Allez au contenu, Allez à la navigation



Projet de loi relatif à la programmation militaire pour les années 2009 à 2014 et portant diverses dispositions concernant la défense

 

IV. LES CAPACITÉS DE TRANSPORT ACTUELLES ET PRÉVUES

Le rapport annexé au présent projet de loi prévoit que l'armée de terre doit pouvoir projeter à 7.000-8.000 km 30.000 combattants en 6 mois, dont une force de 5.000 combattants « sous bref préavis ».

La capacité effective de projection dépend cependant non de la seule armée de terre, mais aussi de l'armée de l'air et de la marine, chargées du transport des combattants.

A. PRÉSENTATION SYNTHÉTIQUE DES CAPACITÉS DE TRANSPORT

Les rapporteurs pour avis se sont efforcés de réaliser, à titre indicatif, une estimation des capacités de transport actuelles et futures. Celle-ci, présentée par le tableau ci-après, montre le rôle essentiel du transport aérien.

Les hypothèses retenues sont indiquées dans l'encadré ci-après.

Les hypothèses retenues pour l'estimation des capacités de projection à 8.000 km

Dans le cas des capacités de projection aérienne, les rapporteurs pour avis s'appuient sur les estimations du ministère de la défense figurant dans le récent rapport d'information de votre rapporteur pour avis Jean-Pierre Masseret et de notre collègue Jacques Gautier, relatif à l'A400M153(*) :

- hypothèse d'équivalence entre 3,5 tonne et 1 combattant ;

- capacité actuelle de transporter en 5 jours à 8.000km 1.000 tonnes, soit 300 combattants avec leur matériel ;

- capacité future de transporter en 5 jours à 8.000 km 4.000 tonnes, soit un peu moins des 1.500 combattants avec leur matériel fixés comme objectif par le présent projet de loi.

Pour les navires, les hypothèses retenues sont les suivantes :

- les navires se déplacent à 20 noeuds, soit environ 40 km/h ;

- les bâtiments amphibies emportent chacun de l'ordre de 500 combattants avec leur matériel (ce qui est compatible avec les chiffres indiqués par le ministère de la défense sur son site Internet, de 700 combattants pour les BPC et 400 combattants pour les TCD) ;

- les navires rouliers emportent chacun une quantité de matériel équivalant à 300 combattants (selon un rapport154(*) de l'assemblée parlementaire de l'Union de l'Europe occidentale, pour transporter 60.000 combattants dont 80 % par voie maritime, il faut 160 rotations de navires rouliers, ce qui correspond par rotation au matériel nécessaire à 300 combattants) ;

- le taux de disponibilité des navires rouliers (mis à disposition dans le cadre d'un partenariat public-privé) est de 100 %.

Une estimation indicative des capacités de transport à 8.000 km

 

Projection aérienne (1)

Bâtiments amphibies (2) (3)

Navires rouliers (2) (4)

Total

 

Situation actuelle

2014

2020+

Situation actuelle

2014

2020+

Situation actuelle

2014

2020+

Situation actuelle

2014

2020+

Matériels en parc

56 C160, 14 C130 et 11 KC135

14 C130 et 11 KC 135 (5)

50 A400M et 14 MRTT

2 BPC, 2 TCD

3 BPC, 2TCD

4 BPC

           

Matériels utilisés

40 %

40 %

40 %

3 navires

3 navires

3 navires

3 navires rouliers

5 navires rouliers

5 navires rouliers

     

Capacité par rotation (combattants avec tout leur matériel)

60

40

300

1 500

1 500

1 500

900

1 500

1 500

     

Durée d'une rotation (en jours)

1

1

1

15

15

15

15

15

15

     

Nombre de combattants susceptibles d'être transportés avec tout leur équipement (6) en :

1 jour

60

40

300

0

0

0

0

0

0

60

40

300

5 jours

300

200

1 500

0

0

0

0

0

0

300

200

1 500

2 mois (y. c. préparation d'1 mois)

1 800

1 200

9 000

3 000

3 000

3 000

1 800

3 000

3 000

6 600

7 200

15 000

3 mois (y. c. préparation d'1 mois)

3 600

2 400

18 000

6 000

6 000

6 000

3 600

6 000

6 000

13 200

14 400

30 000

4 mois (y. c. préparation d'1 mois)

5 400

3 600

27 000

9 000

9 000

9 000

5 400

9 000

9 000

19 800

21 600

45 000

6 mois (y. c. préparation d'1 mois)

