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Projet de loi de finances pour 2009 : Enseignement scolaire

 

B. FAIRE DE L'ORIENTATION L'OBJECTIF CENTRAL DE L'ORGANISATION DES ÉTUDES AU COLLÈGE

Aux yeux de votre rapporteure, l'orientation doit à présent devenir la préoccupation principale réelle et non plus seulement nominale du système éducatif au collège. Pour ce faire, elle a souhaité formuler une nouvelle série de propositions, désormais éclairées par deux années d'auditions et de rencontres avec l'ensemble des acteurs de la voie professionnelle.

1. Attribuer à un adulte référent la responsabilité première en matière d'orientation

En premier lieu, votre rapporteure estime nécessaire d'attribuer à un adulte la responsabilité de l'orientation de chaque élève. Pour l'heure, chacun participant à cette tâche, nul n'en est réellement responsable. Il est donc temps d'attribuer à chaque collégien un adulte référent unique tout au long de ses années de collège : c'est en le rencontrant régulièrement, en dialoguant avec lui, en préparant par plusieurs entretiens le stage en classe de 3e que l'élève pourrait ainsi mûrir son choix d'orientation.

Cet adulte pourrait être un professeur, un conseiller d'orientation psychologue, un conseiller principal d'éducation, un personnel de direction ou un assistant d'éducation. En l'espèce, la fonction de la personne considérée n'est pas l'essentiel : ce qui compte réellement, c'est la permanence du lien ainsi noué entre un élève et un adulte, qui devrait bien entendu recevoir une formation adaptée pour ce faire.

Ce choix d'un adulte référent sur l'ensemble de la scolarité en collège, sous réserve, bien entendu, que l'élève ne change pas d'établissement, offre l'avantage d'une stabilité relationnelle dont les collégiens ont besoin : les personnes auditionnées par votre rapporteure ont en effet à de multiples reprises souligné les difficultés que rencontraient certains élèves à l'entrée en 6e en perdant les relations stables et régulières qu'ils entretenaient avec un seul enseignant. Cela est d'autant plus vrai que certains collégiens trouvent par ailleurs leur seul point de repère stable dans le milieu scolaire.

L'adulte référent pourrait donc être ce point de stabilité. Par ailleurs, cette stabilité garantit que cet adulte n'aura pas sur cet élève le seul point de vue de l'enseignant qui évalue et qui oriente, puisqu'il est extrêmement rare qu'un collégien ait un même enseignant tout au long de ses quatre années de scolarité.

L'existence d'un tel référent est au demeurant nécessaire : chacun connaît le poids, dans les premières décisions d'orientation, du milieu familial et des attitudes héritées de celui-ci. Aussi, si les choix d'orientation doivent se mûrir en accord avec les familles, ils ne doivent pas être laissés à la seule appréciation de ces dernières.

Enfin, cet adulte référent constituerait la personne ad hoc pour défendre les choix d'orientation de l'élève au sein même de la communauté éducative : il arrive en effet que certaines décisions d'orientation prises par les élèves, notamment en direction de la voie professionnelle, rencontrent l'hostilité de cette communauté. Nul ne pourra mieux qu'un membre de celle-ci lever les réserves que ces choix pourraient au premier abord susciter.

2. Pérenniser le corps des conseillers d'orientation-psychologues, à présent menacé de disparition

Pour autant, l'institution de cet adulte référent ne saurait en rien dispenser le système éducatif de véritables professionnels de l'orientation, ne serait-ce que pour pouvoir appuyer et conseiller ces adultes-référents.

Ces professionnels existent d'ores et déjà : il s'agit des conseillers d'orientation-psychologues (COP), qui disposent de l'ensemble des qualifications nécessaires pour accompagner les élèves dans leurs choix.

A cet égard, votre rapporteure s'interroge sur les critiques récurrentes qui sont formulées à leur endroit. Si leur statut et, le cas échéant, leur formation pourraient sans doute être revus, leur nécessité et leur qualification ne font aucun doute.

Aux yeux de votre rapporteure, le sentiment de leur relative inutilité qui semble à présent prévaloir est le fait de perceptions biaisées. Il est en effet certain que pour la majorité des élèves, qui rejoindra le lycée général et technologique à l'issue de la 3e, de tels professionnels ne sont pas des interlocuteurs indispensables. Mais c'est précisément auprès des autres collégiens que les COP fournissent l'essentiel de leur travail.

