II. LES PRINCIPALES MESURES PRISES EN 1997

En 1997, on notera la poursuite de la réforme du Fonds d'action sociale pour les travailleurs immigrés et leurs familles (FAS) ainsi que la mise en place d'un programme en faveur de la rénovation des foyers de travailleurs immigrés.

A. LA POURSUITE DE LA RÉFORME DU FONDS D'ACTION SOCIALE (FAS)

Placé depuis octobre 1996 sous la présidence de Mme Colette Codaccioni, le Fonds d'action sociale (FAS) est l'organisme le plus important dans le domaine de l'intégration.

1. Le budget du FAS en 1997

Comprenant 230 personnes dont une centaine dans 14 délégations régionales, le FAS est un établissement public administratif placé sous tutelle de l'Etat ; il accorde près de 8.000 subventions à près de 4.000 organismes et associations.

· Le budget des interventions sociales du FAS s'est élevé à 1,125 milliard de francs en 1996 et 1,115 milliard de francs en 1997.

Conformément aux dispositions de l'article L. 767-2 du code de la sécurité sociale , les ressources du FAS sont prélevées sur le Fonds national des prestations familiales (FNPF) par un décret pris après avis du conseil d'administration de la Caisse nationale d'allocations familiales.

Pour 1997, le décret du 14 mars 1997 a fixé le prélèvement à 965 millions de francs sur le FNPF, dont 926,4 millions de francs à la charge de la CNAF et 38,6 millions de francs à la charge de la caisse centrale de mutualité sociale agricole.

Il convient d'ajouter que le FAS équilibre son budget par un prélèvement sur le fonds de roulement, des recettes diverses, telles les titres de recettes et les produits financiers, et bénéficie de différents concours émanant du Fonds social européen pour des actions de formation des immigrés. Au total, les recettes attendues sur ces postes pour 1997 s'élèvent à 70 millions de francs.

·  Le Fonds d'action sociale (FAS) a consacré 268 millions de francs en 1997 à des actions en matière de logement dans le cadre d'aide à la gestion de foyers de travailleurs migrants et d'actions sociales liées au logement.

L'action du FAS a connu une nette diminution dans le domaine du logement en raison de la mise en place d'une redevance d'équilibre spécifique pour les dépenses d'aide à la gestion de foyers et du transfert des aides spécifiques au logement des immigrés vers l'aide personnalisée au logement (APL) chaque fois que les normes d'habitation le permettaient.

Les crédits consacrés à la formation se sont élevés à 225 millions de francs en 1997, dont 124 millions de francs destinés à des actions d'alphabétisation auprès de 30.000 personnes environ.

Les actions en faveur des chômeurs de longue durée s'élèvent à 60 millions de francs et sont recentrées sur la formation linguistique des chômeurs de longue durée immigrés.

En 1997, l'action sociale et familiale, en faveur des femmes notamment, a engagé 266 millions de francs, tandis que l'action en faveur de l'enfance et de la jeunesse s'est élevée à 168 millions de francs, en raison notamment des actions liées aux opérations Ville-Vie-Vacances et aux mesures d'accompagnement scolaire.

Il est à noter que le FAS participe au financement de la politique de la ville à hauteur de 397,25 millions de francs en 1997, dans le cadre des 166 contrats de ville dont le FAS est signataire.

2. La réforme des procédures de fonctionnement

a) La mise en place de la réforme des procédures financières

Par décision de son conseil d'administration du 25 septembre 1996, le FAS a adopté une réforme des règles et procédures financières visant au respect de deux objectifs majeurs :

- mettre en place des règles du jeu claires dans les relations entre le FAS et les associations en garantissant des délais de paiement courts après la prise de décision ;

- garantir la bonne utilisation des crédits publics, en rapprochant les règles financières du FAS de celles s'appliquant aux crédits d'intervention de l'Etat, et en développant les modalités du contrôle a priori et a posteriori .

Cette réforme qui avait été préparée avant l'entrée en fonction de Mme Colette Codaccioni a été suivie avec beaucoup d'attention et a permis une réelle amélioration des circuits de paiement de l'établissement.