9 000

6 000

45 000

15 000

15 000

15 000

9 000

15 000

15 000

33 000

36 000

75 000

(1) Sur la base d'une hypothèse de 3,5 tonnes pour 1 combattant, retenue dans le récent rapport d'information de votre rapporteur pour avis Jean-Pierre Masseret et de notre collègue Jacques Gautier, relatif à l'A400M (commissions des finances et des affaires étrangères, rapport d'information n° 205, 2008-2009). (2) On suppose que les bâtiments amphibies et navires rouliers se déplacent à 20 noeuds (soit un peu moins de 40 km/h). (3) On suppose qu'un BPC emporte 700 combattants et un TCD 400 combattants (chiffres figurant sur le site Internet du ministère de la défense), ce qu'on arrondit à 500 combattants en moyenne. (4) On suppose que les navires rouliers emportent une quantité de matériel équivalant à environ 300 combattants (hypothèse retenue dans : Assemblée de l'UEO, Le transport stratégique européen, document A/1757, 5 décembre 2001). (5) On suppose que le programme A400M a un retard de 4 ans, ce qui ne permet pas d'utiliser ces appareils en 2014, et qu'aucune solution n'est adoptée pour compenser ce retard. (6) Davantage de combattants peuvent être transportés mais sans la totalité de leur matériel.

BPC : bâtiment de projection et de commandement. TCD : transport de chalands de débarquement. Les chiffres sont volontairement arrondis.

Source : commission des finances du Sénat

B. DES OBJECTIFS POUR 2020-2025 QUI POURRAIENT ÊTRE REVUS À LA HAUSSE ?

Comme on l'a indiqué ci-avant, les insuffisances du matériel de l'armée de terre paraissent constituer un important « goulet d'étranglement », en empêchant de projeter plus de 30.000 combattants 1 an sans relève, cet objectif n'étant au demeurant susceptible d'être atteint qu'au prix d'un important effort de remise à niveau pendant 6 mois.

Si cette hypothèse était levée, les capacités de transport permettraient de revoir nettement à la hausse les objectifs de projection pour 2020-2025.

1. L'objectif pour 2020 : 30.000 combattants à 8.000 km en 6 mois (comme aujourd'hui), avec un rôle fortement accru de la composante aérienne

Schématiquement, la situation en 2020 devrait être la suivante.

Compte tenu de la lenteur des navires, les premiers jours seuls peuvent être sur place des combattants transportés par voie aérienne. Le Livre blanc prévoit que l'armée de l'air doit être capable vers 2020 de projeter à 8.000 km et dans un délai de 5 jours un « échelon d'urgence » qui, compte tenu du parc aérien prévu en 2020, comportera 1.500 combattants avec l'ensemble de leur matériel. L'acquisition de cette capacité devrait représenter l'une des principales améliorations d'ici 2020.

Les autres combattants doivent arriver ensuite, par voie à la fois aérienne et maritime. On calcule que, compte tenu des moyens prévus pour 2020 par le rapport annexé au présent projet de loi, la capacité de transport serait alors de l'ordre de 15.000 combattants par mois, se répartissant de manière à peu près égale entre voies maritime (bâtiments amphibies, navires rouliers) et aérienne. La capacité de transport maritime demeurant analogue en 2020 à ce qu'elle est aujourd'hui, la principale innovation serait le rôle désormais essentiel du transport aérien.

2. Les moyens prévus pour 2020 devraient permettre un objectif deux fois plus ambitieux

Au total, en 6 mois, la capacité de transport à 8.000 km serait en 2020 de l'ordre de 75.000 combattants, soit plus du double de l'objectif de projection de 30.000 combattants prévu par le rapport annexé au présent projet de loi d'ici 2014. Du point de vue de l'armée de l'air et de la marine, l'objectif de projection de 30.000 combattants à 8.000 km pourrait donc être atteint en 2020 en seulement 3 mois, ce qui serait plus compatible avec les exigences opérationnelles que l'actuel délai de 6 mois. En 4 mois, l'effectif transportable serait de plus de 40.000 combattants.

Les capacités de transport de la France en 2020 contribueraient ainsi à mettre en oeuvre les objectifs définis en 1999 par le Conseil européen d'Helsinki pour l'ensemble de l'Union européenne, consistant à pouvoir projeter 60.000 combattants en 2 mois à 4.000 km. En effet, si l'on considère que la France, compte tenu de son poids militaire au sein de l'Union européenne, doit fournir environ un tiers de cette force, cela correspond à 20.000 combattants155(*). Or, il résulte des moyens prévus en 2020 qu'en 2 mois, la capacité de transport devrait alors être de l'ordre de 15.000 combattants à 8.000 km, soit 30.000 combattants à 4.000 km.

Le recours accru à la composante aérienne se justifie en particulier par le fait qu'il est aujourd'hui beaucoup plus difficile qu'il y a quelques décennies d'affréter des navires dits « rouliers156(*) », qui sont les plus utiles pour la projection de forces (le rapport annexé au présent projet de loi prévoit d'en acquérir quelques-uns en partenariat public privé). Ainsi, les moyens maritimes, à peu près stables d'ici 2020, n'auront pas plus vocation qu'aujourd'hui à permettre une opération amphibie massive. Il ne serait en particulier pas possible, comme en 1956 lors de l'opération de Suez, d'acheminer à proximité du théâtre 30.000 combattants et leur matériel en seulement 2 rotations de navires157(*), puis de les faire rapidement débarquer après un échelon d'assaut de 3.000 combattants sur des navires amphibies158(*).

