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L'expatriation des compétences, des capitaux et des entreprises

 

b) Coordonner les acteurs régionaux du commerce extérieur

Faciliter l'accès des PME aux réseaux d'appui aux exportations suppose notamment de mieux coordonner les actions des multiples intervenants de la politique du commerce extérieur au niveau régional.

En effet, interviennent à un titre ou à un autre les 160 chambres de commerce et d'industrie, à travers leurs cellules export, ainsi que les 85 chambres de commerce et d'industrie françaises à l'étranger, les 23 directions régionales du commerce extérieur (DRCE), d'autres services de l'État, comme les directions régionales de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (DRIRE), les 22 directions régionales de la COFACE, les conseillers du commerce extérieur en France et à l'étranger, les services des collectivités territoriales chargés du soutien au développement international des entreprises locales, le Centre français du commerce extérieur, qui met à disposition des entreprises, et en particulier des PME, l'information nécessaire pour leur développement international, ou encore l'Agence pour la promotion internationale des technologies et des entreprises françaises (CFME ACTIM), spécialisée dans la participation à des salons et des grandes foires internationales.

La multiplicité des intervenants permet de mobiliser des ressources financières et humaines importantes. Elle nuit cependant à la cohérence d'ensemble du dispositif.

Les chefs d'entreprise ont avant tout une approche locale. Leur premier réflexe est de s'adresser à la chambre de commerce et d'industrie. Il leur faut un certain temps d'apprentissage avant de comprendre que beaucoup d'autres acteurs entrent en ligne de compte, à la fois au plan local (chambres régionales de commerce, régions, services déconcentrés de l'État), au plan national (CFCE, CFME-ACTIM...) et enfin à l'étranger (PEE, organismes consulaires et, le cas échéant, représentations régionales).

Comme l'a montré un sondage réalisé en 1998 par CSA-opinion pour le Secrétariat d'État au commerce extérieur, 46% des PME ne savent pas clairement à qui s'adresser lorsqu'elles recherchent un appui pour se développer à l'international. C'est dire combien l'absence de lisibilité du réseau d'information et son manque de stratégie commune nuit à l'efficacité des politiques mises en oeuvre.

La nécessité d'une mise en cohérence des acteurs régionaux du commerce extérieur n'est pas nouvelle. De nombreux rapports l'ont déjà appelé de leurs voeux. M. Nicolas Forissier, député, dans un rapport au Premier ministre soulignait en 1996 : « la cohérence entre les intervenants, sur le plan régional, doit être fortement améliorée, notamment autour d'un véritable partenariat entre les trois acteurs principaux du dispositif d'appui que sont l'État, les organismes consulaires et les conseils régionaux ».

Cinq années plus tard, il vient de nous confirmer qu'aujourd'hui, il ne modifierait pas une ligne de son rapport. Il semble en effet que la situation n'ait guère évolué, en dépit de nombreuses initiatives destinées à orienter ces dispositifs vers les besoins particuliers des PME.

Pourtant, les pouvoirs publics ne sont pas restés inactifs.

Une sous-direction spécifique « appui aux PME et action régionale » a été créée à la direction des relations économiques extérieures, pour mieux prendre en compte le développement international des PME. L'organisation et les missions des postes d'expansion économique ont également évolué en ce sens. Le personnel des poste a été progressivement spécialisé pour répondre à des demandes de plus en plus ciblées des PME. L'organisation sur une base sectorielle a été généralisée, accompagnée d'une formation des agents, notamment par les fédérations professionnelles. Des correspondants PME ont été désignés dans chacun des 166 PEE.

De même, la mise en place au niveau national du « Fil de l'export » a pour objectif de faciliter l'accès des PME aux multiples sources d'appui et d'information destinées à favoriser leur développement international. Depuis sa création, plus de 10 000 entreprises, dont 85 % de moins de 200 salariés, ont appelé le Fil de l'export. Elles ont été renseignées soit directement, pour les questions les plus courantes, soit par les partenaires compétents sur lesquels le centre d'appels avait orienté les demandes. Il reste cependant, pour transformer cet essai prometteur, à considérablement amplifier l'effort de communication autour de ce nouveau service.

Enfin, une réforme du dispositif régional d'appui à l'internationalisation des PME devrait à terme améliorer la coordination et le ciblage des actions internationales au sein des régions.