Des études récentes le démontrent au demeurant. Ainsi la note du CEREQ de septembre 2008 intitulée Orientation : la parole aux élèves souligne-t-elle le rôle particulier que les COP tiennent, aux dires mêmes des élèves, dans l'accompagnement des élèves qui se dirigent vers la voie professionnelle.

« C'est dans la voie professionnelle que les COP sont le plus souvent mentionnés comme ayant aidé aux choix dans le parcours de formation : pour plus d'un élève, mais surtout pour 44,1 % des filles, soit la seconde réponse, avant les parents et après les professeurs principaux. Pour les garçons, les COP sont retenus par 31,1 % d'entre eux, ce qui représente leur second choix après les parents et avant les professeurs principaux. Tous genres confondus, pour 44 % des élèves de BEP, les COP ont même été des aides dans leur parcours, c'est-à-dire à hauteur égale avec leurs parents. Par ailleurs lorsqu'on demande aux élèves des différentes catégories comment ils ont eu connaissance du métier qu'ils projettent, les COP représentent 26,6 % des réponses en voie professionnelle contre 16,5 % en voie générale. C'est même la deuxième réponse la plus fréquente après les médias à la maison (37,5 %). L'hypothèse de l'inutilité des COP apparaît donc clairement invalidée pour les élèves de la voie professionnelle. Concernant les élèves de la voie générale, si les réponses donnent aux COP un rôle de moindre importance, elles ne permettent aucunement de conclure à leur inutilité dans les représentations qu'en ont les élèves. Ainsi un élève sur quatre estime que le COP l'a aidé dans les choix de parcours. Au niveau national, même si la différence entre les voies de formation est moins marquée, les résultats sont eux aussi (et même plus) défavorables à cette hypothèse puisque 27,8 % des élèves enquêtés répondent que le COP les a aidés. »12(*)

Malgré cette utilité manifeste lorsqu'on s'adresse aux élèves, le corps des COP semble avoir été mis en extinction. Pour maintenir les effectifs, déjà très limités, de COP en activité, il faudrait en effet ouvrir 250 places au concours chaque année. Depuis deux ans, seuls 50 postes ont été ouverts au concours.

Quel que soit l'avenir réservé au corps des COP, votre rapporteure estime qu'il devrait être clairement affiché : il est en effet difficilement compréhensible de procéder ainsi à une extinction tacite.

Sur le fond, votre rapporteure estime que cette extinction serait une grave erreur résultant essentiellement d'une méconnaissance du fonctionnement actuel de l'orientation.

Le rapport précité du Haut conseil de l'Éducation en témoigne, puisqu'il réitère sur ce point un ensemble de propositions qui constituent la doxa en la matière.

Ainsi ce rapport précise-t-il notamment que « la priorité devrait être d'élaborer un référentiel de compétences qui, s'appuyant sur une vision claire des missions, définirait la fonction de conseil en orientation scolaire et professionnelle, et le ou les profils pour l'exercer. Cette fonction demande une spécialisation au moyen d'une formation adaptée, qui ne soit pas exclusivement ni même principalement axée sur la psychologie.

Ces conseillers exerceraient dans les établissements scolaires, où se fait l'orientation. Ils seraient placés sous l'autorité du chef d'établissement ou d'un chef d'établissement auquel ils seraient rattachés. Ils pourraient, par exemple, intervenir prioritairement auprès des collégiens en grande difficulté scolaire que guettent les risques de «décrochage». Leur travail serait évalué. Quant aux conseillers d'orientation-psychologues actuels, dont le recrutement ne serait pas poursuivi, ils travailleraient également en établissement, le cas échéant après avoir reçu un complément de formation pour s'adapter à la nouvelle définition de l'emploi. Les directeurs des CIO relèveraient des régions.

