C. DES CHARGES DE MAIN D'OEUVRE TRÈS IMPORTANTES

Les charges salariales et sociales constituent une part considérable des coûts de production de la filière « fruits et légumes ». Celle-ci employant en effet une main d'oeuvre en grande partie saisonnière, peu ou pas qualifiée et rémunérée à des niveaux de salaires avoisinant souvent le SMIC, elle est particulièrement sensible aux variations à la hausse de ce dernier. Or, celui-ci n'a cessé d'augmenter au cours des dernières années. La Fédération nationale des producteurs de légumes (FNPL) a ainsi largement mis en avant cet aspect lors de la crise qu'a connue la filière cet été, faisant remarquer que le salaire minimum avait augmenté de près de 30 % entre 2000 et 2005.

Cette importance croissante des charges sociales est à mettre en regard de leur niveau comparativement plus faible dans d'autres pays agricoles . Selon la FNPL, le coût horaire global de la main d'oeuvre saisonnière serait en France de 8,52 euros, contre 6,15 euros en Allemagne, du fait notamment du nombre important de travailleurs ukrainiens et biélorusses, qui « tirent » la rémunération à la baisse. Elle serait de seulement 0,70 euros en Pologne !

Cet aspect avait d'ailleurs été largement soulevé dès 1997 dans le rapport d'information sénatorial que MM. Jean Huchon, Jean-François Legrand et Louis Minetti 8 ( * ) avaient publié sur le sujet. Y était en effet préconisé, en vue de redynamiser la filière, un « allègement, pour les exploitations, des charges sociales pesant sur la main-d'oeuvre, notamment saisonnière ».

Ces discussions, qui s'inscrivent dans un débat plus large sur les délocalisations et l'évolution des salaires dans les pays de l'Union européenne, doivent également tenir compte d'un problème connexe, celui de la difficulté de recrutement de main-d'oeuvre . Si un niveau relativement trop élevé de salaire pèse sur la rentabilité des entreprises de la filière, un niveau trop bas aura à coup sûr des effets désincitatifs sur la demande de travail.

D. UNE TRÈS FORTE AGRESSIVITÉ DE LA PRESSION CONCURRENTIELLE

La crise de l'été 2004, aggravée par la concurrence accrue de productions issues de pays étrangers, a illustré l'importance du facteur concurrentiel dans l'évolution du secteur, qu'il concerne des pays tiers ou des pays appartenant à l'Union européenne. L' exemple de la tomate est particulièrement illustratif, le déficit de la balance commerciale s'étant aggravé pour ce produit depuis le début de l'année. L'Espagne et le Maroc restent nos premiers fournisseurs, la Belgique et les Pays-Bas gagnant quant à eux progressivement des parts de marché.

Ce durcissement de la concurrence tient en réalité à une reconfiguration du marché européen, voire international , des fruits et légumes, suite à l'arrivée de nouveaux producteurs dont les coûts de production sont sans commune mesure avec nos coûts nationaux. Si l'on reprend à cet égard l'exemple du marché de la tomate, on s'aperçoit en effet que l'augmentation par la France des importations de tomates néerlandaises provient de l'apparition sur les marchés nord-européens d'une concurrence polonaise obligeant les Pays-Bas, qui perdent des parts de marché en Allemagne, à se replier sur notre pays afin d'y écouler leurs excédents.

La situation du marché du chou-fleur , qui traverse actuellement une très grave crise, est également caractéristique à cet égard. Outre une importante surproduction cette année, le secteur est touché de plein fouet par la concurrence des produits provenant de l'est, et notamment de Pologne, où les surfaces cultivées auraient été multipliées par dix entre 2003 et 2004. La crise qui s'en est suivie a été particulièrement dure, se traduisant en Bretagne par des manifestations quotidiennes à l'automne et le déversement de plusieurs centaines de tonnes de production sur les routes.

Au-delà de cette concurrence intra européenne, ou provenant de pays géographiquement proches, se profile un développement de la concurrence de pays beaucoup plus lointains, situés en Asie, en Afrique ou en Amérique du Sud. Cette évolution va de pair avec un changement des modes de consommation . En effet, même s'ils continuent de jouir dans l'opinion d'une image de qualité et de saveur, les produits nationaux les plus traditionnels, jusqu'à présent vendus et consommés à des saisons leur étant propres, tendent à être de plus en plus concurrencés, soit par des fruits et légumes exotiques, soit par des produits plus classiques mais achetés en-dehors de leur saison de commercialisation habituelle. Ainsi, sont en augmentation les ventes de kiwis, litchis ou ananas durant toute l'année, mais également de tomates, courgettes ou pêches en hiver.

* 8 « Fruits et légumes : une véritable ambition pour le secteur », rapport d'information fait par MM. Jean Huchon, Jean-François Legrand et Louis Minetti au nom de la commission des affaires économiques et du plan du Sénat, 1996-1997, n° 354.

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