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Accompagnement des étudiants : une priorité et un enjeu d'avenir pour L'État et les collectivités

6 juillet 2021 : Accompagnement des étudiants : une priorité et un enjeu d'avenir pour L'État et les collectivités ( rapport d'information )

DEUXIÈME PARTIE - CONCLUSIONS DE LA MISSION POUR INSCRIRE LES PROBLÉMATIQUES DE LA VIE ÉTUDIANTE AU CoeUR DE TOUTE RÉFLEXION SUR L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

La mission d'information a axé sa réflexion sur le déroulement du parcours étudiant, de l'arrivée à l'université à la préparation de l'insertion professionnelle, en s'intéressant plus particulièrement à l'organisation du quotidien des étudiants (santé, logement, alimentation, organisation des campus...).

Ses travaux ont confirmé l'importance, pour la réussite des études, de tout ce qui concerne la condition étudiante et contribue à la qualité de la vie étudiante indépendamment des aspects académiques de ce parcours. Or au cours des dernières décennies, l'accès d'un nombre croissant de jeunes à l'enseignement supérieur a conduit les universités à privilégier le quantitatif aux dépens du qualitatif, qui de surcroît n'est pas pris en compte par les classements internationaux les plus suivis.

Ces travaux ont également montré l'intérêt d'un accompagnement personnalisé des étudiants, à toutes les étapes de leur parcours et dans toutes leurs démarches.

À cet égard, la mission d'information a été séduite par le modèle que peuvent constituer, face aux universités des grandes métropoles, les campus de taille réduite, où les étudiants peuvent bénéficier d'un accompagnement individualisé, gage de réussite dans le domaine académique et de sérénité dans la vie quotidienne. Ces petites structures présentent également l'intérêt d'offrir à des étudiants issus de territoires ruraux le cadre d'une première étape de leur cursus, avant de rejoindre des établissements situés dans des grandes métropoles.

Sensibilisée aux enjeux territoriaux de l'enseignement supérieur, la mission tient à saluer, entre autres exemples prometteurs, celui de l'Institut universitaire d'Albi. Elle souhaite également exprimer son intérêt pour l'engagement d'universités qui, comme celle de La Rochelle, contribuent par leur dynamisme à multiplier les liens avec tous les acteurs du territoire (collectivités territoriales, entreprises, associations...), favorisant ainsi l'insertion professionnelle de leurs étudiants. De manière générale, la mission plaide pour que les questions d'enseignement supérieur soient inscrites au coeur des politiques d'aménagement du territoire.

La mission d'information a constaté l'importance des enjeux d'égalité dans les problématiques étudiantes, malgré un enseignement supérieur dont une très grande partie est gratuite. Le financement de la vie étudiante reste en effet un défi pour de nombreux étudiants, qu'il s'agisse de l'accès au logement, de la contrainte que peut constituer la nécessité d'exercer un emploi salarié pour financer ses études, d'un accès aux soins aléatoire ou, pour les plus défavorisés, de la précarité alimentaire. Pourtant, la France consacre un effort financier très important aux aides diverses ouvertes au étudiants (bourses, plus particulièrement sur critères sociaux, aides au logement...), que confirme d'ailleurs la comparaison avec les dispositifs d'aide et de soutien financier proposés par d'autres pays européens.

Les travaux de la mission d'information ont mis l'accent sur des catégories d'étudiants qui doivent faire l'objet d'une attention soutenue, et plus particulièrement les étudiants ultramarins dans l'hexagone, les étudiants issus des territoires éloignés des grandes métropoles et les étudiants en situation de handicap.

Très sensibilisée à la situation de ces derniers, la mission est convaincue que l'ensemble des établissements d'enseignement supérieur doivent se fixer un objectif d'accessibilité de toutes les étapes du parcours étudiant, de sorte que les jeunes adultes en situation de handicap puissent effectuer les études de leur choix dans les meilleures conditions.

Alors qu'il semble possible d'envisager la sortie de la crise sanitaire, le bilan de la pandémie pour le monde étudiant reste lourd.

La mission d'information souhaite saluer l'engagement de tous ceux qui se sont impliqués aux côtés des étudiants pendant la crise : collectivités territoriales, professionnels de santé, acteurs de l'enseignement supérieur, entreprises, personnels des Crous, associations...

Elle est convaincue que les conséquences de la crise pour les étudiants se feront sentir dans les années à venir et que de nombreux efforts doivent d'ores et déjà être mis en oeuvre pour en atténuer les effets.