La fonction de conseil en orientation pourrait être également exercée à temps partiel par des enseignants (c'est le cas dans plusieurs pays étrangers où leur formation dure de trois semaines à quelques mois) ; pour certains d'entre eux, ce pourrait être une seconde carrière. Des spécialistes déjà reconnus de l'insertion professionnelle, de l'emploi, de la formation continue, ainsi que des représentants des milieux professionnels, pourraient être employés. Les conseillers principaux d'éducation auraient aussi un rôle précieux d'orientation à jouer, moyennant la formation déjà évoquée, car ils sont au contact quotidien des élèves, qu'ils connaissent bien le plus souvent, surtout dans les collèges ou les lycées dont les effectifs ne sont pas trop importants. Les conseillers en orientation auraient ainsi des profils divers et des conditions de travail adaptées à ces profils. »

A cet égard, votre rapporteure estime nécessaire de souligner deux contradictions majeures présentes dans le rapport du Haut conseil à l'écucation :

- de ce que l'orientation n'est pas toujours et partout une question de psychologie, il ne découle en rien qu'elle n'est jamais et nulle part une question de psychologie. A cet égard, une certaine naïveté hante la doxa en la matière : l'échec scolaire a nécessairement des résonnances psychologiques et seuls les élèves pour qui « tout va bien » peuvent quelquefois s'affranchir de cette dimension psychologique. Au demeurant, le HCE en a parfaitement conscience, puisqu'il invite ces COP d'un nouveau genre à intervenir auprès des élèves en passe de « décrocher » ;

il est peu cohérent de mettre en cause la formation des COP en soulignant ses insuffisances, par ailleurs peu discutable, en matière de connaissance fine des métiers et de proposer peu après de confier les fonctions de COP à des enseignants qui auraient reçu pour ce faire une formation qui, comme dans les autres pays, pourrait durer de trois semaines à quelques mois. Au demeurant, si les COP n'ont pas toujours une connaissance parfaite du monde de l'entreprise, il est à peu près certain que le savoir des enseignants en la matière est plus réduit encore.

Pour autant, votre rapporteure, qui ne remet pas en cause la qualité du constat global établi dans le rapport du HCE, retient des propositions de ce rapport trois idées majeures :

l'orientation pourrait être prise en charge par l'ensemble des adultes de l'établissement, à la condition toutefois de les former et de maintenir la présence d'un COP qui deviendrait à son tour « le référent des référents » et qui prendrait en charge les élèves les plus en difficultés ;

- chaque établissement devrait avoir un COP résident à plein temps. L'une des sources principales des critiques adressées à ce corps vient en effet de sa dispersion liée aux faibles effectifs globaux de COP. Un recrutement massif pourrait donc être engagé à ce titre pour pourvoir les 7 917 établissements secondaires ;

- la mise en place de ce recrutement pourrait être l'occasion d'une redéfinition des missions et du référentiel de formation des COP. L'intégration de professionnels ou de spécialistes de la formation continue pourrait être envisagée, à la condition toutefois qu'elle soit préparée par une formation ad hoc, notamment en matière psychologique.

Enfin, votre rapporteure souhaite rappeler une nouvelle fois qu'aborder l'orientation en termes de pure adéquation entre l'offre de formation et l'offre d'emploi revient à nier l'existence d'un désajustement massif qui ne peut sans doute être réduit au-delà d'un certain point, puisqu'il tient pour une part au moins aux choix des individus.

3. Mutualiser les stages d'observation

Votre rapporteure souhaite également réitérer sa proposition, faite l'année dernière, de créer des banques de stage au sein des collèges afin de limiter les logiques de reproduction sociale à l'oeuvre dans l'organisation de la séquence d'observation en 3e.

Cette proposition, faut-il le rappeler, figurait dans le programme de l'actuel Président de la République. Elle pourrait être mise en oeuvre grâce aux COP, auxquels serait confiée la tâche de l'alimenter et de la gérer par la double entremise des adultes référents et des familles.

Par ailleurs, la conception de ces stages devrait être transformée : ils sont pour l'heure un moment un peu formel pour bien des élèves ; ils devraient devenir l'occasion pour eux ou bien de s'immerger quelques jours dans un milieu professionnel qui les attire ou bien de découvrir des métiers auxquels ils ne pensaient spontanément pas.

Un point fondamental doit en effet être rappelé : l'orientation se construit par une ouverture progressive, qui suppose de découvrir des métiers sans nécessairement les lier à une décision d'orientation immédiate.

