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Projet de loi de finances pour 2018 : Défense : Équipement des forces

23 novembre 2017 : Budget 2018 - Défense : Équipement des forces ( avis - première lecture )

B. LES PROGRAMMES VISANT À « OPÉRER EN MILIEU HOSTILE »

1. Le programme SCORPION

Le programme SCORPION (« synergie du contact renforcé par la polyvalence et l'infovalorisation ») vise à assurer la modernisation des groupements tactiques interarmes (GTIA) de l'armée de terre, afin d'accroître, dans une approche globale, leur efficacité et leur protection, en utilisant les nouvelles capacités d'échanges d'information. Le lancement de la première étape du programme, longtemps attendu, est intervenu en octobre 2014. Cette première étape, pour un coût total de près de 5,1 milliards d'euros aux conditions économiques de 2017, comprend notamment :

- les véhicules blindés multi-rôles (VBMR) lourds Griffon, destinés à remplacer les véhicules de l'avant blindés (VAB) actuellement en service ;

- les engins blindés de reconnaissance et de combat (EBRC) Jaguar, qui remplaceront l'AMX10RC, l'engin blindé ERC Sagaie et le VAB HOT ;

- une rénovation du char Leclerc, limitée au traitement des obsolescences fonctionnelles majeures ;

- un système d'information (« système d'information et de combat SCORPION » : SICS) destiné à assurer la cohérence des systèmes en service.

Ce programme répond à un besoin prioritaire : les véhicules de l'armée de terre engagés en opérations ne sont réellement protégés, actuellement, qu'à 40 % ; en particulier, les VAB, conçus dans les années 1970, ne sont plus au niveau des exigences opérationnelles et, sur-sollicités, usés, ils n'étaient techniquement disponibles qu'à 42 % en 2016. Il paraît difficile de prolonger plus longtemps le parc existant, même au prix d'une augmentation importante du coût du soutien ; le risque de rupture temporaire de capacité est donc élevé.

Le contenu des étapes du programme devant suivre la première sera consolidé ultérieurement, notamment pour atteindre la cible prévue par la programmation militaire, actualisée des décisions arrêtées en conseil de défense du 6 avril 201692(*) : 1 722 VBMR lourds Griffon et 558 VBMR légers, 248 EBRC Jaguar et 200 chars Leclerc rénovés. Les 319 premiers Griffon et 20 premiers Jaguar ont été commandés en avril 2017, 20 nouveaux Griffon seront commandés en 2018. Les 3 premiers Griffon doivent être livrés en 2018, ainsi que 50 chars Leclerc rénovés ; la livraison des premiers Jaguar interviendra en 2020.

Compte tenu de l'importance de ces véhicules pour les forces terrestres, vos rapporteurs pour avis préconisent l'accélération, autant que possible, des commandes et livraisons du programme SCORPION, en particulier pour les Griffon. À cet égard, ils souscrivent au raisonnement d'optimisation économique et opérationnelle soutenu par le chef d'état-major de l'armée de terre, dès l'an dernier, devant la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées : « on s'échine à remettre en état, voire à reconstruire, le VAB qui va fêter ses quarante ans, alors que l'industriel qui l'entretient est un acteur majeur de SCORPION. Sous réserve de soutenabilité financière et de faisabilité industrielle, ne vaut-il mieux pas accélérer la livraison de SCORPION et réduire le maintien en condition des VAB ? La réponse est évidente [...]. » En d'autres termes, « faut-il reconstruire des véhicules ou accélérer l'arrivée du Griffon ? C'est la question. C'est le même industriel et à peu près le même coût, mais le niveau de protection, l'action tactique et l'autonomie sont bien supérieurs pour le Griffon93(*). »

Interrogés par vos rapporteurs, les entreprises concernées94(*), ont confirmé qu'au plan industriel, une accélération des cadences de production serait en effet possible à compter de 2020. Cette accélération doit donc être inscrite dans la trajectoire capacitaire associée à la prochaine LPM.

