Allez au contenu, Allez à la navigation



Projet de loi de finances pour 2012 : Anciens combattants, mémoire et liens avec la nation

17 novembre 2011 : Budget 2012 - Anciens combattants, mémoire et liens avec la nation ( avis - première lecture )

C. LES PERSPECTIVES INTÉRESSANTES DU DÉVELOPPEMENT D'UN TOURISME DE MÉMOIRE

La tenue au Sénat, au mois de mai dernier, des premières Assises du tourisme de mémoire a permis de rappeler l'intérêt économique qu'il y a à mettre en valeur l'important patrimoine mémoriel relatif aux conflits contemporains. Une enquête pilotée conjointement par la DMPA, la direction générale de la compétitivité, de l'industrie et des services du ministère de l'économie, des finances et de l'industrie et Atout France, l'agence de développement du tourisme en France, permet de mieux saisir la réalité de ce phénomène et les avantages que les collectivités pourraient en retirer.

Avec une grande variété de structures, le tourisme de mémoire représentait, en 2010, 6,2 millions de visites, dont 4 millions pour les dix-sept sites les plus fréquentés. Le chiffre d'affaires de la filière est de 45 millions d'euros, et ce alors que moins de 20 % des sites produisent aujourd'hui des recettes directes. Le profil des visiteurs n'est pas uniforme, avec une clientèle étrangère représentant 45 % des entrées, principalement en provenance de Grande-Bretagne, d'Allemagne, de Belgique, des Pays-Bas et des Etats-Unis. Ces sites emploient l'équivalent de 1 050 salariés à temps plein et de nombreux bénévoles. Ils entreprennent des investissements pour améliorer l'accueil des visiteurs, moderniser la muséographie ou développer des services annexes payants.

Bien que la valorisation touristique du patrimoine mémoriel ne soit pas une idée neuve et remonte au moins aux guides illustrés des champs de bataille édités par Michelin dès 1917, il y a là une opportunité à saisir pour des territoires qui, surtout dans l'Est de la France, ont terriblement souffert ces dernières années des restructurations économiques. Le centenaire de la Première Guerre mondiale, qui doit donner lieu à quatre années de commémoration, peut être l'occasion pour ces régions de tirer partie de leur histoire douloureuse et de participer à la transmission de la mémoire de la première génération du feu. En s'inscrivant dans des projets touristiques plus larges, s'appuyant sur les spécificités culturelles de chacun de ces territoires, le tourisme de mémoire peut constituer un atout non négligeable, et ce d'autant plus que les retombées indirectes sont importantes et qu'il est un facteur de notoriété internationale.

C'est la raison pour laquelle un nombre croissant de collectivités territoriales s'adressent à l'Etat pour obtenir un appui à la mise en oeuvre de projets de valorisation touristique de leur patrimoine mémoriel. Toutefois, elles font face à des difficultés de financement car la DMPA ne dispose pas de crédits dédiés au soutien à ces initiatives. Son directeur a indiqué à votre rapporteure que seules des économies de gestion lui permettraient de répondre à toutes ces sollicitations, ce qui, au vu du budget relativement limité dont il dispose, semble difficile à réaliser. Des partenariats existent déjà, notamment avec le département de la Meuse depuis 2009 ou avec celui du Haut-Rhin concernant le champ de bataille du Hartmannswillerkopf. Dans la perspective de la préfiguration du centenaire de la Première Guerre mondiale, il est nécessaire d'améliorer le dialogue entre les différents acteurs et de s'inspirer des pratiques de ceux qui ont déjà une longue expérience en la matière. C'est un enjeu économique pour les collectivités concernées ; c'est également le moyen de rendre la mémoire des sacrifices faits sur le sol français pour la liberté au XX siècle plus présente pour les jeunes générations, qui la considèrent comme un acquis.