II. 4 ANS APRÈS SA CRÉATION, LE SERVICE NATIONAL UNIVERSEL CHERCHE ENCORE SES CONTOURS

A. ANNÉE APRÈS ANNÉE, LE SNU PEINE À TENIR SES PROMESSES

1. Le nombre de jeunes accueillis est systématiquement très inférieur à l'objectif fixé

Nombre de jeunes ayant effectués
la phase 1 du SNU depuis 2020

La mise en oeuvre du SNU en 2023 a, de nouveau, été marquée par des résultats bien en deçà de la cible puisque malgré la validation de 54 000 dossiers, seulement 40 000 jeunes ont effectué leur séjour de cohésion au cours de l'une des quatre sessions organisées sur le territoire. Ce faible résultat est dû au manque de volontaires, au nombre important de désistements, ainsi qu'aux difficultés d'organisation et de recrutement des encadrants.

2. La représentativité sociale du séjour de cohésion, au coeur du projet SNU, demeure en deçà des attentes

Par comparaison avec le service civique, force est de constater que le SNU est le mauvais élève de la mixité sociale.

En effet, d'après l'évaluation par l'INJEP des séjours organisés en 2022, « 5 % des participants résidaient en quartier prioritaire de la ville (contre 8 % des 15-17 ans) » et les jeunes scolarisés en voie générale et technologique étaient « largement surreprésentés (84 % contre 65 % des 15-17 ans au niveau national) ».

Plus encore, les séjours étaient caractérisés par « une sous-représentation des enfants d'ouvriers (20 % des participants alors que 30 % des hommes en emploi appartiennent à cette catégorie) et par une surreprésentation des enfants de cadres, d'artisans, de commerçants, et de chefs d'entreprise (43 % des pères, contre 33 % de l'ensemble des hommes en emploi) ». Enfin, plus d'un tiers des participants étaient issus en 2022 de familles où au moins un des parents occupe, ou a occupé, un emploi dans les « corps en uniforme », alors que les policiers, militaires et pompiers ne représentaient que 2 % de la population en emploi en 2021.

B. LE MANQUE DE VISIBILITÉ À LONG TERME DES MODALITÉS D'ORGANISATION DES SÉJOURS INQUIÈTE

1. La mise en place de séjours de cohésion sur le temps scolaire

Alors que les séjours de cohésion étaient jusqu'à présent organisés pendant les vacances scolaires, le Gouvernement a annoncé un changement de pratique considérable pour l'édition 2024 avec la mise en place de séjours sur le temps scolaire.

Cette nouvelle modalité d'organisation des séjours s'inscrira dans le cadre du label « classes et lycées engagés », lancé en juin dernier, qui permet à des classes et des établissements volontaires de mettre en place, au niveau de la classe de seconde ou de la première année de CAP, un projet pédagogique annuel autour de la culture de l'engagement, dont l'aboutissement serait la participation à un séjour de cohésion sur le temps scolaire.

Or, outre le fait que ce changement de paradigme induira indéniablement une diminution du temps consacré aux enseignements fondamentaux, une telle perspective risque aussi de multiplier les difficultés déjà rencontrées, notamment en matière d'encadrement et d'hébergement.

Par ailleurs, le ministre de l'Éducation nationale a annoncé en septembre dernier la mise en place en classe de seconde d'un stage obligatoire de deux semaines, auquel pourra se substituer la réalisation d'un séjour de cohésion du SNU. Cette nouvelle possibilité, qui devra encore être précisée, amplifie un peu plus le flou qui règne autour de la montée en charge du dispositif et l'impression d'un tâtonnement continu de l'exécutif sur le sujet.

Après quatre années de déploiement du dispositif, le rapporteur est particulièrement affligé de constater que les modalités précises de montée en charge à court terme ne cessent d'évoluer sans qu'une feuille de route pluriannuelle claire n'ait été définie.

2. Repenser l'articulation entre le SNU et les dispositifs d'engagement existants

La perspective du développement du service national universel sur le temps scolaire pose également la question de la pérennisation du caractère volontaire du séjour de cohésion. En effet, certains élèves qui auraient des difficultés à trouver un stage en entreprise n'auraient pas d'autre choix que d'effectuer par défaut leur séjour de cohésion. Plus encore, les jeunes scolarisés au sein des nouvelles « classes engagées » se verraient imposer à la fin de l'année la participation à un séjour. Si les intentions du Gouvernement en la matière sont, là encore, incertaines, la perspective d'un SNU qui deviendrait progressivement obligatoire inquiète le rapporteur : imposer à tous les jeunes la même forme d'engagement irait à l'encontre du principe même de l'engagement.

D'autant plus qu'à l'instar du SNU, de nombreux dispositifs existent en France pour encourager l'engagement des jeunes au quotidien, en parallèle de leur métier ou de leurs études (pompiers volontaires, réserves opérationnelles, jeunes arbitres sportifs, sécurité civile, brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur (BAFA), échanges internationaux, etc...). Il pourrait ainsi être opportun de mieux valoriser certains de ces dispositifs en proposant aux élèves de seconde le choix non pas entre un stage en milieu professionnel et le SNU, mais plutôt entre un stage en milieu professionnel et un autre dispositif d'engagement, parmi lesquels figurerait le SNU, en considérant que cet autre dispositif vaudrait réalisation du SNU. Une telle mesure permettrait ainsi aux jeunes de découvrir l'engagement dans le cadre qui leur correspondrait le plus.

Le rapporteur voit notamment en cette proposition l'opportunité de proposer aux jeunes de seconde la possibilité de réaliser une formation au BAFA financée entièrement par l'État - pour un coût unitaire par jeune inférieur à celui des séjours de cohésion -, ce qui constituerait une véritable opportunité pour permettre non seulement aux jeunes de choisir leur parcours d'engagement, mais aussi de renforcer le nombre de formations au BAFA délivrées chaque année, qui n'a pas encore tout à fait retrouvé son niveau d'avant-crise.

Partager cette page