De nombreux étudiants ressentaient déjà avant la pandémie les difficultés psychologiques que celle-ci a mises en évidence : cette dimension essentielle de leur santé impose donc désormais une attention soutenue, de même que la lutte contre une précarité étudiante qui s'est incarnée par les longues files d'attente devant les guichets d'aide alimentaire.

Si le numérique a permis une certaine continuité pendant les confinements successifs grâce à l'enseignement à distance, il n'en demeure pas moins qu'il a bouleversé la vie étudiante en vidant les amphithéâtres, en limitant leur vie sociale et en transformant leurs conditions d'études.

Certes, on peut comprendre que le digital soit une dimension incontournable de l'avenir de l'enseignement supérieur. On peut admettre aussi qu'il présente le grand avantage de la souplesse et de la flexibilité en abolissant les distances entre l'étudiant et le lieu d'enseignement.

Mais la crise a montré aussi qu'il peut décourager les étudiants et nuire à la qualité des apprentissages s'il n'est pas assorti d'un effort ambitieux de formation des enseignants et que rien ne remplacera jamais la présence physique de l'étudiant sur les campus.

Si le développement du numérique pendant la crise invite les acteurs de l'enseignement supérieur à réinventer les études dans un monde digital, ce nouveau modèle pédagogique doit toutefois privilégier les échanges interactifs entre étudiants et enseignants qui ont tant manqué pendant les confinements successifs.

La mission d'information juge donc impératif :

- que les progrès accomplis dans le domaine du numérique au cours des derniers mois ne servent pas de prétexte à limiter les temps d'enseignement en présentiel et les interactions entre enseignants et étudiants ;

- et que la rentrée de 2021, après deux années universitaires préoccupantes en termes de réussite académique, se concentre sur l'accueil et l'intégration des étudiants, ce qui suppose la priorité au présentiel.

Par ailleurs, la mission d'information a acquis la conviction qu'une part déterminante de la vie étudiante, plus particulièrement dans les domaines sportif et culturel, repose sur les associations étudiantes dont elle a pu mesurer la mobilisation et la créativité.

Elle s'alarme du risque lié aux conséquences de la crise sanitaire, pour des raisons notamment financières, sur le dynamisme des associations étudiantes et s'inquiète de l'aptitude de certaines de ces associations, fragilisées par la pandémie, à transmettre de promotion en promotion les compétences acquises par leurs membres les plus engagés. Elle invite donc les établissements d'enseignement supérieur, à l'occasion de la prochaine rentrée universitaire, à lancer des actions de communication pour promouvoir la vie associative et valoriser l'engagement étudiant.

Enfin, bien que les thématiques d'égalité entre hommes et femmes n'aient pas été abordées en tant que telles au cours de ces travaux, la mission d'information a été alertée sur une plus forte exposition des étudiantes à la précarité. Son attention a également été attirée sur la persistance de préjugés sexistes et de violences sexuelles qui concernent plus particulièrement les jeunes femmes et qui, la mission en est convaincue, n'ont pas leur place dans l'enseignement supérieur.

La mission d'information formule donc 54 recommandations pour privilégier l'ancrage territorial de l'enseignement supérieur, tirer les conséquences de la crise pour améliorer la vie étudiante, mieux accompagner l'étudiant dans son parcours et limiter les obstacles financiers qui, pour certains étudiants, compliquent l'accès aux études supérieures.

I. PRIVILÉGIER L'ANCRAGE TERRITORIAL DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

Recommandation n° 1 : inscrire l'enseignement supérieur au coeur des politiques d'aménagement du territoire en s'appuyant sur l'échelon régional.

Recommandation n° 2 : favoriser une offre diversifiée dans l'enseignement supérieur et encourager le choix de petites structures par certains étudiants ayant besoin d'un accompagnement pédagogique personnalisé, notamment pendant le premier cycle.

Recommandation n° 3 : permettre aux universités de constituer, en partenariat avec une ou plusieurs collectivités territoriales, des sociétés publiques locales (SPL) universitaires, dont l'objet sera notamment l'entretien de l'immobilier universitaire.

Recommandation n° 4 : afin de dynamiser l'offre de logements étudiants, promouvoir auprès des collectivités territoriales, via les associations d'élus et les observatoires territoriaux du logement étudiant, l'intérêt de la construction de logements étudiants pour l'attractivité et le développement des territoires.

Recommandation n° 5 : territorialiser les objectifs de construction de logements étudiants en fonction du nombre d'étudiants, des perspectives d'évolution de la démographie étudiante et du prix local de l'immobilier.

Recommandation n° 6 : encourager les collectivités à mieux prendre en compte la présence d'étudiants comme facteur de dynamisme et de transformation des territoires.