2. Les programmes de véhicules
a) Le véhicule blindé de combat d'infanterie (VBCI)

Le VBCI, véhicule de combat principal des forces terrestres, est un blindé à 8 roues motrices. Il se décline en deux versions :

- d'une part, le véhicule de combat de l'infanterie (VCI), destiné à assurer le transport, la protection et le soutien « feu » des groupes de combat des régiments d'infanterie des brigades blindées et multi-rôles. Il est équipé d'une tourelle de moyen calibre et peut embarquer, outre le pilote et le radio/tireur, un groupe de combat de neuf hommes équipés du système FÉLIN (cf. infra) ;

- d'autre part, le véhicule de poste de commandement (VPC), destiné à assurer l'accueil, le transport et la protection des moyens de commandement de ces mêmes unités d'infanterie, mais également de celles dotées de chars Leclerc. Il est, quant à lui, équipé d'une tourelle d'auto-défense de 12,7 mm téléopérée et du système d'information régimentaire. Pour prendre en compte les adaptations nécessaires aux menaces d'engins explosifs improvisés (EEI) rencontrées sur les théâtres, une configuration 32 tonnes est en cours de réalisation.

Ce programme a été clos en mars 2015, avec la livraison du dernier véhicule attendu, portant le parc au niveau de 630 unités fixé par la LPM 2014-2019. Le coût total d'acquisition de CES VBCI s'est élevé à 2,9 milliards d'euros.

La LPM a également prévu la transformation de 95 VBCI de 29 tonnes en une version de 32 tonnes, pour accroître la protection des fantassins embarqués en permettant l'ajout de protections ou d'équipements complémentaires. L'opération a été conduite à bien entre 2015 et 2017.

b) Le véhicule blindé léger (VBL)

Le VBL est un véhicule de 4,5 tonnes, héli-transportable, discret et très mobile, possédant une protection balistique, nucléaire et chimique, ainsi qu'une capacité de franchissement amphibie. Il est décliné en plusieurs versions : VBL, VB2L en poste de commandement (PC) et PRB (patrouille de recherche blindée). Ses capacités lui permettent de réaliser des missions de renseignement et de surveillance.

L'armée de terre, à la suite de l'actualisation de la LPM 2014-2019 en 2015, bénéficie d'une accélération de la régénération du parc des 800 VBL affectés aux opérations extérieures. Les engagements actuels sur la bande sahélo-saharienne exigent en effet des « matériels robustes et efficaces, aptes à faire face à des pics de violence et à intervenir dans des situations marquées par la difficulté d'identifier les belligérants », pour citer le rapport annexé à la LPM actualisée. Les remises à niveau portent principalement sur les éléments de mobilité de ces véhicules.

D'ici fin 2019, 50 VBL régénérés doivent être livrés, dont les trois premiers en 2018. Le renouvellement de l'ensemble de la composante VBL est programmé à partir de 2025, dans le cadre du programme SCORPION.

c) Les véhicules pour les forces spéciales (VFS)

L'objectif du programme VFS est de doter les forces spéciales de nouveaux véhicules, dont les performances seront axées sur la mobilité (vitesse en tout terrain et autonomie), l'aptitude à la projection stratégique, l'armement, la résistance aux fortes sollicitations et la discrétion. Ils seront déclinés en 3 versions :

poids lourds pour forces spéciales (PLFS), avec une cible de 202 véhicules ;

véhicule léger pour forces spéciales (VLFS), avec une cible de 241 véhicules ;

petits véhicules aérolargables de type Fardier, avec une cible de 300 véhicules.

Une première commande de VFS est intervenue fin 2015, la première livraison de PLFS en février 2017. La livraison des premiers VLFS est attendue en 2019. En 2018, 60 petits véhicules aérolargables de type Fardier doivent être livrés et 23 PLFS nouveaux commandés.

3. Les programmes destinés au fantassin
a) Le système FÉLIN

Le système de communication FÉLIN (« fantassin à équipements et liaisons intégrés ») tend à valoriser les capacités des combattants débarqués : grâce à une forte modularité et à son potentiel d'évolution, il peut s'adapter à la diversité des situations opérationnelles et prendre en compte les fonctions « mobilité », « observation », « communication », « agression », « protection » et « soutien ».

