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6 février 1997 : La Nouvelle-Calédonie : vouloir vivre ensemble ( rapport d'information )

 


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B. LA PERSISTANCE D'IMPORTANTS BLOCAGES STRUCTURELS

Le développement économique de la Nouvelle-Calédonie continue en fait d'être entravé par une série de facteurs que le volontarisme politique manifesté lors des accords de Matignon ne pouvait pas réduire en quelques années.

Le territoire paie le coût d'une démographie faible et de son relatif éloignement dans le Pacifique sud.

Les transferts publics dont il bénéficie, en particulier à travers les salaires de la fonction publique, sont un élément déterminant de chèreté des coûts de production.

Cible privilégiée du rééquilibrage inscrit dans les accords de Matignon et le statut de 1988, la population mélanésienne hésite entre recherche identitaire et modernité. Dans ce cadre, la coutume apparait ambivalente : tantôt frein au développement économique, tantôt facteur d'intégration de la population kanak.

Enfin, le territoire continue de souffrir du poids de relations sociales encore très marquées par la grande dureté des conflits du travail.

1. Une démographie faible doublée d'un relatif isolement géographique

Au terme du recensement effectué le 16 avril 1996, la population du territoire de Nouvelle-Calédonie demeure inférieure à 200.000 habitants.

Population des provinces de Nouvelle-Calédonie
(Décret n° 96-1084 du 11 décembre 1996 authentifiant les résultats du recensement de la population effectué en Nouvelle-Calédonie le 16 avril 1996)


PROVINCES


Nombre de communes

SOMME DES POPULATIONS totales (avec doubles comptes)

SOMME DES POPULATIONS municipales

POPULATIONS
sans doubles comptes

Nord

16 + a

52.170

41.366

41.413

Iles Loyauté

3

34.732

20.877

20.877

Sud

13 + b

140.126

133.367

134.546

Territoire

33

227.028

195.610

196.836

(a) Partie Nord du territoire de la commune de Poya

(b) Partie Sud du territoire de la commune de Poya.


La population calédonienne a certes progressé d'environ 20 % depuis le précédent recensement de 1989 puisqu'elle n'atteignait alors que 164.173 habitants.

Il n'en demeure pas moins que la densité du territoire reste très faible avec un peu plus de 10 habitants au km2. Si l'on ne tient compte que de la zone du Grand Nouméa, soit 118.823 habitants concentrés sur 1.644 km2, la densité reste de toute façon assez réduite avec 72,3 habitants au km2.

Autant dire qu'avec 78.013 habitants répartis sur 16.932 km2, le reste du territoire apparaît franchement sous-peuplé, avec une densité de 4,6 habitants au km2, voisine de celle des zones désertiques. Avec une superficie équivalente à celle de Lifou (1.207 km2), qui accueille 10.000 habitants, Tahiti (1.042 km2), la Martinique (1.128 km2) ou encore Hong-Kong (1.068 km2) comptent respectivement environ 150.000 habitants, 385 000 habitants et... 6 millions d'habitants !

Si le sous-peuplement est une caractéristique de pays neufs comme le Canada ou l'Australie, ces deux dernières nations bénéficient d'une population (29 et 17 millions d'habitants) qui leur a permis d'assurer un remarquable développement endogène.

De ce point de vue, les termes les plus souvent entendus dans la bouche des différents interlocuteurs de votre rapporteur sont ceux de "défaut de masse critique" pour désigner le handicap majeur affectant la Nouvelle-Calédonie. Le faible poids démographique du territoire se double, en outre, d'un éloignement physique qui le place à 1.500 kilomètres des côtes orientales de l'Australie, pays développé le plus proche, 6.800 kilomètres de Singapour, 7.500 kilomètres du Japon, 10.000 kilomètres des Etats-Unis et 18.000 kilomètres de la métropole.

La faiblesse de la population calédonienne et sa dispersion sur un espace relativement vaste induisent deux types de surcoûts :

- Le développement des infrastructures (eau, électricité, transports) ne peut se faire sans un fort appui externe. Le présent rapport à montré que le soutien de l'Etat français n'avait pas fait défaut ces dernières années et avait permis d'assurer à la Nouvelle-Calédonie un niveau de développement remarquable. Il n'en demeure pas moins que l'extrême éparpillement de la population calédonienne hors Grand Nouméa, soit moins de 80.000 personnes, sur un espace grand comme trois départements métropolitains continue d'entraîner des surcoûts aussi bien en terme de fonctionnement des services publics qu'en terme d'accessibilité aux biens privés de consommation courante.

- Plus fondamentalement, l'étroitesse du marché local, interdit au tissu de PME locales de s'appuyer sur une large demande intérieure et de développer ainsi des économies d'échelle. Alliée à la chèreté des facteurs de production et à l'éloignement des centres potentiels de consommation, elle nuit au développement d'une économie d'exportation et empêche l'implantation en Nouvelle-Calédonie d'entreprises industrielles métropolitaines ou étrangères.

Cette faiblesse de la consommation intérieure, combinée avec un dispositif fiscal et douanier de protection de certaines productions locales, permet en outre à de nombreuses entreprises d'exercer leur activité dans une position de quasi-monopole, notamment dans les secteurs agro-alimentaire et de la distribution. Les entrepreneurs s'accordent ainsi des marges commerciales excédant très sensiblement celles qu'ils obtiendraient dans un espace réellement concurrentiel, d'autant plus qu'une partie de la population dispose d'un fort pouvoir d'achat.

Ainsi que le note l'Institut d'émission d'outre-mer dans sa monographie récente consacrée à la Nouvelle-Calédonie, "dans ces conditions, les investissements industriels offrent des rendements particulièrement élevés, mais à l'abri de restrictions à l'importation qu'il semble difficile de diminuer, de même d'ailleurs que les investissements immobiliers (les loyers étant relativement chers). Des temps de retour sur investissements de l'ordre de trois à cinq ans ne sont pas rares mais entraînent le maintien d'une mentalité de spéculation peu propice au développement durable."

Le terme "d'économie de comptoir" est ainsi revenu plusieurs fois dans les conversations que votre rapporteur a eues avec ses différents interlocuteurs. Cette analyse sort d'ailleurs renforcée du constat suivant : celui d'un territoire cher et encore largement dépendant des transferts publics.

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