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B. UNE ÉVOLUTION INQUIÉTANTE DES INDICATEURS « NUTRITION-SANTÉ »

1. Un lien entre santé, nutrition et équilibre alimentaire désormais bien établi

Il est aujourd'hui acquis que la quantité et la qualité des aliments ingérés influence directement la santé humaine. Si elle n'en est pas le plus souvent l'unique facteur, du fait de l'importance des paramètres génétiques et environnementaux, l'alimentation est souvent à l'origine de l'apparition ou du développement de nombreuses pathologies. Mais la relation peut être également appréhendée sous un aspect plus positif : la nutrition est un facteur sur lequel il est possible d'intervenir relativement facilement et qui peut constituer un instrument de protection contre la maladie.

Les grandes carences alimentaires, qui persistent dans de très nombreux pays en voie de développement et conduisent à des phénomènes de malnutrition ou de famine, ont aujourd'hui disparu, hors cas très particuliers, dans les pays industrialisés. Y persistent toutefois, y compris en France, des phénomènes d'anorexie sévère, de maltraitance à l'enfant et de dénutrition avancée chez les personnes âgées ou en situation de grande précarité.

Les rapports entre alimentation et santé relèvent désormais d'autres problématiques. Ne menacent plus tant les pénuries alimentaires, hormis pour les cas très particuliers précédemment évoqués, mais plutôt l'excès d'alimentation et le mauvais équilibre alimentaire. Or, le corps médical considère aujourd'hui unanimement que les phénomènes de « mésalimentation » -appelés également « malbouffe » dans les médias- participent de façon majeure à la survenue et à l'aggravation des principales pathologies touchant les français (maladies cardiovasculaires, cancers, obésité, diabète, ostéoporose ...).

2. Une augmentation de la morbidité en rapport avec la nutrition

Les chiffres et données publiés par le ministère de la santé font état d'une augmentation inquiétante des carences, maladies ou décès dus partiellement ou totalement à une mauvaise ou excessive alimentation.

 Les maladies cardiovasculaires, provoquées le plus souvent par un excès de graisses dans les artères, sont aujourd'hui la première cause de mortalité en France (170.000 décès par an, soit un tiers du nombre total de décès).

 Les tumeurs malignes, favorisées par une mauvaise nutrition (s'agissant notamment des cancers oropharyngés et digestifs), représentent chaque année 29 % de l'ensemble des décès chez l'homme et 23 % chez la femme.

 L'obésité occupe une place à part dans les problèmes de santé liés à une « mesalimentation ». Elle est devenue en effet un mal planétaire : selon les chiffres de l'Organisation mondiale de la santé, qui la considère comme une épidémie, plus d'un milliard de personnes sont en surpoids et 300 millions d'individus souffrent d'obésité à travers le monde, dont 115 millions dans les pays en voie de développement.

Les Etats-Unis sont particulièrement affectés par ce phénomène : l'excès de poids, qui touche 64 % des américains, pourrait devenir la première cause de mortalité d'ici l'année prochaine, devant le tabac.

L'Europe n'est pas épargnée, loin s'en faut. Dans une déclaration commune faite au début de cette année, les agences européennes de sécurité alimentaire s'alarmaient de ce phénomène massif en indiquant qu'il pourrait provoquer une baisse de l'espérance de vie de la prochaine génération. En Grande-Bretagne, pays fortement influencé par les modes de vie américain, le nombre d'obèses a triplé en dix ans tandis que la consommation de sodas progressait de 64 % et celle de chips de 21 % parmi les écoliers entre 1983 et 1997.

Longtemps étrangère à cette évolution, la France s'y trouve depuis peu directement confrontée : 14, 5 millions de personnes y sont aujourd'hui en excès de poids, tandis que 7 à 10 % des adultes et 16 % des enfants âgés de 7 à 10 ans sont atteints d'obésité, aucune catégorie socioprofessionnelle n'étant épargnée. Au rythme actuel d'augmentation (+5 % par an), la France pourrait compter 20 % d'obèses en 2020. Les pathologies liées au surpoids (hypertension, diabète, maladies cardio-vasculaires ...) devraient donc se multiplier, ce qui accroîtra les problèmes de financement pour la collectivité toute entière.