La LPM 2014-2019 a réduit la cible du programme à hauteur de 18 552 systèmes, contre une prévision initiale de 22 588 - soit une diminution de 18 % (4 036 systèmes). Le coût total du programme, après prise en compte de cette réduction représente 1,07 milliard d'euros aux conditions économiques de 2016.

La livraison de ces systèmes s'est achevée en 2015. 18 régiments d'infanterie en sont équipés. Le système constitue ainsi, désormais, l'équipement standard des régiments d'infanterie ; il est déployé sur l'ensemble des théâtres d'opération.

b) L'arme individuelle future (AIF)

L'AIF, fusil d'assaut de nouvelle génération, est destinée à remplacer le fusil FAMAS, en service dans l'armée française depuis 1979 - et dont, du fait de son vieillissement, le coût de maintien en condition opérationnelle représente actuellement 3,5 millions d'euros par an. Cette arme future aura la capacité de tirer tous types de munitions 5,56 au standard OTAN, les grenades à fusil, les grenades basse vitesse de 40 mm ; elle s'intégrera dans le système FÉLIN et dans les moyens de simulation des armées.

Le marché (117 00 fusils) a été attribué en septembre 2017 à la société allemande Heckler & Koch, qui proposait son fusil HK 416 dans le cadre de l'appel d'offres lancé par la DGA95(*). Les livraisons ont été étalées de 2017 à 2028 sur un rythme d'environ 10 000 par an. La livraison des 5 340 premiers fusils d'assaut de nouvelle génération a été programmée en 2017, puis une livraison de 8 000 fusils en 2018 ; il en restera alors 95 660 à commander et 103 660 à livrer.

4. Les programmes d'hélicoptères
a) L'hélicoptère Tigre

L'hélicoptère de combat Tigre, qui équipe l'armée de terre, peut assurer la lutte de jour comme de nuit contre des objectifs terrestres ou aériens lents. Sa vitesse élevée et sa manoeuvrabilité sont optimales pour le vol tactique ; il présente un haut niveau de discrétion et de « survivabilité ».

La définition des capacités de cet appareil, dont les travaux ont commencé fin 1978, est le résultat d'une coopération entre la France et l'Allemagne, puis également avec l'Espagne ; aujourd'hui, 85 % des aspects mécaniques du Tigre sont communs aux trois pays, les différences tenant principalement à l'avionique et à l'armement. L'hélicoptère recherché à l'origine devait offrir une capacité antichar (HAC) et un appui-protection (HAP) ; ce besoin a évolué avec le changement de contexte stratégique : en 2003, la France a abandonné le HAC et a retenu, outre l'appui-protection (HAP), une capacité d'appui-destruction (HAD). La version HAP dispose d'un canon de 30 mm et de roquettes, et peut embarquer quatre missiles Mistral ; la version HAD peut embarquer, en outre, des missiles de destruction au sol (Hellfire 2).

Les livraisons du Tigre ont commencées en 2005 et sont planifiées jusqu'en 2019. L'actualisation de la LPM effectuée par la loi du 8 juillet 2015 a augmenté la cible de sept appareils, commandés en 2015 ; sont ainsi prévues les livraisons de 5 hélicoptères en 2017 et 5 en 2018, donnant lieu à un parc de 67 Tigre, au standard unique HAD, contre 60 dans la LPM initiale. Fin 2019, le parc des hélicoptères d'attaque et de reconnaissance devrait ainsi avoir été considérablement modernisé : il se composera de 67 Tigre et 81 Gazelle, contre 39 Tigre et 147 Gazelle au début de l'année 2013.

Le programme Tigre prend en compte la réalisation des versions HAP et HAD de l'hélicoptère, puis la transformation progressive en un parc homogène de HAD. Son coût total est de 6,75 milliards d'euros aux conditions de 2017.