Il existe désormais une mise en concomitance de l'instruction sociale et financière des demandes de subvention qui permet de réduire les délais de paiement.

Dorénavant, les services centraux et régionaux du FAS instruisent les dossiers afin de préparer les décisions du conseil d'administration, des commissions régionales, du directeur ou du délégué régional, selon les cas.

Cette instruction suppose l'analyse des dossiers de demande, une discussion approfondie avec l'organisme, la prise en compte de divers avis techniques. Les décisions favorables font l'objet d'une notification et, le cas échéant, d'une convention ou d'un contrat entre le FAS et l'organisme bénéficiaire.

Le financement est généralement accordé sous forme de subvention. Le mandatement est effectué par les services financiers du FAS, selon les règles de la comptabilité publique.

Il en résulte une accélération des délais de paiement des subventions. Selon les informations communiquées à votre rapporteur, les délais de paiement atteignaient fréquemment un an avant 1996 et certaines subventions étaient même versées avec un retard de trois ans. Maintenant, l'ensemble des subventions seraient versées dans un délai de trois à six semaines.

La contrepartie de la plus grande rapidité dans le règlement des dossiers de subvention doit résider dans une plus grande rigueur et une meilleure efficacité des contrôles opérés a posteriori sur les associations bénéficiaires.

Le FAS, à la demande des ministères de tutelle, s'est donc doté d'une procédure d'audit des associations subventionnées.

Plusieurs agents du FAS effectuent le contrôle des organismes subventionnés, notamment lorsqu'il s'agit de répondre à des situations d'urgence et un programme annuel d'audit est arrêté par le conseil d'administration dont les travaux sont préparés par un groupe de travail restreint.

Chaque année une cinquantaine d'associations font ainsi l'objet d'examens approfondis qui portent sur leur gestion, la qualité de leur action, leur mode de fonctionnement. Les résultats sont fournis aux instances de décision concernées.

La réussite de l'ensemble de la réforme passait toutefois également par une déconcentration renforcée des procédures.

b) Une déconcentration renforcée dans le cadre du décret du 31 mai 1997

Deux mesures essentielles ont été prévues par le décret du 31 mai 1997 9( * ) .

·  les commissions régionales pour l'intégration des populations immigrées (CRIPI) ont été étendues à l'ensemble des régions.

La composition des CRIPI a été modifiée et le principe de la parité entre les représentants de l'Etat et des autres composantes -élus, syndicats, personnalités qualifiées, notamment- a été posé ; cette modification doit permettre à chaque préfet de département d'être représenté au sein des commissions régionales afin de mieux insérer l'action d'intégration menée par le FAS aux actions initiées par l'Etat.

Une commission permanente paritaire, de composition réduite, est créée afin de voter les subventions. Ceci répond aux soucis d'accélérer le vote des subventions et de recentrer le rôle des commissions plénières sur le vote des orientations régionales et l'évaluation des politiques menées.

Par arrêté conjoint du ministre du budget et du ministre en charge de l'intégration, les délégués régionaux peuvent se voir conférer la qualité d'ordonnateur secondaire de l'établissement, ce qui renforce leur compétence financière.

Cette dernière réforme est la conséquence logique de la rénovation des règles financières de l'établissement adoptées en 1996 qui tendent à lier les procédures d'instructions sociales et financières des demandes de subventions. Jusqu'en 1996, en effet, les délégations régionales procédaient en fait à la seule instruction sociale des dossiers, qui faisaient l'objet d'une décision de principe, tandis que l'instruction budgétaire par le siège pouvait remettre en cause ou retarder l'exécution de la décision.

Désormais, les délégations régionales, dont les effectifs ont été renforcés et le personnel formé aux techniques budgétaires, procèdent à l'instruction sociale et budgétaire de manière simultanée et la décision n'intervient qu'à l'issue de cette phase.

c) La réforme du statut du personnel

Il est à noter que l'article 4 du décret du 31 mai 1997 a levé l'incertitude juridique qui pesait sur les personnels employés par le FAS depuis son origine.

