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Projet de loi de finances pour 1996

 

II. UN EFFORT À MAINTENIR

Les performances du commerce extérieur français doivent être expliquées avant d'analyser des fragilités qui mettent en évidence que le haut niveau des soldes excédentaires ne signifie pas que la France ait atteint une situation d'excédent commercial structurel comparable à celle du Japon ou de l'Allemagne.

A. LES PRINCIPALES EXPLICATIONS DU SUCCÈS

1. Une compétitivité renforcée à l'origine d'une conquête de parts de marché

a) Une compétitivité renforcée

L'élément essentiel du retour à l'équilibre des échanges commerciaux de la France tient aux progrès réalisés en termes de compétitivité-prix par son économie. Cette compétitivité trouve son origine dans la maîtrise des coûts salariaux unitaires. Les progrès réalisés dans ce domaine depuis 1985 sont en effet une donnée structurelle de la conquête de parts de marché et le gage du caractère solide et durable de ces résultats.

Les progrès réalisés en termes de compétitivité-prix ont contribué à la conquête de parts de marché à l'extérieur qui dans l'ensemble se sont stabilisées au cours de l'année 1994. Les principaux indicateurs existants dans ce domaine traduisent une position favorable.

b) Une stabilisation à un bon niveau en termes de parts de marché

Les parts de marché en volume pour les produits manufacturés ont bénéficié en 1994 de la reprise de la demande mondiale des produits manufacturés et progressent en volume par rapport aux neufs principaux partenaires commerciaux de la France. La part de marché de l'économie française dans les exportations mondiales s'est stabilisée en 1994 à 5,7 %, la progression de 10 % des exportations françaises n'ayant pas entraîné de gains en termes de parts de marché en raison de la dépréciation du dollar et de la montée en puissance des exportations des pays d'Asie.

La part de marché détenue par la France dans les importations en valeur de ses partenaires de l'OCDE se maintient à un bon niveau, en légère progression au sein de l'Union européenne, de 0,1 point, pour atteindre 9,8 %, et stable au sein de l'OCDE, à 6,5 %. Au sein de l'Union européenne un certain nombre de faits saillants doivent être relevés. Les principaux gains de parts de marché ont été réalisés avec la Grande-Bretagne (+ 1,3 point, a 10,4 %) en raison de grands contrats de matériel ferroviaire ainsi qu'avec les Pays-Bas (+ 0,3 point, à 7,3 %) et le Portugal (+ 0,2 point, à 12,8 %). Le début de 1995 confirme ces tendances avec une progression sur le marché anglais et un retournement favorable en Allemagne où, après un recul de 0,5 point en 1994, une progression de 0,4 point a été réalisée.

2. Une conjoncture favorable

Les données structurelles qui fondent les bonnes performances du commerce extérieur français ont en outre bénéficié d'une conjoncture favorable.

a) Un contexte de croissance du commerce mondial

Cette compétitivité a en effet permis à l'économie française de bénéficier largement de la forte progression du commerce mondial en 1994 (+ 9 % en volume), dans le cadre d'une croissance du PIB s'élevant à + 2,5 %. Ce contexte s'est traduit par une progression de 9,5 % des exportations et de 10,8 % pour les importations qui retrouvent à cette occasion le niveau moyen mensuel qu'elles atteignaient sur la période 1991-1992. Dans ce contexte, il convient de noter que l'écart conjoncturel est resté favorable aux échanges extérieurs français, la croissance mondiale et la croissance des pays industrialisés ayant été supérieure à la croissance française.

b) L'impact limité des évolutions monétaires


· Sur le plan monétaire enfin, la conjoncture n'a pas produit d'importants effets négatifs. En effet, si globalement la faiblesse de certaines monnaies européennes ainsi que celle du dollar a pesé sur les échanges commerciaux français, il convient de relever que ceux-ci ont bien résisté aux perturbations monétaires au sein de l'Union européenne.

L'impact des dévaluations successives intervenues à partir de la mi-1992 des quatre monnaies faibles du SME (Royaume-Uni, Italie, Espagne et Portugal) a, de fait, eu un effet limité sur le commerce extérieur français.

Pour l'Espagne, l'effet de la dépréciation de la peseta a en fait essentiellement compensé le décalage d'inflation de l'Espagne avec les autres pays européens "absorbant" ainsi largement l'effet potentiel de ces dévaluations sur les échanges commerciaux. Le même phénomène s'est manifesté en ce qui concerne le Royaume-Uni, la croissance des coûts salariaux est venue amortir en grande partie les effets de la dévaluation de la livre. Le cas de l'Italie se distingue des deux précédents dans la mesure où l'ampleur de la dépréciation de la livre a fait bénéficier ce pays des effets d'une véritable dévaluation compétitive, malgré un dérapage de ses coûts salariaux. Avec ce pays, le solde commercial s'est en effet dégradé en passant de l'équilibre en 1992 à un déficit de - 4 milliards de francs en 1993 et de - 6 milliards de francs en 1994. L'année 1995 indique cependant un redressement de la situation par rapport à l'Italie.


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Sur le plan sectoriel, il convient de noter que la concurrence des pays dont la monnaie se déprécie peut s'avérer ponctuellement très dommageable. Il en va ainsi du secteur textile et de celui de la chaussure, où les parts de marché de la France ont fortement reculé en Italie (de près de quatre points pour le textile et de près de deux points pour la chaussure) et, dans une moindre mesure, en Grande-Bretagne, tandis que les importations françaises en provenance de ces pays se sont accrues.

L'ensemble de ces analyses ne doit cependant pas faire négliger le fait que ces dépréciations monétaires ont entraîné dans ces pays -qui représentent le quart des débouchés de la France- un surcroît d'activité globalement bénéfique pour les exportations françaises.