Par ailleurs, l'intégration à l'armement du Tigre d'une roquette de précision métrique a été prévue par la loi du 28 juillet 2015 actualisant la LPM. Cette arme répond bien aux données actuelles des théâtres d'opérations : elle permet de traiter des objectifs ponctuels peu durcis, mobiles ou immobiles, dans la tranche de 2 000 à 5 000 mètres, en complémentarité du missile Hellfire, adapté quant à lui à la destruction d'objectifs de haute valeur ajoutée (chars, bunkers).

b) L'hélicoptère Caracal

L'hélicoptère Caracal, hélicoptère de manoeuvre de dernière génération (EC 725), permet la recherche et le sauvetage au combat, le transport des unités des opérations spéciales, le contreterrorisme maritime, le transport tactique et le transport de matériel ou le secours aux civils dans le cas de conflits ou de catastrophes naturelles dans des zones peu accessibles. Les prochaines commandes sont programmées pour 2019.

Notons ici qu'à la suite des difficultés de maintien en condition opérationnelle rencontrées pour cet équipement dans la bande sahélo-sahérienne, du fait des spécificités du sable, particulièrement abrasif, sur lequel doivent évoluer les appareils, et qui endommage rapidement leur moteur, l'industriel - Airbus Helicopters - a développé des améliorations techniques du système de filtre.

5. Les programmes de frégates de premier rang

Dans le contexte de la vente d'une FREMM à l'Egypte en février 2015, la feuille de route « frégates » de la LPM 2014-2019 a été ajustée par la loi du 28 juillet 2015, afin de respecter la cible de 15 frégates de premier rang fixée par le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2013 et de garantir la cohérence d'ensemble des programmes. Ce format devrait ainsi être atteint en 2029 avec deux FDA modernisée, huit FREMM (six FREMM ASM et deux FREMM DA), et cinq FTI.

a) La frégate multi-missions (FREMM)

Les FREMM sont des frégates de la classe des 6 000 tonnes, qui embarquent l'hélicoptère NH90 (cf. supra) et mettent en oeuvre des capacités anti-navires (missiles mer-mer), des moyens d'autodéfense contre les sous-marins (torpilles MU 90), ainsi que, pour la version anti sous-marine (ASM), des capacités d'autodéfense anti-aérienne (missiles ASTER 15) et, pour la version à capacité renforcée de défense aérienne (DA), des missiles ASTER 15 et 30. Le programme couvre aussi l'embarquement d'une capacité de frappe dans la profondeur (missiles de croisière navals) et une capacité sonar pour la détection sous-marine.

Les FREMM constituent ainsi l'ossature principale de la force navale dans les différents domaines de lutte à la mer ; elles sont d'ailleurs à même d'opérer dans le cadre de coopérations interarmées ou interalliées, isolément ou au sein d'une force navale. Ces bâtiments sont destinés à remplacer la plupart des frégates anciennes, notamment celle des types F67 Tourville - déjà désarmées -, F70 Georges Leygues et FAA Cassard.

La frégate Aquitaine, première FREMM de la série, a été réceptionnée en novembre 2012, et son admission au service actif prononcée en décembre 2015 pour une première mission opérationnelle au sein du groupe aéronaval accomplie au début de l'année 2016.

La frégate initialement prévue comme n° 2, ex-Normandie, a été prélevée sur les commandes passées pour la marine française afin de livrer à l'Égypte le bâtiment qu'elle avait commandé en février 2015. La deuxième FREMM française, Provence, et le système de combat des FREMM ASM, ont été réceptionnés en juin 2015 ; l'admission au service actif de cette frégate a été prononcée en juin 2016 pour une première mission opérationnelle accomplie en Méditerranée orientale, dans le cadre de l'opération « Chammal », de février à avril 2017.

La livraison de la troisième FREMM, Languedoc, est intervenue en mars 2016, et son admission au service actif en juillet dernier. La livraison de la quatrième frégate, Auvergne, a eu lieu en avril 2017 ; celle de la cinquième, Bretagne, est attendue en 2018.

La LPM actualisée prévoit la poursuite de la production des FREMM jusqu'à une cible de huit, six en version anti-sous-marine (ASM) et deux à capacité de défense aérienne renforcée (version DA), destinées à constituer la base de la force navale dans les différents domaines de lutte à la mer. Les deux FREMM DA, à l'horizon 2022, remplaceront les deux frégates antiaériennes d'ancienne génération Cassard et Jean Bart et compléteront les deux frégates de défense aérienne (FDA) de type Horizon (Forbin et Chevalier Paul) modernisées.

