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La coordination des politiques de l'emploi dans le contexte de l'euro

 

VI. 2.6. LES RÉGLEMENTATIONS SUR LES SALAIRES

Il existe deux grands types de réglementation sur les salaires : l'exigence d'un salaire plancher, et les systèmes d'indexation sur le coût de la vie. Alors que les derniers ont quasiment disparu, sauf au Luxembourg et en Grèce, les premiers sont encore appliqués dans nombre de pays, qu'ils soient imposés par la législation ou négociés dans les conventions collectives. Les salaires minimums résultent soit de dispositions légales comme en France et aux Pays-Bas (également Espagne et Portugal), soit d'accords collectifs nationaux (Belgique, Grèce, Danemark) ou sectoriels (Allemagne, Italie, Autriche). Au Royaume-Uni, avant 1993, et en Irlande, des minima étaient fixés dans branches industrielles à bas salaires. En 1998, le Royaume-Uni a annoncé l'instauration d'un salaire minimum national applicable à partir d'avril 1999. L'impact du salaire minimum sur le fonctionnement du marché du travail et sur la répartition des revenus fait l'objet d'un vif débat, dont l'OCDE s'est fait l'écho dans les Perspectives de l'emploi publiées en juin 1998 (OCDE, 1998b).

Graphique 7 : Salaire minimum en % du salaire moyen

L'existence de minima pour les salaires relève de deux types de préoccupations. Le première est que le salarié se trouve en situation d'infériorité lorsqu'il négocie avec l'employeur. Le salaire minimum sert alors à éviter les excès à la baisse que les salariés auraient à subir. Dans ce cadre théorique, un salaire minimum peut contribuer à éviter que les salariés soient rémunérés en dessous de leur productivité marginale. Il a donc un effet favorable sur l'activité et l'emploi. Par ailleurs, le salaire minimum est également considéré comme un moyen d'assurer un pouvoir d'achat minimum à tous les travailleurs. C'est alors un instrument de la politique de revenu.

Les principaux opposants font valoir qu'un salaire minimum trop élevé est susceptible de limiter la demande de travail des entreprises pour les salariés en bas de l'échelle des rémunérations, et de conduire à un chômage classique. Les études empiriques menées au niveau macro-économique ne concluent en générale pas à un lien fort entre le salaire minimum et l'emploi (OCDE, 1998). Il semble en revanche mieux établi que le salaire minimum a un impact positif sur le chômage de certaines catégories de travailleurs, en particulier les jeunes.

VII. 2.7. SYNTHÈSE : LA SINGULARITÉ BRITANNIQUE

Pour caractériser les relations professionnelles à partir des indicateurs présentés précédemment, nous avons utilisé des techniques d'analyse des données, et plus particulièrement l'analyse en composantes principales (ACP, voir encadré 2). Elle permet d'identifier, parmi l'ensemble des indicateurs des relations professionnelles, les sous-ensembles de ceux qui différencient le mieux les pays entre eux ( Graphique 8).

Encadré 2 : L'analyse en composantes principales

Technique d'analyse des données très répandue dans les Sciences Sociales, l'analyse en composantes principales (ACP) a pour objectif d'extraire l'information d'une base de N individus dont on connaît K caractéristiques. Dans l'espace de dimension NxK, la base forme un nuage de points. Le principe est de réduire la dimension de l'espace et d'améliorer la lisibilité des données, en projetant le nuage dans un espace de dimension réduite. Dans ce rapport, les N individus sont les pays dont on compare les marchés du travail respectifs, et les K variables sont les caractéristiques institutionnelles de ces marchés du travail : taux de remplacement, politiques actives en % des dépenses totales, salaire minimum, etc.

La projection est déterminée de manière à maximiser la distance entre les individus sur le plan de projection. Les axes qui constituent le plan sur lequel sont projetées les observations sont appelés les composantes principales de l'analyse : il y en a au maximum autant que de caractéristiques, soit K. Ces composantes principales sont des combinaisons linéaires de ces caractéristiques. Les points matérialisés sur la projection sont soit les individus (les pays), soit les variables (caractéristiques du marché du travail). Les coordonnées de ces dernières correspondent à leur poids dans la composante principale.

Plus les variables (respectivement les individus) sont proches sur le plan de la projection, plus ils sont « similaires », au sens qu'ils sont corrélés. Il faut être prudent dans l'interprétation des relations de voisinage : deux points peuvent être projetés au même endroit sur le plan, tout en étant situés de chaque côté du plan de projection dans l'espace. On complète si nécessaire l'analyse en utilisant les axes suivants. En procédant ainsi, on consolide l'analyse de résultats obtenus dans la première étape, en vérifiant que les voisinages de la première projection ne sont pas fallacieux, et en ajoutant des relations explicatives qui n'apparaissaient pas dans la première projection. Sur chaque plan, les points (pays et caractéristiques) situés au voisinage de l'origine ne sont pas expliqués par les axes de projection. Les points les plus éloignés du centre sont au contraire les mieux représentés et servent à l'interprétation des axes.

Les axes successifs « expliquent » le nuages de points à hauteur de leur contribution à la variance totale. Les quatre premiers axes peuvent expliquer entre 70 et 90% de la variance totale par exemple. Il n'est alors par nécessaire d'aller plus loin. On dit que les variables (respectivement les individus) contribuent à cette explication de la variance, ou contribuent à la construction des axes. Ainsi, dans le présent rapport, Le Royaume-Uni, parce qu'il est très différent du reste de l'échantillon, introduit une source de variance importante, et contribue fortement à la définition du premier axe.

Le principe de maximisation des distances inter individuelles est fondé sur la matrice des corrélations entre les variables explicatives. Les relations que l'on lit dans les plans successifs ne sont donc pas des relations de causalité. Aucune variable n'a notamment le statut de variable expliquée par rapport à toutes les autres qui auraient le statut de variables explicatives, comme c'est le cas lorsque des équations spécifiées grâce à un modèle théorique sont testées par l'économétrie. En particulier, l'ACP est fortement dépendante de l'échantillon à partir duquel elle est effectuée. Elle n'a pas d'autre ambition que :

1) de révéler des relations de complémentarité entre les caractéristiques ;

2) de déceler l'existence de corrélations éventuellement fortes ;

3) de hiérarchiser les variables en sélectionnant celles qui expliquent la plus grande partie de la variance.

Graphique 8 : Synthèse des relations professionnelles au moyen de l'analyse des données

D'après le Graphique 9, le Royaume-Uni se distingue très nettement des pays d'Europe continentale. Ce pays cumule une forte décentralisation des négociations, une faible coopération entre partenaires sociaux et des taux de couverture des conventions collectives particulièrement bas. Le fait que le Royaume-Uni ait des relations professionnelles singulières ne signifie par pour autant que les pays d'Europe continentale offrent un modèle uniforme. La France et l'Espagne s'opposent notamment au Danemark et dans une moindre mesure aux autres pays nordiques : la France se distingue des autres pays d'Europe continentale par des négociations décentralisées, une faible coopération entre les partenaires sociaux, une faible syndicalisation et l'existence d'une procédure d'extension des conventions collectives.

Enfin, si l'on cherche le centre de gravité des relations professionnelles des pays participant à l'UEM, celui-ci se trouve plutôt dans un groupe constitué de l'Allemagne, de l'Italie (depuis les réformes de la première moitié des années 90), du Bénélux et de l'Irlande.