Les moyens aériens présentent en outre l'avantage, évident, de permettre d'atteindre les régions éloignées des côtes sans réaliser de longs trajets par voie terrestre.

C. LE RÔLE ESSENTIEL DE L'A400M

Comme on l'a indiqué ci-avant, le Livre blanc prévoit que l'armée de l'air doit être capable de projeter à 7.000-8.000 km en 5 jours un « échelon d'urgence » de 1.500 combattants.

L'A400M doit permettre d'atteindre cet objectif de projection en 2020. Le rapport annexé au présent projet de loi prévoit l'acquisition d'ici 2020 50 A400M, capables d'emporter des hélicoptères ou des blindés légers. Aux 50 A400M s'ajouteront à terme 14 MRTT159(*) (10 en 2020), qui sont des avions ravitailleurs mais, comme actuellement les Boeing C135, pourront également transporter du fret sur palettes. Si on suppose que chacun de ces avions emporte une charge de 30 tonnes, comme ils volent à 800 km/h, il faut, en comptant le temps passé au sol, environ 24 heures par cycle pour une projection à 8.000 km. En 5 jours, un avion peut transporter 150 tonnes, et 30 avions160(*) 4.500 tonnes, soit environ 1.500 combattants avec leurs équipements161(*).

Cet objectif de projection n'est actuellement atteint qu'à environ 20 %. En effet, les avions de transport tactique actuels (C160 Transall et Lockheed C130) ont une faible capacité d'emport sur longue distance (de l'ordre de la dizaine de tonnes), une faible vitesse et un rayon d'action limité, et la plupart ne sont pas ravitaillables en vol. La capacité globale de projection à longue distance est donc pour moitié assurée par les 11 avions ravitailleurs Boeing C135 Stratolifter, dérivés du Boeing 707 et qui présentent le double inconvénient de ne pas avoir de capacités tactiques (ce qui signifie en particulier qu'ils ne peuvent pas se poser sur des terrains sommairement aménagés) et de ne pouvoir emporter que du fret sur palettes. Selon les estimations du ministère de la défense, la capacité globale de projection à 8.000 km en 5 jours est actuellement de l'ordre de seulement 800 tonnes, ce qui permet de projeter 1.500 combattants mais sans l'essentiel de leur matériel.

La situation pourrait même s'aggraver lors de la présente loi de programmation. En effet, alors qu'il était prévu jusqu'à récemment d'accroître progressivement la capacité de transport aérien grâce à l'acquisition de 50 A400M de 2009 à 2020, le programme paraît devoir connaître un retard de l'ordre de 4 ans pour la première livraison, comme votre rapporteur pour avis Jean-Pierre Masseret et notre collègue Jacques Gautier l'ont récemment expliqué dans un rapport d'information162(*) relatif à l'A400M. Compte tenu de la nécessité de retirer à court terme du service les C160 Transall, qui constituent l'essentiel du parc d'avions de transport tactique, la capacité de transport aérien pourrait être fortement réduite à l'horizon 2014. 

* 153 Commissions des finances et des affaires étrangères, rapport d'information n° 205, 2008-2009.

* 154 Assemblée de l'UEO, « Le transport stratégique européen », document A/1757, 5 décembre 2001.

* 155 Ce seuil de 20.000 combattants n'est actuellement pas atteint, la capacité de transport en 2 mois n'étant aujourd'hui que de l'ordre de 5.000 combattants à 8.000 km, soit 10.000 combattants à 4.000 km.

* 156 Un navire roulier, ou Ro-Ro (de l'anglais Roll-On, Roll-Off) se caractérise par le fait qu'il charge sa cargaison, en pratique des véhicules ou des remorques, par une ou plusieurs rampes d'accès. Il se distingue ainsi de la plupart des autres cargos, dits « Lo-Lo » (Lift on/Lift off), dont la cargaison consiste en des conteneurs, chargés verticalement à l'aide de grues.

* 157 Comme cela avait alors été réalisé, essentiellement à l'aide de navires réquisitionnés depuis Alger.

* 158 Amiral Pierre Barjot, article publié dans la Revue maritime, janvier 1959 (en ligne sur le site Internet du service historique de la défense).

* 159 Le programme MRTT est souvent identifié à l'Airbus A330-200 MRTT, mais à ce jour aucune commande n'a été passée.

* 160 En moyenne, seulement 50 % des avions en parc sont disponibles.

* 161 Le ministère de la défense évalue en effet la masse totale à acheminer à environ 5.000 tonnes, soit près de 3,5 tonnes par militaire.

* 162 Commissions des finances et des affaires étrangères, rapport d'information n° 205, 2008-2009.