Ce programme est conduit au sein de l'Organisation conjointe de coopération en matière d'armement (OCCAr), en coopération bipartite avec l'Italie. L'arrangement cadre de cette coopération, signé en 2005, porte sur la définition, la conception, le développement, la construction et le soutien des frégates. Le coût du programme s'établit à 8,3 milliards d'euros aux conditions économiques de 2017.

b) La frégate de taille intermédiaire (FTI) Belh@rra

Les frégates de taille intermédiaire (FTI), frégates de combat de nouvelle génération, sont appelées à succéder aux frégates de type La Fayette.

Le démarrage de ce programme, par rapport à la version initiale de la LPM 2014-2019, avait été avancé de deux ans par la loi du 28 juillet 2015, soit à 2018, avec une première livraison programmée à l'horizon 2023. Le lancement du programme et la commande d'une première FTI « Belh@rra » ont finalement été effectués dès avril 2017, décision de nature à permettre de sécuriser le format à 15 frégates de premier rang de nouvelle génération en 2029. Le coût total du programme est de près de 4,2 milliards d'euros, pour 5 bâtiments, aux conditions de 2017.

Parallèlement, un programme de rénovation à mi-vie de trois des cinq unités La Fayette a été lancé en mai 2017. Il tend à maintenir la cible des frégates de premier rang à 15 unités jusqu'à l'arrivée des FTI à partir de 2023.

6. Le sous-marin nucléaire d'attaque (SNA) Barracuda

Le Barracuda est un sous-marin nucléaire d'attaque destiné à la maîtrise des espaces maritimes. Il vise à assurer le soutien de la force océanique stratégique (FOST) ou d'une force aéronavale et participera, en outre, aux opérations de projection de forces et de frappe dans la profondeur (missile de croisière naval) et aux opérations spéciales (commandos et nageurs de combat). Équipé d'une propulsion nucléaire, il sera capable de mettre en oeuvre la torpille F21, le missile antinavire SM39 modernisé, le missile de croisière naval et des nageurs de combat avec leur matériel ; doté de moyens de communication permettant son intégration au sein d'une force navale, il pourra également agir de façon isolée.

Quatre SNA Barracuda ont été commandés - baptisés, respectivement, Suffren, Duguay-Trouin, Tourville et De Grasse ; la commande du quatrième date de 2014. Un cinquième doit être commandé en 2018. Le coût du programme s'élève à près de 10,3 milliards d'euros aux conditions économiques de 2017.

La livraison du Suffren, premier SNA de la série aujourd'hui en phase d'achèvement, est désormais prévue en 2020, celle du Duguay-Trouin, second de la série, en 2021. Il s'agit d'un retard de plus de deux ans par rapport aux prévisions initiales, imputable à un problème de qualité du travail industriel de Naval Group (ex-DCNS). Comme celui-ci l'a confirmé à vos rapporteurs pour avis, les problèmes rencontrés, en dernière analyse, relèvent de la difficulté de reconstituer les savoir-faire propres au domaine nucléaire sur le site de Cherbourg.

Les travaux d'infrastructures d'accueil des Barracuda - à Toulon, à Brest et à l'Ile-Longue - font l'objet d'un programme inscrit sur le programme 212 « Soutien de la politique de la défense ». Parallèlement, est mis en oeuvre le programme de mise à l'arrêt et démantèlement des six SNA de classe Rubis, qui seront remplacés par les Barracuda. L'opération se déroule sur un site ad hoc aménagé à Cherbourg.

7. L'avion Atlantique 2 (ATL2)

L'ATL2 assure essentiellement des missions de patrouille maritime ; la flotte opérationnelle actuelle est composée de 22 appareils, qui disposent d'un potentiel de vie au-delà de 2030. La rénovation de cet avion a été lancée, pour le stade de réalisation, en 2013 ; ce programme prévoit, au total, la modernisation de 15 appareils ; la commande visant les 3 derniers est prévue en 2018. Le coût total de l'opération est fixé à 809 millions d'euros aux conditions de 2017.

