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Projet de loi autorisant l'approbation de l'accord entre la France et le Venezuela sur l'encouragement et la protection réciproques des investissements

 

II. UNE SITUATION DE CRISE POLITIQUE

1. Hugo Chavez et la rupture de la cogestion

A la différence de nombre de ses voisins, l'histoire politique du Venezuela moderne se caractérise par une remarquable stabilité.

Les ressources tirées de l'économie de rente ont conduit à la mise en place d'un pacte politique consensuel sur le modèle de l'alternance bipartisane. Depuis 1958 et le pacte de Punto Fijo6(*), l'alternance se joue entre les deux partis principaux, l'AD (action démocratique) et le COPEI (parti social chrétien).

Ce modèle politique a offert au pays une grande stabilité politique, ce qui est loin d'être le cas de ses voisins, il a permis l'intégration des classes populaires dans le système politique en les insérant dans un mécanisme de redistribution.

Ce système a cependant perdu de son efficacité sous l'effet de la raréfaction des ressources conjuguée à l'archaïsme des pratiques clientélistes et à la généralisation de la corruption. La rupture est intervenue en 1989 lorsque le Président Carlos Andres Pèrez a été contraint à une politique d'austérité budgétaire.

Dans un contexte d'épuisement du modèle de rente et de perte de compétitivité économique, la corruption est devenue insupportable à une population qui profite moins des retombées de l'économie pétrolière.

L'opinion publique impute alors à l'incurie des partis la responsabilité de la situation et se révèle sensible à la rhétorique du changement radical proposée par Hugo Chavez.

Hugo Chavez est entré en politique en 1992 avec une tentative de coup d'Etat qui se solde par un échec mais lui donne une dimension messianique et fait croître sa notoriété.

Libéré le 27 mars 1994 par décret du président Caldera, il choisit en créant le parti MVR (Mouvement pour la Vème République) de viser la conquête du pouvoir par la voie démocratique.

Élu en 1998 et réélu en 2000 pour 6 ans à une large majorité, il s'appuie tout particulièrement sur les couches les plus défavorisées de la population. Ce succès doit autant aux espoirs d'une population dont le niveau de vie a baissé qu'à la personnalité charismatique du nouveau président.

2. Une personnalité ambiguë qui rencontre des oppositions

La personnalité d'Hugo Chavez, tout comme son discours, est très ambiguë. Ses références, de Bolivar à Jésus Christ, en passant par Fidel Castro, sont éclectiques et foisonnantes.

Il arrive au pouvoir avec un programme de réformes radicales qui fait prévaloir la question institutionnelle et les réformes politiques sur les questions économiques et sociales et tend vers une forme de personnalisation du pouvoir au-dessus des partis. La nouvelle Constitution revalorise le rôle du Président de la République, qui devient à cette occasion « bolivarienne », porte le mandat présidentiel à 6 ans en prévoyant la rééligibilité du Président, elle lui confère en outre un pouvoir de nomination important et des pouvoirs exceptionnels étendus. Réduisant le rôle des partis dans une assemblée monocamérale, la Constitution affirme le rôle directeur de l'État dans la politique économique.

L'arrivée d'Hugo Chavez coïncide avec un changement de génération et l'épuisement d'un modèle.

Son discours aux accents révolutionnaires, ses amitiés embarrassantes (Castro7(*), Kadhafi...) ses visites en Iran et en Iraq ainsi que son rapprochement avec l'OPEP lui valent rapidement la méfiance des États-Unis pour qui le Venezuela est un partenaire commercial stratégique pour ses approvisionnements énergétiques .

Les relations avec la Colombie voisine sont polluées par les accusations de soutien aux guérillas colombiennes qui opèrent à partir de camps situés en territoire vénézuélien, alimentées par le refus, jusqu'à une période récente, de collaborer à la lutte anti-guérillas.

Il fait cependant part de son intention de demander l'adhésion au Mercosur si les négociations globales avec la Communauté Andine des Nations8(*) ne progressent pas, privilégiant un partenariat avec des pays d'Amérique latine plutôt qu'avec l'Amérique du Nord.

Sur le plan interne, les observateurs constatent une militarisation croissante du régime. La nouvelle constitution consacre le rôle des forces armées et leur donne une large autonomie de gestion. Le reproche est également fait au nouveau président de vouloir museler les médias privés, qui mènent, il est vrai, contre son pouvoir des campagnes assez virulentes. Les syndicats, le patronat, l'Église et les classes moyennes rejoignent très vite les rangs des opposants.

Décrivant la personnalité du Président Chavez, Gabriel Garcia Marquez aura les mots suivants : « deux hommes opposés. A l'un, une chance persistante offrait la possibilité de sauver son pays. L'autre était en revanche un illusionniste, qui pourrait passer à l'histoire comme un despote de plus. »

Plus généralement, les trois préoccupations qui avaient porté Hugo Chavez au pouvoir, le chômage, l'insécurité et la corruption n'ont pas trouvé de solution alors que lui est reprochée une certaine dérive autoritaire.

* 6 Par lequel les partis en présence s'engageaient à respecter les résultats électoraux de décembre 1958 et à gouverner ensemble pendant une période déterminée.

* 7 Il signe notamment avec Cuba un accord sur la fourniture quotidienne de 53 000 barils de pétrole.

* 8 Colombie, Pérou, Équateur, Bolivie, Venezuela ont créé en 1973 le Pacte andin devenu en 1994 la communauté andine des nations qui constitue une zone de libre échange avec l'objectif de la constitution à terme d'un marché commun.