Il est précisé dorénavant que le personnel du FAS relève du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents non titulaires de l'Etat, sous réserve des dispositions applicables en matière de conditions de nomination et de rémunération décidées par le président du FAS après approbation ministérielle.

d) Le plan stratégique du FAS (1998-2000)

Une réunion du conseil d'administration du FAS d'octobre 1997 a entériné un plan stratégique pour la période 1998-2000 qui vise à traduire " en termes d'éléments de référence et de critères de choix " les orientations gouvernementales et à encadrer la gestion de l'établissement par un certain nombre de règles tout en lui assignant des objectifs qualitatifs.

Ce document relativement général, mais utile, rappelle le rôle du FAS dans le processus d'intégration et les publics visés. Il détermine les priorités sectorielles et territoriales d'action du FAS. Il précise enfin les principes d'attribution des subventions et les principes gouvernant les relations avec les associations.

B. LA MISE EN PLACE D'UNE PROCÉDURE SPÉCIALE POUR LE FINANCEMENT DE LA RÉHABILITATION DES FOYERS DE TRAVAILLEURS MIGRANTS

1. La situation des foyers de travailleurs migrants

Conçus à l'origine, dans les années 60, pour accueillir les travailleurs isolés, les foyers des travailleurs migrants (FTM) sont progressivement devenus des lieux d'habitat permanent pour les résidents.

Ainsi, malgré les évolutions économiques et les modifications de la réglementation de l'immigration subsistent encore, en 1997, 710 FTM pour une capacité offerte d'environ 130.000 lits. La SONACOTRA gère 57 % du parc pour 40.000 lits environ, le reste est pris en charge par des associations de la loi de 1901. Près de 35 % des FTM sont en région Ile-de-France.

M. Henri Cuq a remis un rapport en avril 1996 sur " la situation et le devenir des foyers de travailleurs migrants " qui constatait que les foyers ne répondaient plus à leurs objectifs initiaux et que la formule conçue à l'origine pour de l'accueil temporaire était devenue une solution de logement quasi définitif. La clientèle a évolué dans sa composition et son origine et a vieilli.

Plus grave encore, les foyers, peu ou pas pris en compte dans le cadre des politiques urbaines locales, n'ont pu jouer leur rôle d'intégration. Ce désintérêt a conduit à des situations inacceptables sur le plan de la sécurité sanitaire et des personnes, comme sur celui des coûts induits.

Il convient de rappeler que M. Alain Juppé, Premier ministre, avait demandé, par lettre du 9 juillet 1996, à M. Pascal, président de la commission nationale pour le logement des immigrés (CNLI), d'animer un groupe de travail interministériel pour étudier la mise en oeuvre des préconisations du rapport.

Plusieurs thèmes avaient été retenus par le groupe de travail :

- la refonte du barème de l'allocation temporaire de logement (ATL) versée par le FAS pour le rapprocher de celui de l'APL pour environ 18 % des lits ;

- la réorientation des aides du FAS en vue de rationaliser les critères d'attribution aux organismes gestionnaires et moderniser le secteur ;

- la mise au point d'un titre de résident et d'un comité de résidents représentatif ;

- la réalisation d'études et de propositions sur différents aspects de la vie dans les foyers : le vieillissement des résidents, la suroccupation dans les foyers africains, les activités économiques, le suivi sanitaire des résidents...

La mission confiée à M. Pascal n'a pas été renouvelée par le Gouvernement après juin 1997.

2. Les mesures prises dans le cadre de la mise en place de l'Union économique et sociale pour le logement (UESL)

Pour mémoire, il convient de rappeler que la commission nationale pour le logement des immigrés (CNLI), créée par arrêté du 11 mai 1976, avait reçu pour mission de mettre en oeuvre et de coordonner les dispositions de l'article 61 de la loi de finances pour 1975, définissant le cadre juridique permanent d'une politique spécifique en faveur du logement des travailleurs immigrés et de leur famille. A cette fin, une fraction (dite 1/9ème prioritaire) de la participation des employeurs à l'effort de construction (PEEC ou " 1 % " logement) était affectée prioritairement à cette action.

