Allez au contenu, Allez à la navigation



Projet de loi relatif aux assistants d'éducation

 

C. UNE RÉFORME INDISPENSABLE DANS LE CONTEXTE SCOLAIRE ACTUEL

Dans un contexte où l'accent est mis sur la lutte contre les violences et incivilités au sein des établissements, notamment des collèges, mais aussi contre l'illettrisme et l'échec scolaire, le « pion » est appelé à remplir un rôle essentiel pour garantir la qualité de vie et de travail au sein des établissements. L'efficacité du système de surveillance et d'encadrement, de par sa contribution à la formation des jeunes, qu'ils soient élèves ou étudiants-surveillants se forgeant une première expérience en milieu scolaire, représente un enjeu de société qui ne saurait être négligé.

1. L'apport incontesté des aides éducateurs au développement d'activités nouvelles devenues pour certaines indispensables

Recrutés dans l'urgence à la rentrée 1997, confrontés souvent au scepticisme des équipes éducatives en place, les aides éducateurs sont toutefois parvenus, pour une majorité d'entre eux, à s'intégrer et s'adapter au sein des établissements et à développer des compétences ou savoir-faire spécifiques.

Leur présence a contribué à améliorer les méthodes de travail et à mieux utiliser les ressources disponibles, notamment dans les écoles primaires, en contribuant à diversifier quelque peu les pratiques des enseignants.

Le rapport établi par le sénateur M. Alain Gournac au nom de la commission des Affaires sociales du Sénat14(*) soulignait ainsi, en particulier, que « les aides éducateurs ont su apporter une réelle valeur ajoutée dans le premier degré, notamment du fait de l'absence de tout autre personnel que les professeurs des écoles dans les écoles », là où ils exercent en majorité.

L'étude précitée menée par la direction de la programmation et du développement en 2000 sur la perception des aides éducateurs par des acteurs d'équipes éducatives des premier et second degrés, rend compte d'un jugement globalement positif sur les changements intervenus grâce à la présence des aides éducateurs.

Cette étude établit ainsi que les principaux acteurs de la communauté scolaire souhaitent la pérennisation des postes, dans des domaines jusqu'alors à l'abandon, faute de personnel disponible, mais qui sont désormais pleinement intégrés au temps scolaire et périscolaire et dont élèves et enseignants ne sauraient se passer :

- aide à l'utilisation des nouvelles technologies de l'information et de la communication ;

- revitalisation des bibliothèques et centres de documentation ;

- soutien scolaire et études encadrées, qui permettent (en collège surtout) aux enseignants de consacrer du temps à un travail en petits groupes plus efficace ;

- organisation de sorties et visites pédagogiques ;

- encadrement des élèves handicapés, notamment dans les écoles (auxiliaires de vie scolaire (AVS)).

Il est donc primordial de préserver ces activités, devenues prioritaires dans la mission d'encadrement des élèves et d'assistance aux enseignants.

2. La présence de jeunes adultes dans les établissements est plus que jamais nécessaire pour l'ambiance générale et la qualité du travail scolaire

La valeur ajoutée des personnels de surveillance et d'encadrement est considérable, d'une part pour leur contribution à l'apaisement du climat général au sein des établissements, et, d'autre part, pour l'assistance qu'ils apportent aux équipes éducatives, à la fois dans leur travail mené conjointement et en association avec elles, mais aussi dans leur complémentarité.

Du fait de leur proximité avec les collégiens et lycéens, notamment au regard de l'âge, les surveillants jouent fréquemment un rôle de dialogue, d'écoute et de médiation précieux.

Votre rapporteur soulignait en particulier, dans les observations formulées dans son avis budgétaire sur le projet de loi de finances pour 2003 relatif à l'enseignement scolaire, l'apport non négligeable des conseils des MI-SE donnés aux lycéens, en vue de les guider dans leur orientation.

Toutefois, c'est au regard du contexte de montée en puissance des comportements violents et inciviques au sein même des établissements, et notamment dans les collèges, que la présence de ces jeunes adultes est devenue aujourd'hui indispensable.

Perçus comme des « grands frères », respectés comme « confidents », les aides éducateurs et MI-SE parviennent parfois plus facilement à nouer des relations de confiance avec des élèves difficiles en situation de rupture scolaire, qui refusent le dialogue avec le corps enseignant.

La plupart de ces jeunes surveillants reconnaissent ainsi établir un lien entre les élèves et l'administration ou les professeurs, mais aussi une médiation dans les rapports avec les familles. Leurs témoignages sont unanimes sur le travail de prévention des risques (violence, suicides, drogue, sexualité, déscolarisation, ...) qu'ils effectuent au sein des établissements, et leur capacité à désamorcer les conflits.

Ils se sont ainsi forgé une place originale, à la lisière entre les élèves et les équipes éducatives, et leur autorité, parfois complémentaire de celle des enseignants, contribue à mieux faire respecter les règles de vie et améliorer l'ambiance de travail.

3. L'attachement au rôle d'ascenseur social du dispositif des MI-SE

Inspiré dès son origine par un objectif de pré-recrutement (voir supra), le recrutement des MI-SE s'est infléchi, dans les années 60, vers une orientation délibérée en faveur d'un objectif d'aide sociale. Comme le souligne un rapport de l'IGAEN15(*), l'attribution de ces postes par les recteurs bénéficie en priorité aux étudiants méritants issus des milieux modestes.

Toutefois, on peut relever, de façon certes anecdotique mais révélatrice de l'inspiration sociale du dispositif, que sont venues s'ajouter à ce public prioritaire les veuves de guerre (par la circulaire du 2 octobre 1961) et, de façon empirique dans certaines académies, les veuves de personnels de l'éducation nationale.

Votre rapporteur insistait dans son avis budgétaire sur l'enseignement scolaire sur le fait que « l'insuffisance des bourses universitaires et le renvoi aux calendes grecques de l'allocation d'autonomie étudiante devraient légitimement conduire à un réexamen du principe de la suppression annoncée des surveillants étudiants ».

En effet, le « pionnicat » a joué un rôle social fondamental, en permettant à des étudiants d'origine modeste, qui se sont heureusement multipliés avec la démocratisation de notre enseignement supérieur, de disposer d'un revenu d'autonomie leur offrant la possibilité de financer des études longues, tout en acquérant une expérience auprès des enfants, certainement beaucoup plus enrichissante et utile pour la suite de leur carrière que d'autres types d'emplois temporaires.

Au surplus, le prestige attaché au statut d'étudiant peut revêtir une valeur d'exemple et redonner à des collégiens ou lycéens désenchantés et démotivés une lueur d'espoir et la volonté de réussir en leur prouvant qu'il est possible de « s'en sortir ».

Il est donc essentiel de préserver dans le dispositif des assistants d'éducation cette fonction d'aide sociale aux étudiants et d'examiner les moyens susceptibles de l'actualiser et de renforcer sa portée.

La juxtaposition des statuts des aides éducateurs et des MI-SE n'est pas appropriée pour répondre au mieux aux besoins de surveillance des établissements et aux attentes des personnels.

En créant un nouveau statut qui va prendre progressivement le relais des deux autres, le projet de loi donne un second souffle à une fonction enfin unifiée.

* 14 « Pour une sortie en bon ordre. Bilan à mi-parcours des emplois-jeunes »,rapport n°25 (2000-2001), fait par M. Alain GOURNAC, sénateur, au nom de la Commission des Affaires sociales

* 15 «Le  recrutement et l'insertion des MI-SE », IGAEN, avril 1999, rapport résultant d'une enquête conduite dans six académies