Cette opération permet de traiter les obsolescences critiques du système de combat ; elle couvre également la restauration des performances de sous-systèmes (calculateur tactique, visualisation tactique, acoustique, radar, IFF et électro-optique), afin de faire face au changement du contexte, caractérisé par le déplacement des zones d'évolution de la haute mer aux zones littorales défavorables à la détection acoustique, et à l'évolution de la menace, eu égard la prolifération de sous-marins classiques performants et discrets. Il s'agit ainsi de conserver les capacités anti-sous-marines et anti-navires de l'ATL2, pour garantir la liberté d'action de la force océanique stratégique (FOST) et du groupe aéronaval.

La livraison du premier avion rénové est prévue pour 2019. Alors que la version initiale de la LPM 2014-2019 prévoyait la rénovation de quatre ATL2, la loi d'actualisation du 28 juillet 2015 a réduit cette cible de moitié, en prévoyant la rénovation de deux appareils seulement d'ici à 2019. Cette situation a été justifiée par des raisons d'ordre industriel, les opérations de rénovation menées sous la maîtrise d'oeuvre du service industriel de l'aéronautique (SIAé) ayant pris une dizaine de mois de retard.

8. Les programmes de missiles
a) Le système de missile EXOCET

Les travaux destinés au maintien des performances actuelles du système de missile EXOCET visent à préserver la capacité des unités de la marine nationale à lutter contre des menaces maritimes. Il s'agit en particulier de maintenir voire d'améliorer la robustesse du missile face aux nouvelles menaces, et de permettre sa mise en oeuvre à partir de nouvelles plates-formes.

À cet effet, le programme :

- traite les obsolescences qui touchent les équipements du missile MM40, au moyen du réaménagement de blocks 2 en blocks 3 et de l'amélioration de performance par le développement d'une nouvelle définition (Block 3c) ;

- intègre le MM40 (tous blocks) sur les frégates de type FREMM et Horizon ;

- assure la capacité d'emports sous l'avion Rafale et à bord des sous-marins Barracuda, respectivement en missiles AM39 et SM39 (définition Block 2 Mod2).

La première livraison de missiles MM40 Block 3c est prévue pour 2019.

b) Le système de missile moyenne portée (MMP)

Le système MMP est destiné à équiper les unités de combat au contact et les forces spéciales débarquées, et à les doter d'une capacité de neutralisation de combattants et de cibles blindées, de jour comme de nuit jusqu'à 2 500 mètres. Il remplacera notamment le missile de combat tactique Milan en service depuis 1974. La qualification du système a été prononcée en juillet 2017.

La cible actuelle, pour l'étape 1 du programme, est de 400 postes de tirs et 1 500 munitions, pour un coût de réalisation de 680 millions d'euros aux conditions économiques de 2017. Des étapes ultérieures doivent permettre d'atteindre la cible de 2 850 munitions prévue par la LPM 2014-2019. La livraison de 150 munitions et de 50 postes de tir est prévue d'ici la fin 2017, celle de 100 munitions et 125 postes de tir en 2018, année au cours de laquelle doivent être commandés 50 nouveaux postes de tir.

c) Le missile anti-navire léger (ANL)

Le missile ANL doit équiper les hélicoptères de la marine nationale, le comité ministériel d'investissement (CMI) du 1er mars 2017 ayant par ailleurs validé la décision que le HIL (cf. supra) soit le porteur unique de ce missile. Il permettra de traiter les cibles navales de petite taille, rapides et manoeuvrantes, évoluant dans un environnement complexe.

Le programme a été lancé en mars 2014 et est mené en coopération franco-britannique. Son coût s'élève à 412 millions d'euros pour la part française, aux conditions économiques de 2017.

Le développement du missile se poursuit, avec la réalisation des premiers essais en vol, et notamment le succès du premier tir piloté du missile en juin 2017.

