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II. LES PROGRAMMES NUCLÉAIRES ET LEUR FINANCEMENT EN 2005

La loi de programmation militaire 2003-2008 rappelle qu'en matière de dissuasion, l'objectif est de « disposer, en toutes circonstances, d'une capacité autonome et suffisante pour faire peser sur tout agresseur potentiel une menace de frappe nucléaire crédible ». Il souligne la nécessité de maintenir le niveau d'invulnérabilité de nos deux composantes et d'améliorer la souplesse de choix des objectifs.

Ce « contrat opérationnel » passe par la poursuite de la modernisation des deux composantes, dont la complémentarité permet d'offrir au Président de la République le maximum de souplesse et de possibilités :

- une force océanique stratégique dotée de sous-marins nucléaires de nouvelle génération emportant un missile plus performant, le M 51,

- une composante aérienne à la fois plus visible et plus souple d'emploi, elle aussi dotée d'un nouveau missile, l'ASMP/A.

Il passe également par des moyens de simulation qui garantissent la fiabilité, et donc la crédibilité des armes nucléaires en l'absence d'essais de vraie grandeur.

A. LA POURSUITE DES PROGRAMMES NUCLÉAIRES

1. La Force océanique stratégique

La force océanique stratégique (FOST) a bénéficié le 26 novembre 2004 de l'entrée en service du Vigilant, troisième sous-marin lanceurs d'engins de nouvelle génération (SNLE-NG)8(*), qui sera équipé de 16 missiles M 45.

Après le retrait du service de l'Indomptable, la FOST ne comportera plus qu'un seul bâtiment de type « Redoutable » - l'Inflexible - qui restera en service jusqu'en 2008. Le quatrième SNLE-NG - le Terrible - a été commandé en 2000 et doit être admis au service actif en juillet 2010. Il sera quant à lui équipé du nouveau missile M 51.

Les SNLE-NG se caractérisent notamment par une invulnérabilité accrue du fait de leur discrétion acoustique et de la qualité de leur système de détection sous-marine.

Avec l'entrée en service du Vigilant et le retrait de l'Indomptable, tous nos bâtiments seront désormais équipés du missile balistique M 45 et de la tête nucléaire TN 75 de capacité de pénétration améliorée. La mise en service des missiles M 45 dans la FOST a débuté en 1997, mais en dehors de la partie haute destinée à accueillir la TN 75, le missile lui-même est de conception plus ancienne. Ses étages propulsifs sont ceux du M 4, premier missile français à têtes multiples, mis en service en 1985.

À l'horizon 2010, le missile balistique M 45 sera remplacé par un missile plus performant, le M 51, équipé dans un premier temps de la TN 75 puis, à partir de 2015, de la nouvelle tête océanique (TNO), dotée d'un charge dite « robuste », testée lors de la dernière campagne d'essais nucléaires et validée par les outils de simulation.

Le programme M 51 répond à une première nécessité : renouveler la génération de missiles M 4, dont certains composants ou certaines technologies sont désormais obsolètes. Il vise également à doter notre composante sous-marine de moyens adaptés, par leur portée et leur précision, aux évolutions du contexte stratégique et de notre doctrine. Enfin, il devra être suffisamment puissant pour que ces critères de portée et de précision demeurent respectés lorsque entreront en service les « charges robustes », conçues pour ne pas requérir d'essais nucléaires, mais dont le poids est sensiblement plus élevé que celui des têtes nucléaires actuelles.

Le missile M 51 disposera donc d'une portée sensiblement supérieure à celle du M45, qui se limite à 4 000 km. Les zones de patrouilles seront plus étendues, les profils de vols plus variés et les secteurs géographiques atteignables plus nombreux. La capacité de pénétration du missile sera accrue pour tenir compte de l'évolution des défenses antimissiles. Sa précision supérieure permettra de mieux sélectionner les objectifs.

