocratique

19 juillet 2017 : Culture et handicap : une exigence démocratique ( rapport d'information )

B. DES INITIATIVES FOISONNANTES ET REMARQUABLES À APPUYER

1. Un dynamisme exemplaire aux quatre coins de l'Hexagone

L'absence de structures ne peut pas totalement être invoquée pour expliquer les difficultés d'accès des personnes en situation de handicap à la création et à la pratique artistique et culturelle. De nombreuses initiatives artistiques et culturelles se sont développées auprès des personnes en situation de handicap. Vos rapporteurs choisissent à dessein d'utiliser le terme « auprès » pour ne pas seulement viser les initiatives destinées uniquement aux personnes en situation de handicap, mais englober l'ensemble des projets inclusifs ouverts à tous, handicapés ou non.

Ateliers de théâtre, de danse, de création musicale ou d'arts plastiques se sont montés à travers tout le territoire pour permettre aux personnes en situation de handicap de s'exprimer, au travers de l'art de leur choix, et leur donner la possibilité de créer. Sans oublier l'existence d'établissements et services d'aide par le travail (ESAT) centrés autour de l'expression artistique, qui permettent à des personnes en situation de handicap d'exercer un métier artistique et d'accéder à une certaine autonomie. Le nombre d'ESAT tournés vers les métiers artistiques et culturels reste cependant très faible.

Le succès rencontré par ces initiatives est intéressant à plusieurs titres. D'une part, il fait apparaître l'immense besoin des personnes en situation de handicap de pouvoir accéder à la pratique artistique et culturelle au même titre que leurs concitoyens. Si l'offre accessible aux personnes en situation de handicap existe, elle n'est ni encore assez nombreuse ni encore assez développée sur l'ensemble du territoire. D'autre part, il apporte la preuve que les personnes en situation de handicap ne souffrent pas d'un problème de capacités pour pratiquer une activité artistique et culturelle. Il n'y a qu'à voir combien les différences entre les personnes handicapées ou non s'estompent face au bao-pao, un instrument de musique électronique conçu pour être accessible au plus grand nombre : il est formé de quatre arcs métalliques entre chacun desquels passe un rayon laser, qui produit un son lorsqu'il est traversé par une baguette ou par le doigt. Encore faut-il tenir compte des appétences et des prédispositions de chacun et ne pas figer de nouveaux stéréotypes dans le cadre de la pratique artistique et culturelle.

Face à la montée en puissance, ces dernières années, du nombre de pièces de théâtre, de films, de concerts, de festivals, d'émissions de radio qui rendent peu à peu visible et audible la création de personnes en situation de handicap, vos rapporteurs nourrissent l'espoir qu'une nouvelle page soit en train de s'écrire. Comme si, les artistes handicapés, trop longtemps enfermés au sein d'institutions médicales et d'associations spécialisées, sortaient peu à peu de l'ombre et prenaient leur pleine et juste place dans la société.

Cet espoir est également porté par la recherche. Plusieurs travaux soutenus par la mission pour l'interdisciplinarité du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) portent actuellement sur la question de l'accès des personnes en situation de handicap à la création et aux pratiques artistiques et culturelles. Ils s'orientent dans trois directions :

- mieux comprendre l'expérience esthétique, cognitive et émotionnelle des personnes en situation de handicap ;

- mesurer, expliciter et communiquer sur les bienfaits de ces expériences pour les personnes en situation de handicap et le reste de la société ;

- imaginer des procédures d'accès et d'aide à la création et aux pratiques artistiques et culturelles et identifier les professions et les collaborations professionnelles susceptibles d'accompagner ce processus d'accès, par exemple, les métiers de la médiation culturelle, les aidants et les thérapeutes.

2. Un secteur très fragile

La fragilité des initiatives tient principalement à un manque de moyens.

La plupart des actions sont le fait d'individus ou d'associations isolés. Elles reposent largement sur le volontarisme et l'énergie d'une poignée de femmes et d'hommes bénévoles avec, pour conséquence, le fait qu'il ne soit pas rare que le départ du porteur de projets signe l'arrêt de l'action, faute de repreneur prêt à faire preuve de la même motivation ou ayant accès aux moyens nécessaires. La baisse des dotations aux collectivités territoriales est d'ailleurs préoccupante pour l'avenir de ces actions.

En outre, le soutien apporté à ces initiatives est insuffisamment pérenne, alors qu'il s'agit d'actions qui doivent s'inscrire dans la durée. Un certain nombre de conditions matérielles sont indispensables pour leur permettre de mener à bien leurs objectifs. Le retrait de la salle mise à la disposition de l'association ou des revers dans le financement, qu'il soit public ou privé, sont susceptibles de porter un coup d'arrêt brutal au fonctionnement de la structure.

La fragilité des initiatives est aussi le fait d'un défaut de visibilité. Leur existence est profondément méconnue, y compris des personnes en situation de handicap auxquelles elles s'adressent. Il est important de donner une lisibilité et une légitimité à des réalisations qui restent encore trop souvent dans l'ombre, afin qu'elles deviennent une source d'inspiration pour d'autres initiatives.