Constatant l'échec des diverses tentatives menées, depuis une dizaine d'années, pour réunir au niveau régional, dans une structure unique, les différents acteurs du soutien au commerce extérieur, les pouvoirs publics se sont orientés vers des mesures moins ambitieuses, tendant simplement à en assurer la coordination, à l'image des 26 plans d'aide régionale au développement international (PARDI), qui visent à coordonner, dans des secteurs d'excellence, l'action des fédérations professionnelles des régions et des directions régionales du commerce extérieur.

Ces progrès restent limités. Comme le souligne, un groupe de travail du Medef sur l'internationalisation des PME dans un rapport publié en mai 2000, « La multiplicité des interlocuteurs et la difficulté à comprendre leurs attributions respectives sont encore considérées comme une gêne et une source de perte de temps 56(*)».

S'il existe un consensus pour considérer que toute réforme du dispositif d'appui aux entreprises doit aller dans le sens d'une meilleure lisibilité et d'une plus grande coordination des acteurs, les solutions pour parvenir à ces objectifs différent largement selon les interlocuteurs. De nombreuses propositions ont déjà été avancées, mais la difficulté à les faire aboutir montre qu'aucune n'est facile à mettre en oeuvre. Les obstacles rencontrés ne doivent cependant pas conduire à renoncer à offrir aux entreprises un dispositif de soutien aux exportations accessible et efficace.

Sans prétendre détenir la réponse unique à ces difficultés, la mission d'information, s'appuyant notamment sur les auditions auxquelles elle a procédé, suggère en conséquence deux axes de réflexion.

Elle propose en premier lieu de renforcer les compétences des régions en matière de soutien au commerce extérieur.

Par l'intermédiaire de leurs services ou de structures ad-hoc, et parfois en déléguant leurs compétences aux chambres de commerces, de nombreuses régions ont offert aux entreprises un soutien important pour leur développement international. On peut citer, en Bretagne, la mission régionale de coordination du commerce extérieur breton (MIRCEB), qui organise de nombreuses missions de prospection collective et soutient des opérations individuelles ; dans les Pays de Loire, la création d'un fonds régional à l'exportation, d'un fonds régional d'aide sur les marchés extérieurs et d'une aide au recrutement de cadres ; en Rhône-Alpes, un dispositif d'aide et de soutien à l'internationalisation des PME délégué à une structure autonome : Entreprise Rhône-Alpes International.

Loin d'être un handicap, la diversité des méthodes et des structures employées semble adaptée à chaque contexte local. Aussi serait-il envisageable d'une part, de confier aux régions une compétence générale de soutien au développement international des PME et d'autre part, de leur laisser le soin d'identifier, sur leur territoire, les organismes les mieux placés pour constituer des « guichets export », interlocuteurs uniques, près du terrain et visibles, points d'entrée des demandes des entreprises.

Sans remettre en cause le service offert par le « fil de l'export », ces guichets export, construits sur le modèle des « Business links » britanniques ou des « One Stop Centers » américains, devraient pouvoir donner à l'entreprise un premier niveau d'information, adapté à son activité, l'orienter vers le centre de compétence apte à traiter sa demande, initier le suivi de son projet puis l'informer de l'état d'avancement de ses demandes.

En contrepartie d'engagements sur des objectifs nationaux et locaux en matière de prestations offertes aux PME, ils bénéficieraient d'un soutien financier spécifique et d'un accès illimité aux données, études, et documents dont dispose le réseau de la DREE.

Enfin, chaque guichet export devrait être doté d'un droit d'activation des autres acteurs du dispositif d'appui local, à la fois pour s'assurer de la prise en charge des demandes des entreprises et pour suivre le degré d'avancement des réponses qui leur sont apportées.

La mission préconise que chaque fois que cela sera possible, ces guichets export soient dirigés par des personnes ayant une solide expérience de l'entreprise. Il importe, en effet, comme l'a souligné M. Jean Daniel Gardère, directeur général du CFCE, que les chefs d'entreprise y trouvent des interlocuteurs proches, par leur expérience personnelle, de leurs préoccupations.

* 56 GPA entrepreneur, groupe projet internationalisation des PME. Medef. Mai 2001