La phase de développement du M 51 est désormais terminée, la production industrielle devant être lancée avant la fin de l'année. Le premier tir devrait intervenir en fin d'année prochaine. Il sera effectué depuis la terre, sur un pas de tir construit au centre d'essais des Landes (CEL). La phase sous-marine du vol sera validée ultérieurement, lors d'un tir effectué à partir d'un tube de lancement immergé dans un bassin lui aussi construit au CEL. L'arrivée du M 51 nécessite également d'importants travaux d'adaptation de la base maritime de l'Ile Longue. Par ailleurs, si le 4ème SNLE-NG sera directement équipé du M 51, les trois premiers SNLE-NG feront l'objet à compter de 2010 d'une adaptation pour accueillir le nouveau missile.

2. La composante aéroportée

La composante aéroportée de notre force de dissuasion constitue le complément nécessaire de la composante sous-marine et se caractérise par une mobilité et une souplesse d'emploi permettant de diversifier les modes de pénétration. Mise en oeuvre depuis le sol ou depuis le porte-avions, elle peut contribuer de manière plus visible à l'exercice de la dissuasion.

La composante aéroportée repose sur trois escadrons de Mirage 2000-N de l'armée de l'air et sur les Super-Etendard modernisés de l'aéronavale, qui emportent le missile air sol moyenne portée (ASMP), dont la portée varie de 300 km en haute altitude à 80 km en basse altitude et qui est équipé de la tête nucléaire TN 81.

La composante aéroportée sera entièrement renouvelée à partir de 2008 avec le remplacement de l'ASMP par l'ASMP amélioré (ASMP-A), le remplacement de la TN 81 par la nouvelle tête nucléaire aéroportée (TNA), puis par l'entrée en service des Rafale Marine et Air. Les échéances de renouvellement ont été décalées d'un an, la durée de vie des têtes nucléaires TN 81 ayant été réévaluée.

Dans l'armée de l'air, l'ASMP-A équipera un premier escadron de Mirage 2000-N fin 2008, le premier escadron de Rafale F3 fin 2009 et le second escadron de Mirage 2000-N en 2010. Les deux autres escadrons de Rafale F3 devraient être opérationnels en 2018 et remplacer à cette échéance les deux escadrons de Mirage 2000-N.

La flottille de Rafale du porte-avions devrait quant à elle être opérationnelle en 2009.

La livraison du vecteur ASMP-A s'échelonnera entre 2008 et 2012. L'ASMP-A bénéficiera du vecteur à statoréacteur VESTA. La campagne d'essais en vol du démonstrateur VESTA a été effectuée avec succès en 2003. L'ASMP-A se caractérisera par une portée et une capacité de pénétration des défenses nettement supérieures à celles de l'ASMP.

3. Le programme de simulation

La mise en oeuvre du programme de simulation constitue le corollaire de l'arrêt des essais nucléaires. La simulation garantira la fiabilité et la sûreté de nos armes nucléaires, et par la même, la crédibilité de notre dissuasion nucléaire.

Les enjeux de la simulation peuvent se résumer aux trois points suivants :

- les armes subissent des phénomènes de vieillissement des charges qu'il importe de surveiller et dont il faut mesurer les incidences pour y remédier. En l'absence d'essais, la simulation permettra d'évaluer les conséquences du vieillissement des charges et contribuera au maintien de la durée de vie des armes actuelles, telle qu'elle est prévue jusqu'à leur remplacement ;

- les têtes nucléaires appelées à remplacer les charges actuelles seront définies à partir des concepts « robustes » testés lors de la dernière campagne d'essais, qui toléreront des écarts de modélisation ou de réalisation, limités par rapport aux engins testés. Mais seule la simulation permettra de garantir la fiabilité et la sûreté de ces charges nouvelles, garantie sans laquelle la dissuasion n'aurait plus la même crédibilité.

- enfin, à plus long terme, les concepteurs des armes qui assureront le renouvellement appartiendront à une génération n'ayant pas été confrontée aux essais en grandeur réelle. Au-delà des données recueillies lors de ces essais, la simulation leur fournira des calculateurs et des moyens expérimentaux adaptés (la machine radiographique Airix et le laser Mégajoule) leur permettant de confronter leurs calculs à l'expérience.

Le calendrier du programme a été défini pour que les moyens de simulation soient disponibles à une double échéance :

- celle de la relève des équipes de concepteurs actuels par des équipes n'ayant pas connu les essais nucléaires,

- celle du remplacement des charges nucléaires actuelles.