9. Les programmes de torpilles
a) La future torpille lourde (FTL)

La torpille F21, future torpille lourde, est destinée à détruire ou à neutraliser des bâtiments de surface ou des sous-marins dont la plupart sont dotés de système de détection et de contre-mesure anti-torpille. Intégrée sur tous les sous-marins, elle remplacera la torpille F17 mod2 en apportant une amélioration des performances face aux nouvelles menaces.

Le programme ARTÉMIS comprend l'acquisition de torpilles de combat F21, le système de soutien associé, les moyens d'essai et l'intégration à bord des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) et des sous-marins nucléaires d'attaque (SNA). Son coût s'élève à 557 millions d'euros aux conditions de 2017, pour une cible d'acquisition de 93 torpilles. Au total, 65 torpilles ont été commandées à ce jour, pour de premières livraisons désormais prévues en 2019 : les essais à la mer ont permis de valider les principales fonctions de la torpille, ouvrant la voie aux premiers essais depuis un sous-marin d'attaque de type Rubis en avril 2015 ; cependant, ils ont également été marqués par des difficultés de mise au point de la torpille qui ont entraîné un report de la qualification.

b) La torpille MU 90

La torpille MU 90 est une torpille légère à autodirecteur acoustique actif-passif et à propulsion électrique. Destinée à la lutte contre les sous-marins les plus performants, elle est mise en oeuvre à partir des frégates, des avions de patrouille maritime ATL2 et des hélicoptères Lynx et NH90.

Le lancement du développement a été effectué en 1991, pour une première livraison en 2007. La livraison de la 300e et dernière torpille commandée est intervenue en décembre 2016.

10. Le système de lutte anti-mines marines futur (SLAMF)

La sous-action 75 du programme 146 regroupe de nombreux programmes d'armement - une vingtaine au total, d'enjeux opérationnels et financiers très variés, bien que chacun de ces programmes tende à maintenir la capacité des forces armées à « opérer en milieu hostile ». La lisibilité budgétaire gagnerait sensiblement à la reconfiguration de cette architecture, en éclatant la sous-action actuelle, qui retrace des opérations trop diverses, en plusieurs sous-actions nouvelles. Figurent actuellement dans cette sous-action, notamment, les programmes VBL et VFS, la rénovation des ATL2, le programme de l'hélicoptère Caracal, le développement d'une roquette de précision métrique pour le Tigre, le missile ANL et la torpille MU 90, le système FÉLIN et le projet AIF, le démantèlement des SNA Rubis (cf. supra)...

Parmi les autres programmes imputés sur la même sous-action, on trouve le système de lutte anti-mines marines futur (SLAMF). L'opération prépare le renouvellement de la capacité de guerre des mines de la marine nationale. Le SLAMF est destiné à remplacer les moyens actuels (chasseurs de mines, bâtiments remorqueurs de sonars, bâtiments base de plongeurs démineurs). La réalisation d'un prototype, commencée en 2016, se poursuit.


* 92 À l'issue du conseil de défense d'avril 2016, afin de répondre au volume croissant d'entraînement des forces terrestres, la cible des VBMR légers a été augmentée de 200 unités.

* 93 Général Jean-Pierre Bosser, chef d'état-major de l'armée de terre, respectivement lors de son audition au titre de l'examen du PLF 2017, le 19 octobre 2016, et lors de son audition au titre de l'examen du PLF 2018, le 18 octobre 2017. La rénovation complète d'un VAB représente un coût de l'ordre de 1,4 million d'euros, l'acquisition d'un Griffon un coût de 1,5 million.

* 94 La maîtrise d'oeuvre du marché de développement, production et soutien initial des VBMR lourds Griffon et des EBRC Jaguar est assurée en cotraitance solidaire par un groupement momentané d'entreprises constitué des sociétés KNDS (ex-Nexter), Renault Trucks Defense et Thales.

* 95 Dans la compétition - essais et évaluations conduits de manière conjointe par la DGA et les centres d'expertise technico-opérationnelles des trois armées -, avaient également été retenus FN Herstal (Belgique), Beretta (Italie), SIG Sauer (Suisse) et HS Produkt (Croatie).