Allez au contenu, Allez à la navigation



Projet de loi pour le développement économique de l'outre-mer

 

B. VERS UNE VÉRITABLE VALORISATION DES ATOUTS DE L'OUTRE-MER POUR UN DÉVELOPPEMENT PÉRENNE ET ENDOGÈNE

Le rattrapage sur la métropole désormais partiellement opéré, il est temps de donner aux collectivités ultramarines les moyens de se développer grâce à leurs propres atouts.

1. Des atouts indéniables insuffisamment valorisés

Les atouts des collectivités territoriales d'outre-mer existent ; ils sont nombreux.

Ils ont été expressément reconnus, s'agissant des collectivités ultramarines qui constituent des régions ultrapériphériques (RUP) de l'Union européenne -la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et La Réunion- par la Commission européenne dans sa communication du 17 octobre 2008, intitulée « Les régions ultrapériphériques : un atout pour l'Europe »8(*).

Celle-ci notait ainsi : « A l'ère de la mondialisation et de la recherche de renforcement de la compétitivité européenne, il est nécessaire de soutenir le développement de secteurs porteurs dans lesquels les RUP possèdent des potentiels de spécialisation et des avantages comparatifs forts. Ces derniers constituent de plus, des terrains propices au développement d'initiatives de pointe et de projets pilotes qui sont d'un intérêt majeur pour l'Europe. Ce nouveau paradigme, axé sur la valorisation des atouts des RUP en tant que levier de développement économique, doit conduire à un renouvellement de la stratégie qui s'appuiera notamment sur des secteurs à forte valeur ajoutée tels que l'agro-alimentaire, la biodiversité, les énergies renouvelables, l'astrophysique, l'aérospatial, l'océanographie, la vulcanologie ou encore la sismologie mais aussi sur le rôle important des RUP en tant qu'avant-postes de l'Union européenne dans le monde. » Votre rapporteur pour avis souscrit pleinement à cette analyse et souligne qu'elle est encore plus évidente s'agissant des relations qu'entretient l'outre-mer avec la métropole.

Les économies des départements d'outre-mer sont aujourd'hui très fortement tertiarisées, le secteur tertiaire contribuant à plus de 80 % du PIB et de l'emploi total de ces territoires.

Poids du secteur tertiaire dans les départements d'outre-mer

 

Poids du secteur tertiaire
(en %)

Poids de la valeur ajoutée
de l'emploi non marchand

(en %)

 

dans le PIB

dans l'emploi total

dans le PIB

dans l'emploi total

Guadeloupe

80

85

33

43

Guyane

72

83

43

51

Martinique

82

82

34

49

Réunion

85

85

37

44

France

76

72

22

29

Source : Insee.

Les collectivités d'outre-mer disposent d'éléments clés de développement.

Si leur poids dans l'économie locale a chuté dans les dernières décennies, les secteurs de l'agriculture, notamment celui de la canne à sucre et de la banane restent des secteurs porteurs. Il convient néanmoins désormais de développer davantage l'agro-nutrition, domaine dans lequel les départements d'outre-mer ont un avantage comparatif à faire valoir.

La richesse de la biodiversité ultramarine constitue quant à elle une chance exceptionnelle.

Ainsi, comme le relevait récemment notre collègue Bruno Sido, à l'occasion de l'examen du projet de loi de programme relatif à la mise en oeuvre du Grenelle de l'environnement, l'outre-mer représente 97 % de la superficie des eaux maritimes françaises ; plus de la moitié des espèces de cétacés et pinnipèdes existant vit, se nourrit ou migre dans cet espace maritime ; 98 % des vertébrés et 96 % des plantes vasculaires ; 100 fois plus de poissons d'eau douce, 60 fois plus d'oiseaux, 26 fois plus de plantes et 3,5 fois plus de mollusques endémiques ; l'un des quinze derniers grands massifs de forêt tropicale non encore fragmentés par les activités humaines, avec la forêt guyanaise ; le premier lagon et la deuxième barrière récifale du monde en Nouvelle-Calédonie.9(*)

Dans ce contexte, les territoires ultramarins constituent de véritables « laboratoires » en matière d'énergies renouvelables.

Ainsi, la géographie de la Guadeloupe lui confère un potentiel énergétique naturel qui a permis de décliner la politique nationale de diversification des sources d'approvisionnement en énergie électrique. La chaîne volcanique de la Basse-Terre dispose de gisements naturels de vapeur et d'eau chaude ainsi que de sources d'énergie hydraulique. Le vent régulier des alizés est favorable au développement de l'énergie éolienne. Les conditions climatiques de l'archipel sont également appropriées à l'installation d'unités de production d'énergie solaire.

Dans cette collectivité, tout comme à La Réunion, l'utilisation de la bagasse issue de l'industrie cannière permet l'exploitation de la biomasse. Votre rapporteur pour avis insiste sur l'intérêt de cette utilisation, tant pour l'économie ultramarine que pour la protection de l'environnement.

La biodiversité de nos territoires ultramarins fournit également un terreau propice à l'éclosion d'un tourisme essentiel pour favoriser la croissance de leur économie.

Le montant total des recettes touristiques des départements d'outre-mer est évalué par l'IEDOM à environ 850 millions d'euros par an. Pour autant, le tourisme outre-mer reste encore insuffisamment développé. Comme l'a relevé M. Alain Saubert, si le potentiel des territoires ultramarins est grand, il convient de fournir un effort réel afin d'élargir l'offre de produits touristiques et leur qualité.

Ainsi, le tourisme à la Réunion s'avère être un vecteur de développement particulièrement intéressant, générant des recettes d'exportation et bénéficiant d'un potentiel non utilisé encore important. Par ailleurs, comme le notait l'IEDOM en 2008, le fort contenu en emploi des activités touristiques renforce leur attrait dans un département ou le taux de chômage est estimé à 24,2 %. Sur ce point, il est important que La Réunion se mette au standard de pays tels que l'île Maurice ou les Seychelles, dotés d'infrastructures hôtelières particulièrement développées.

Le potentiel touristique de la Martinique et de la Guadeloupe est également réel. Mais ces destinations doivent faire face à l'essor de pays au tourisme émergent, tels que Cuba et la République Dominicaine. Sur la période 1995-2005, ces deux pays ont enregistré un accroissement de leur fréquentation touristique de respectivement 155 % et 108 %. Or, ces destinations ont su attirer des touristes au budget plus conséquent que ceux fréquentant les départements français d'Amérique.

Enfin, l'outre-mer permet à la France de disposer, dans tous les océans, d'éléments de souveraineté qui constituent autant d'atouts pour son rayonnement politique, économique et culturel.

* 8 COM (2008) 642 final.

* 9 Rapport n° 165 (2008-2009) de M. Bruno Sido, fait au nom de la commission des affaires économiques, déposé le 14 janvier 2009.