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Projet de loi de finances pour 2020 : Défense : Soutien de la politique de défense

21 novembre 2019 : Budget 2020 - Défense : Soutien de la politique de défense ( avis - première lecture )

II. DEUX POINTS D'ATTENTION POUR LES RESSOURCES HUMAINES EN 2020

A. L'ATTRATIVITE DES FORCES ARMEES : UN ENJEU MAJEUR

Mise en lumière par les difficultés de consommation du titre 2, la question de l'attractivité est devenue le principal enjeu de la politique des RH et concentre tous les efforts.

Face à un nombre de départs en hausse tendancielle, il s'agit en effet d'assurer chaque année un nombre croissant de recrutements (de l'ordre de 26 000 par an) et de fidéliser les personnels. Cela, dans le contexte d'une concurrence vive du secteur privé et d'évolutions sociétales qui rendent plus difficiles l'acceptation des contraintes de la vie militaire.

Une bonne nouvelle est l'amélioration des résultats en termes de recrutement de civils, grâce notamment au dispositif de recrutement dérogatoire de contractuels créé par la dernière LPM, même si celui-ci porte sur des effectifs contingentés. Ce dispositif permet de remédier aux difficultés de recrutement de personnels techniques statutaires, comme à la DGA.

La question du recrutement est particulièrement vitale pour la Marine puisque celle-ci doit renouveler chaque année 10 % de ses effectifs. En outre, le nombre de recrutements à réaliser est passé en quatre ans de 2 500 à 3 500 par an, compte tenu à la fois de la trajectoire de remontée en puissance fixée par la LPM et de l'augmentation du nombre de départs, ce qui représente un effort considérable.

Comme nous l'a fait valoir en audition le directeur des personnels militaires de la Marine, l'un des enjeux est de faire connaître à l'extérieur les métiers et les compétences recherchées. Le problème, en effet, est que les personnes qui en sont dotées ne pensent pas spécialement qu'elles pourraient les exercer dans cette armée. La Marine est une armée technique, caractérisée par une grande fragmentation des métiers (75 % des effectifs représentent moins de 1 % des métiers). Or, qu'il s'agisse de spécialités courantes (cyber, systèmes d'information, maintenance aéronautique...) ou de spécialités de niche, la demande excède largement l'offre. Les difficultés concernent surtout les niveaux moins qualifiés.

Le meilleur moteur du recrutement dans la Marine reste le bouche-à-oreille : 80 % des jeunes entrant dans la Marine affirment qu'ils ont eu auparavant un contact avec un marin. Cette forme de communication est encouragée.

Pour améliorer le recrutement, la Marine n`en multiplie pas moins les initiatives originales : mise en place de filières dans les lycées civils (parrainage de classes en bac professionnel, création d'un BTS de mécatronique navale) ou avec les lycées agricoles (compte tenu du profil de pensionnaires de leurs élèves), partenariats avec des entreprises comme EDF ou Dassault pour faire connaître ses métiers auprès des élèves qu'elles forment en alternance à qui elles ne peuvent offrir de postes à l'issue de la formation..., jusqu'à la mise en place d'une plateforme de recrutement (« E-cirfa ») visant à informer et à démarcher des jeunes identifiés comme intéressés par la Marine (s'étant par exemple déclarés comme tels lors de la Journée Défense citoyenneté...).

Un autre axe est de favoriser le recrutement local dans les bassins d'emploi difficiles (presqu'île de Crozon, Cherbourg) en offrant le premier engagement de 4 ans dans la zone de résidence du jeune.

Pour améliorer l'attractivité et la fidélisation, plusieurs leviers sont mis en oeuvre. Le premier levier est budgétaire avec en 2020, un plan de mesures catégorielles de 124 millions d'euros, dont 27,6 millions d'euros de mesures nouvelles ciblées sur l'attractivité, pour financer des revalorisations pour les personnels civils, d'une part, la mise en place de la Prime de lien au service pour les militaires, d'autre part.

Utilisée depuis quelques mois (juin 2019), la Prime de lien au service (PLS) est un outil à la main des gestionnaires RH qui peuvent définir leur propre politique d'attribution, en fonction de leurs priorités. Ainsi, la Marine l'utilise principalement pour soutenir le recrutement dans les filières déficitaires alors les autres armées s'en servent surtout pour fidéliser des compétences et empêcher des départs.

La Prime de lien au service constituera l'un des outils de la nouvelle politique de rémunération des militaires (NPRM), chantier de réforme toujours en cours, dont la mise en oeuvre est attendue pour 2021. Il s'agit d'un chantier technique, visant à permettre une meilleure lisibilité des multiples primes et indemnités militaires, mais qui est aussi très sensible et nécessitera beaucoup de pédagogie et de communication pour être bien compris.

Cependant, d'autres leviers sont utilisés.

Il est ainsi de l'attention portée au parcours professionnel et à l'intérêt du métier. Dans la Marine, par exemple, un entretien de parcours est prévu pour tous les marins en fin d'affectation et un entretien de carrière est prévu dans chaque grade d'officier pour permettre à chaque officier d'entrevoir ses possibilités d'évolution dans les 10 années suivantes. Des cursus individuels sont élaborés au sein des quatre grandes forces de la Marine (sous-marins, forces de surface, aéronautique et fusiliers commandos. Il faut souligner que l'automatisation croissante des tâches d'exécution et l'externalisation de l'entretien des bâtiments peuvent être des facteurs de démotivation et imposent de repenser les métiers et les cursus.

Par ailleurs, une meilleure conciliation de la vie professionnelle et de la vie privée est recherchée. Le plan dit « Familles » s'efforce par exemple d'atténuer l'impact de la mobilité géographique en prévoyant un préavis de 5 mois et en accompagnant le conjoint dans sa recherche d'emploi. Dans la Marine, la mise en place du double équipage sur certains bâtiments vise à permettre une meilleure prévisibilité des embarquements. L'installation du Wifi dans les enceintes militaires fait l'objet d'une forte attente, néanmoins sur les bateaux, elle exige des modifications techniques qui demandent un peu de temps.

Il faut aussi évoquer l'importance de la reconversion, politique dotée de 32 millions d'euros en 2020. En effet, la capacité des armées à reconvertir est de nature à rassurer les personnels sur leur avenir et à les inciter à embrasser, pour un temps plus ou moins long, une carrière militaire