 La prévalence du diabète, tous âges confondus, est estimée entre 2 et 2,5 % de la population générale. Plus de 80 % des diabètes sont liés à des surcharges et à des déséquilibres nutritionnels.

Il faut, à cet égard, distinguer deux grands types de glucides : d'un côté, les sucres complexes (essentiellement amidon) apportés par les féculents et les céréales, et de l'autre, les sucres simples, apportés par le sucre raffiné, mais aussi par les fruits. La France connaît une croissance importante de la consommation de sucres simples, en particulier chez les jeunes, du fait notamment de l'augmentation des boissons sucrées.

Si leur effet sur le développement du diabète ou de l'obésité n'est pas démontré, leur consommation n'a pas d'incidence positive sur la santé dans la mesure où elle n'apporte à l'organisme que des calories dites « vides », c'est à dire sans vitamines ni minéraux, contrairement aux sucres complexes. Or, ces apports posent problème lorsque la dépense énergétique est limitée en raison du manque d'exercice physique. De plus, ils favorisent l'apparition de caries dentaires.

 L'hypercholestérolémie, dont les effets sont accentués par la consommation excessive de certains corps gras, concerne près d'un adulte sur cinq.

3. Un équilibre nutritionnel menacé chez de nombreux consommateurs

L'organisme humain tire des aliments qu'il ingère des substances indispensables à sa croissance et à son fonctionnement. Appelés nutriments, leurs besoins varient d'un individu à l'autre en fonction de multiples facteurs tels que le poids, le sexe, l'état physiologique (croissance, grossesse, alitement ...), l'activité physique ... Si l'un d'entre eux est insuffisamment présent dans l'organisme, ce dernier est en situation de carence, ce qui induit des conséquences néfastes sur la santé de l'individu. S'il est en revanche en excès, il est stocké ou assimilé par l'organisme jusqu'à un niveau où il peut devenir dangereux.

Le bon équilibre alimentaire est donc celui qui diversifiera au maximum les types de produits consommés, en quantité raisonnable : fruits et légumes ; pains, céréales, pommes de terre et légumes secs ; lait et produits laitiers ; matières grasses ; viandes, poissons et oeufs ; boissons. L'objectif est d'équilibrer l'apport respectif des trois grands groupes de nutriments (glucides, protides, lipides) afin que chacun soit en quantité satisfaisante dans l'organisme de l'individu. A cette fin ont été définis dès 1981 des « apports nutritionnels conseillés » (ANC), réévalués depuis en 1991 et en 2001.

Or, la consommation alimentaire des français ne respecte pas suffisamment ces prescriptions, certains aliments en étant presque absents tandis que d'autres sont surconsommés. Confirmant l'enquête INCA publiée l'année précédente, une enquête menée en 2000 sous la direction de la direction générale de la santé et du Haut comité de la santé publique a en effet montré que l'alimentation des français se caractérisait par :

- une insuffisante consommation de fruits et légumes ;

- des apports trop faibles en calcium ;

- une présence excessive de lipides, surtout saturés ;

- des glucides complexes et des fibres en quantité insuffisante ;

- une consommation excessive de sucre raffiné.

Ces déséquilibres alimentaires sont à l'origine de multiples problèmes de santé, allant de légères carences dont les symptômes restent discrets à de sévères pathologies pouvant entraîner le décès des personnes concernées :

- l'ostéoporose, provoquée notamment par des carences en certains aliments riches en calcium, concernerait jusqu'à 40 % des femmes de 75 ans. Elle entraîne une fragilité osseuse exposant les patients à un risque de fracture ;

- la carence en fer concerne environ 30 % des enfants âgés de 6 mois à 2 ans, 14 % des enfants âgés de 2 à 6 ans et 6 % des enfants âgés de 6 à 10 ans. Elle atteint également 15 % des adolescentes ;

- les femmes enceintes constituent un public particulièrement sensible aux risques liés à des carences alimentaires, du fait des répercussions que celles-ci peuvent avoir sur la santé du foetus. On estime par exemple que deux tiers d'entre elles souffrent de carences en fer, tandis qu'un déficit en acide folique provoquant un défaut de fermeture du tube neuronal serait présent dans une grossesse sur 1000.

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