La mise en oeuvre du programme de simulation repose sur de puissants moyens de simulation numérique fournis par des ordinateurs beaucoup plus performants que ceux actuellement en service, et sur des installations expérimentales permettant de valider les modèles physiques décrivant les phénomènes essentiels du fonctionnement des armes nucléaires: la machine radiographique Airix pour la visualisation détaillée du comportement dynamique de l'arme, et le laser Mégajoule pour l'étude des phénomènes physiques, notamment thermonucléaires.

Dans le cadre du projet Tera, le CEA dispose depuis 2002 d'une machine « 1 teraflop/seconde soutenu » (1000 milliards d'opérations par seconde) qui multiplie par 100 sa capacité de calcul par rapport à 1996 et en fait le premier centre européen de calcul. Deux autres machines devant être livrées d'ici 2009 pour atteindre une puissance de calcul de 100 teraflops.

La machine radiographique AIRIX, située à Moronvilliers dans la Marne, est opérationnelle, dans sa version initiale, depuis fin 2000. Elle est vouée à l'analyse de la dynamique des matériaux et permet d'étudier le fonctionnement non nucléaire des armes, à l'aide d'expériences au cours desquelles les matériaux nucléaires sont remplacés par des matériaux inertes. L'ensemble complet devrait être opérationnel en 2011.

Enfin, le laser Mégajoule qui sera installé au Barp, en Gironde, est destiné à l'étude du domaine thermonucléaire. Il permettra de déclencher une combustion thermonucléaire sur une très petite quantité de matière et de mesurer ainsi les processus physiques élémentaires. Le développement du projet doit s'effectuer en plusieurs étapes. La ligne d'intégration laser (LIL), prototype à 8 faisceaux du futur laser qui en comportera 240, a été mise en service en 2002. Les résultats obtenus avec un seul faisceau laser ont permis de confirmer les choix technologiques retenus et les coûts. Ces résultats ont été validés après des essais complémentaires en configuration avec 4 faisceaux. L'installation de la première ligne du laser mégajoule est prévue pour la fin 2006, la mise en fonctionnement des 240 faisceaux pour 2011 et les premières expériences d'ignition et de combustion thermonucléaire à la fin 2012. Les échéances finales ont été légèrement décalées mais en contrepartie, le principe d'une montée en puissance progressive a été retenu.

L'ensemble du programme de mise en place de moyens expérimentaux de simulation représente un coût global de 5,5 milliards d'euros. Une fois en fonctionnement, les moyens de simulation devraient valider les armes nucléaires pour un coût inférieur de 40 % à celui des essais en vraie grandeur.

Pour 2005, le programme de simulation mobilisera environ 422 millions d'euros de crédits de paiement, dont 211 pour le laser mégajoule.

La simulation fait l'objet d'une coopération étroite avec les Etats-Unis dont le laser (National ignition facility - NIF) devrait entrer en fonctionnement en 2009, sans toutefois avoir eu recours préalablement à un prototype comme la LIL. Cette coopération porte sur les thèmes scientifiques amont, sur les grands moyens de laboratoires et sur les grands calculateurs. Elle permet de réduire les coûts de développement tout en facilitant la résolution de problèmes techniques grâce à la confrontation des recherches des équipes américaines et françaises.

Le programme simulation devrait en outre assurer d'importantes retombées pour la recherche civile française. Le projet de « route des lasers », que l'Etat a décidé d'appuyer lors du comité interministériel d'aménagement du territoire du 18 décembre 2003, vise à intégrer le laser mégajoule dans un réseau de compétences scientifiques pour en optimiser l'utilisation. Un Institut laser et plasmas a été créé à cet effet en Aquitaine en 2002. Il favorisera l'accès de la communauté civile à l'ensemble des moyens lasers du CEA. Dans le même esprit, des partenariats ont été établis en relation avec le complexe de calcul dont s'est doté le CEA en Ile de France.

* 8 Le 1er SNLE-NG, le Triomphant, est entré en service en mars 1997 et le deuxième, le Téméraire, fin 1999.

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