A partir de 1987, une procédure de déconcentration de l'affectation des fonds du 1/9ème prioritaire (étendue en 1988 aux populations défavorisées) avait été mise en place, à l'exception d'une réserve nationale de 15 % (créée par arrêté du 28 mars 1988) gérée par la CNLI et utilisée pour le financement d'opérations spécifiques agréées par les ministres des affaires sociales et du logement, sur proposition ou après consultation de la CNLI.

La CNLI s'est vu attribuer une nouvelle mission dans le cadre de la convention signée le 14 mai 1997 entre l'Etat et l'Union d'économie sociale pour le logement (UESL).

Cette convention fait suite à la création par une loi du 30 décembre 1996 de l'Union d'économie sociale pour le logement, organe fédérateur des comités interprofessionnels du logement (CIL) et des chambres de commerce et d'industrie (CCI), organismes agréés pour le 1 % logement.

La convention signée le 14 mai 1997 entre l'Etat et l'UESL traite des modalités de l'emploi du 1 % patronal en faveur du logement des populations défavorisées éprouvant des difficultés particulières pour se loger. Renonçant au dispositif administré précédent, la convention prévoit la suppression des enveloppes déconcentrées et de la réserve nationale gérée par la CNLI, ainsi que l'abandon des procédures d'agrément ministériel et préfectoral.

La nouvelle organisation s'inscrit dans une démarche qui réduit sensiblement l'intervention de l'Etat, sauf toutefois en ce qui concerne les foyers de travailleurs migrants.

La convention prévoit, en effet, un effort prioritaire en faveur des foyers de travailleurs migrants, non encore conventionnés à l'APL, " dont certains nécessitent un traitement d'urgence au regard du bâti, de la sécurité physique et des conditions générales d'occupation. Il s'agit, à la fois, d'offrir à leurs résidents des conditions de vie dignes, d'éviter pour l'avenir le renouvellement des phénomènes de suroccupation, de lutter contre les phénomènes d'isolement et de repli sur des modes de vie collective. Il s'agit également de favoriser l'insertion des résidents dans le parc de logements sociaux et la mixité sociale dans les foyers réhabilités. "

Un plan quinquennal, financé à hauteur de 1.800 millions de francs en " 1/9ème prioritaire ", soit 360 millions de francs par an , est affecté à cet objectif et doit donner lieu chaque année à une liste de projets arrêtés sur proposition de la CNLI.

Le suivi de la convention sera assuré annuellement par un rapport de la CNLI qui " évaluera les actions mises en oeuvre pour les immigrés en recensant notamment les difficultés particulières rencontrées dans certains départements ".

Lors de son audition devant la commission, Mme Martine Aubry, ministre de l'emploi et de la solidarité, a confirmé le maintien de l'enveloppe de 1,8 milliard de francs sur cinq ans décidée dans le cadre de la convention du 14 mai 1997 précitée signée par le précédent Gouvernement.

Mme la ministre a précisé que, pour pouvoir engager une partie des 360 millions de francs en 1997, il avait été demandé à la CNLI de saisir les préfets afin de dresser une liste d'opérations de réhabilitation qui étaient prêtes et dont les cofinancements étaient assurés.

Pour les années suivantes, le ministère de l'emploi et de la solidarité devrait travailler conjointement avec le ministère du logement et le FAS pour définir notre politique en direction des foyers de travailleurs immigrés et assurer la nécessaire coordination de tous les financements, y compris de ceux du FAS qui viendront en appui, dans les opérations de réhabilitation, par la mise en place de maîtrises d'oeuvre sociale.

Votre rapporteur se félicite de la poursuite du programme de réhabilitation des foyers des travailleurs migrants dans le cadre de l'enveloppe financière dégagée dans le cadre de l'UESL, tout en souhaitant que le travail d'identification sur les foyers en difficulté mené par la CNLI en 1996 et 1997 puisse être pris en considération.

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