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C. DES ALÉAS IMPORTANTS, À LA HAUSSE COMME À LA BAISSE

Comme les années précédentes, l'enjeu semble moins être le léger écart de prévision entre le gouvernement et le consensus des conjoncturistes, que les phénomènes qui pourraient remettre en cause le « scénario central » retenu par les conjoncturistes.

1. Le principal aléa à la hausse : l'évolution du taux d'épargne des ménages

Le principal aléa à la hausse concerne l'évolution du taux d'épargne des ménages.

Le taux d'épargne des ménages, actuellement de l'ordre de 15 %, est récemment passé en dessous de sa moyenne des dix dernières années, comme l'indique le graphique ci-après.

Le taux d'épargne des ménages en France

(en % du revenu disponible brut)

Source : Insee

Les gouvernements, tout comme les prévisionnistes réunis au sein de la commission économique de la Nation, estiment que ce taux devrait se maintenir autour de 15 % en 20054(*).

Il est cependant possible que le taux d'épargne soit plus faible que prévu en 2005. En ce cas, la croissance pourrait s'en trouver accrue de plusieurs dixièmes de points. Votre rapporteur général est très sceptique sur cette éventualité.

2. Plusieurs aléas à la baisse : dollar, pétrole et croissance mondiale

Comme les années précédentes, la croissance semble soumise à plusieurs aléas à la baisse. On peut citer en particulier :

- le taux de change de l'euro ;

- le cours du pétrole ;

- une possible dégradation de la croissance mondiale.

a) Le taux de change de l'euro

L'euro s'apprécie face au dollar depuis le début de l'année 2002, comme l'indique le graphique ci-après. Ainsi, alors qu'un euro valait 1 dollar à la fin de l'année 2002, il en vaut désormais 1,3, ce qui correspond au taux de change lors de l'introduction de l'euro.

Taux de change euro/dollar

(valeur d'1 euro en dollars, en fin de mois)

Source : Banque centrale européenne

Le gouvernement retient, par convention, l'hypothèse d'un taux de change de 1 euro pour 1,22 dollar en 2005, ce qui est analogue à la prévision du consensus des conjoncturistes réunis au sein de la commission économique de la Nation.

L'appréciation de l'euro pourrait se poursuivre, à cause en particulier de l'important déficit courant des Etats-Unis. De l'ordre de 5,5 % du PIB en 2004, celui-ci est le plus élevé de l'histoire des Etats-Unis. Un retournement des mouvements de capitaux entraînerait une forte baisse du dollar, des tensions sur les monnaies asiatiques et, vraisemblablement, une hausse plus rapide des taux d'intérêt aux Etats-Unis.

On peut indiquer à cet égard que, selon les estimations courantes, une appréciation de l'euro de 10 % sur une année réduit le PIB de la France et de la zone euro de 0,5 point environ.

b) Le prix du pétrole

L'évolution du prix du pétrole constitue également un aléa important.

Le prix du baril de Brent était en octobre 2004 de l'ordre de 50 dollars, ce qui correspond à un niveau historiquement élevé, mais ne correspond à celui du second choc pétrolier que si l'on raisonne en dollars courants, comme l'indique le graphique ci-après.

L'évolution du prix du baril de Brent depuis 1970

(valeur mensuelle moyenne,
en dollars)

Sources : International Petroleum Exchange, Insee, banque centrale européenne

La prévision du gouvernement repose sur l'hypothèse d'un prix du baril de Brent de 36,5 dollars en 2005, ce qui est proche de la moyenne des hypothèses retenues par les organismes représentés au sein de la commission économique de la Nation (35 dollars).

Il ne semble cependant pas possible de prévoir, dès à présent, ce que sera le cours du pétrole en 2005. Ainsi, les prévisions vont de 25 dollars (AFEDE) à 46 dollars (caisse des dépôts et consignations).

Selon les estimations courantes, une augmentation du prix du baril de Brent de 10 dollars sur une année réduit le PIB de la France et de la zone euro de 0,5 point environ. Ainsi, si ce prix était de 46 dollars en 2005, soit un niveau supérieur de 10 dollars aux prévisions, selon les estimations usuelles, la croissance du PIB en serait réduite d'environ 0,5 point.

c) Le risque d'un ralentissement plus fort que prévu de la croissance mondiale

Comme l'a souligné le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, dans sa conférence de presse du 22 septembre 2004, « la croissance de 2004 aura été l'une plus fortes des trente dernières années, avec un taux de progression de 4,5 %, une hausse de l'ordre de 4 % aux États-Unis, et des chiffres un peu supérieurs en Asie. Il faut s'attendre à un ralentissement de la croissance mondiale en 2005, sous l'effet de « l'atterrissage » de l'économie chinoise, du resserrement en cours des politiques monétaires aux États-Unis et au Royaume-Uni, et de l'accentuation récente des tensions sur le prix du pétrole. Mais cette croissance reste forte puisqu'elle devrait se situer à près de 4 % en 2005 - dont environ 3 % aux Etats-Unis ».

Cette vision des choses correspond à celle du consensus des conjoncturistes.

Cependant, indépendamment des craintes relatives au cours du pétrole, on peut s'interroger sur l'ampleur du ralentissement de l'économie mondiale en 2005.

On peut en particulier s'interroger sur l'évolution de la croissance aux Etats-Unis. La reprise de l'économie des Etats-Unis semble atypique. En particulier, elle est modeste par rapport aux reprises précédentes, et ce malgré une politique budgétaire et monétaire particulièrement expansionniste, et s'est peu traduite par des créations d'emplois, ce qui complique la tâche du prévisionniste.

On peut rappeler à cet égard que, selon la direction de la prévision, une croissance des Etats-Unis inférieure de 1 point réduirait la croissance de la zone euro de 0,5 point environ.

Au total, la croissance pour 2005 est donc soumise à d'importants aléas, à la hausse comme à la baisse.

* 4 Le gouvernement prévoit un taux d'épargne de 15,1 % en 2004 et 14,9 % en 2005 ; les organismes représentés au sein de la commission économique de la Nation, des taux de respectivement 15 % et 14,8 %.

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