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La coordination des politiques de l'emploi dans le contexte de l'euro

 

II. 2.2 L'AJUSTEMENT DE L'EMPLOI

Comme on l'a vu dans la première partie, la réglementation sur l'emploi est un facteur explicatif potentiel de l'imparfaite indexation de l'emploi sur l'activité. Il en existe d'autres comme la volonté des entreprises de ne pas se séparer de salariés formés aux modes de gestion et d'organisation internes, en cas de fluctuation transitoire de l'activité, ou comme la possibilité d'ajuster les heures travaillées.

Pour être pleinement satisfaisante, l'estimation d'équations de demande de travail nécessiterait de disposer de données relatives à la durée du travail. En effet, c'est a priori le volume d'emploi en nombres d'heures que les entreprises veulent ajuster à l'activité. Elles peuvent le faire en modifiant le nombre d'emplois ou en modulant la durée du travail de chaque employé. Ainsi, l'estimation d'équations d'emploi est d'un intérêt limité pour identifier les contraintes que subissent les entreprises en terme d'ajustement du volume de travail. En revanche, elle sera utile dans la suite de l'étude lorsque nous illustrerons les réponses des différents pays de l'UE étudiés à divers types d'événements économiques.

Nous nous contentons donc de relier l'emploi au PIB. Pour cela, nous estimons, sur la même période que précédemment (91T1-97T4) des équations à correction d'erreur, empilées, de la forme suivante :

log(Nit) =0i *c+1i*log(Nit-1)

+1i*log(Qit)+2i*log(Qit-1)

-*(log(Nit-1)-log(Qit-1)+ i*Temps-1)

Les résultats sont présentés dans le Tableau 5. L'égalité des coefficients entre pays a été systématiquement testée51(*) et rejetée, sauf pour la force de rappel. Pour rendre compte des différences de dynamique d'ajustement de l'emploi à l'activité, on calcule le délai moyen d'ajustement dans chaque pays52(*) (Tableau 5). Selon cet indicateur synthétique, dans les années 90, l'emploi s'est ajusté très rapidement à la production en Finlande. Pour les autres pays l'ajustement se fait en moyenne entre un an (Allemagne) et deux ans (France, Italie, Pays-Bas, Suède). Le Royaume-Uni et le Danemark sont dans une situation moyenne, puisque l'emploi met en moyenne un an et demi à s'ajuster à la production.

Tableau 5 : Estimation de l'ajustement de l'emploi au PIB dans les années 90

Estimation

91T1 à 97T4

(trimestriel)

France

Allemagne

Italie

Royaume-Uni

Pays-Bas

Suède

Danemark

Finlande

Constante

0,95

(10,5)

0,93

(10,6)

0,95

(10,2)

0,99

(10,4)

0,93

(10,7)

0,95

(10,1)

0,95

(10,2)

1,00

(10,5)

log(Nit-1)

--

0,44

(3,7)

--

--

--

--

--

0,46

(5,1)

log(Qit)

0,06

(3,0)

0,03

(2,6)

--

--

--

0,22

(6,4)

0,14

(3,1)

0,16

(3,4)

log(Qit-1)

--

--

--

0,33

(3,8)

--

--

0,16

(3,9)

0,35

(7,6)

Force de rappel

0,110

(10,7)

0,110

(10,7)

0,110

(10,7)

0,110

(10,7)

0,110

(10,7)

0,110

(10,7)

0,110

(10,7)

0,110

(10,7)

Temps-1

0,0024

(7,6)

0,0053

(10,5)

0,0033

(2,0)

0,0034

(6,0)

0,0021

(4,5)

0,0030

(2,6)

0,0028

(3,3)

0,0083

(4,5)

0,57

0,23

0,21

0,65

0,14

0,63

0,58

0,78

DW

0,5

2,2

2,0

1,7

2,6

1,6

2,3

2,4

Les coefficients sont significatifs au seuil de 5%. Les T de Student sont présentés entre parenthèses.