4. Élargir la découverte professionnelle « 3 heures » pour en faire l'outil d'une ouverture aux métiers tout au long du premier cycle secondaire

C'est pourquoi votre rapporteure souhaite que le modèle de la DP3 puisse être progressivement étendu aux classes de 5e et de 4e, afin de laisser le temps aux élèves de découvrir les professions indépendamment de toute décision d'orientation à venir.

Pour l'heure, le système éducatif fonctionne en effet de telle manière que la question de l'orientation et de l'insertion professionnelle est toujours posée au moment où des choix tranchés se profilent : il devrait en être tout autrement, ces décisions finales s'alimentant au fil d'un parcours long qui ne serait pas élaboré sous la pression du couperet de l'orientation de fin de 3e.

Un parcours de découverte des métiers et des formations bien conçu pourrait au demeurant jouer ce rôle. A cet égard, votre rapporteure souhaite répondre par avance à une objection qui pourrait lui être faite : si les élèves de 5e ou de 4e ne sont pas assez mûrs pour prendre une décision d'orientation, ils le sont suffisamment pour découvrir progressivement la réalité des métiers et s'ouvrir à des choix futurs qu'ils n'auraient pas faits spontanément.

Nombreux sont en effet les jeunes femmes et hommes qui, à un moment ou à un autre de leur parcours scolaire, réalisent que les métiers auxquels ils se destinaient sont tout autres que ceux auxquels ils aspirent réellement.

Au cours des 9e rencontres sénatoriales de l'apprentissage, qui ont lieu le 21 mai dernier, les membres de notre Haute assemblée ont ainsi pu entendre les témoignages d'étudiants engagés dans des études supérieures générales et ayant finalement décidé de se réorienter vers l'enseignement professionnel. Ce type de parcours, bien qu'encore exceptionnel, témoigne des déficiences d'un système d'orientation qui n'ouvre pas assez les élèves à d'autres métiers que ceux auxquels donne accès l'enseignement général.

C'est pourquoi, aux yeux de votre rapporteure, le collège doit devenir le lieu où les élèves découvrent toutes les voies qu'ils pourront emprunter. Tel est bien au demeurant le véritable esprit du collège unique.

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Au terme de son analyse, votre rapporteure souhaite enfin faire un constat fondamental : les transformations profondes dont notre système éducatif a besoin ne pourront se faire dans un contexte de rigueur budgétaire croissante. La souplesse et le pragmatisme ont en effet un coût, qu'il revient à la communauté nationale d'assumer.

Car qu'il s'agisse de la mise en place d'un véritable accompagnement pour les bacheliers professionnels ou du recrutement massif de COP dont notre École a besoin, des moyens supplémentaires sont nécessaires. Ils peuvent sans doute pour une part se financer par des gains de productivité globale, mais cet apport ne pourra en tout état de cause qu'être partiel.

Votre rapporteure ne peut qu'éprouver les plus grandes inquiétudes devant la réduction du nombre de postes de titulaires dans l'éducation nationale et ce d'autant plus que la ventilation de ces suppressions entre les différentes formes d'enseignement secondaire n'est toujours pas connue.

Sur ce point, votre rapporteure souhaite rappeler à nouveau que la spécialisation des crédits au niveau du programme a pour corollaire une obligation de justification des crédits au premier euro. Une nouvelle fois, cette dernière n'est pas satisfaite par le projet annuel de performances présenté par le Gouvernement pour la mission « Enseignement scolaire ».

De plus, la prise en compte de la performance au sein de la mission reste profondément insuffisante : les indicateurs demeurent trop souvent non renseignés, faute d'avoir été construits suffisamment en amont.

Enfin, malgré l'intérêt manifesté par le ministère de l'éducation nationale, les réformes engagées ne semblent pas en mesure de satisfaire à l'obligation de revalorisation de l'enseignement professionnel qui pèse depuis tant d'années sur la communauté éducative.

Pour toutes ces raisons, et au premier rang d'entre elles, du fait des orientations budgétaires retenues par le ministère de l'éducation nationale, votre rapporteure vous invite à donner un avis défavorable à l'adoption des crédits pour 2009 de la mission interministérielle « Enseignement scolaire ».

* 12 CEREQ, Note Emploi Formation n° 34, septembre 2008, Orientation : la parole aux élèves, (enquête menée par Thierry Berthet, Stéphanie Dechezelles, Rodolphe Gouin, Véronique Simon).