Graphique 2 : Réponse de l'emploi à une hausse de 1% du PIB

Ces estimations ont été reconduites sur les années 80 afin de mettre en évidence les modifications intervenues au cours des années 90. La plus marquante est la rupture observée en Italie où la vitesse d'ajustement de l'emploi est la plus lente dans l'échantillon estimé sur les années 80, alors qu'elle est comparable aux autres pays dans l'échantillon estimé sur les années 90 étudiés, et bien plus élevée sur cette décennie. La Finlande a connu une évolution encore plus marquée que l'Italie entre les deux décennies. Les choses ne semblent guère avoir changé en revanche en France et en Allemagne. En Suède, l'ajustement de l'emploi a été moins rapide dans les années 90 que dans les années 80. Au Royaume-Uni, un léger changement semble avoir eu lieu dans le sens d'une réaction un peu plus lente de l'emploi.

Tableau 6 : Ajustement de l'emploi au PIB dans les années 90 et dans les années 80

Délai moyen d'ajustement

France

Allemagne

Italie

Royaume-Uni

Pays-Bas

Suède

Danemark

Finlande

Estimation sur les années 90

8,5

trimestres

4,8

trimestres

9,1

trimestres

6,1

trimestres

9,1

trimestres

7,1

trimestres

6,4

trimestres

0,3

trimestre

Estimation sur les années 80

8,8

trimestres

3,7

trimestres

16,7

trimestres

3,4

trimestres

so

3,9

trimestres

so

8

trimestres

so : sans objet, les données n'étant pas disponibles.

Parmi les études précédentes, seule celle de Tyrvaïnen (1995) permet de calculer des délais moyens d'ajustement de l'emploi comparables à ceux qui viennent d'être présentés. Dans cette étude portant sur la période 1962-1992 en données semestrielles, l'emploi s'ajuste généralement beaucoup plus lentement à l'activité, notamment au Royaume-Uni (5 ans), en Finlande (5,5 ans) et l'Italie (6 ans). En Suède, l'emploi est très peu sensible à l'évolution de l'activité dans l'étude de Tyrvaïnen. En revanche, les résultats sont comparables pour la France et l'Allemagne avec des délais moyens d'ajustement de l'emploi de respectivement 1 et 1,5 années.

Plusieurs éléments peuvent expliquer les différences entre nos résultats et ceux de Tyrvaïnen (méthodes économétriques, variables retenues, fréquence des données, période d'estimation). En particulier, la lenteur de l'ajustement observé dans un certain nombre de pays semble plus reposer sur des comportements très éloignés dans le temps (années 60 et 70). En effet, les délais d'ajustement de l'emploi mesurés sur nos données dans les années 80 restent nettement inférieurs à ceux de l'étude de Tyrvaïnen.

Notons enfin que vitesse d'ajustement de l'emploi et sensibilité des salaires au chômage ne sont pas reliés par une relation simple. Du Graphique 3, qui reporte l'indicateur de rigidité/flexibilité des salaires en fonction de la vitesse d'ajustement de l'emploi pour chaque pays, on peut juste remarquer qu'aucun des pays de l'UE étudiés ne se trouve en bas à gauche, c'est-à-dire qu'aucun ne cumule un ajustement rapide de l'emploi avec une forte sensibilité relative des salaires au chômage.

Graphique 3 : Délai moyen d'ajustement et rigidité/flexibilité des salaires

* (1) 51 Les résultats, disponibles auprès des auteurs, ne sont pas reproduits ici.

* (2) 52 Il s'agit du temps moyen au bout duquel est réalisé l'ajustement de l'emploi à une modification durable de la production. L'équation dynamique de l'emploi peut s'écrire de manière générique : A(L)*Nt = B(L)*Qt, où L est l'opérateur retard : L(xt)=xt-1. Par exemple, A(L) = 1-0,46*L pour la Finlande et B(L)=0,16+0,35*L. Si A(L) est inversible, ce qui est le cas ici, alors Nt=C(L)*Qt, où C(L)=c0+c1*L+c2*L2+c3*L3+...+cn*Ln+... le délai moyen d'ajustement est alors défini par (1*c1+2*c2+3*c3+...+n*cn+...)/( c0+c1+c2+c3+...+cn+...) =C'(1)/C(1).