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La Poste : le temps de la dernière chance

 

2. Une vocation assumée par La Poste

a) Deux milliards d'objets de presse distribués chaque année

La Poste et les postiers sont eux-mêmes attachés au transport de la presse. Aucune des personnes entendues par votre rapporteur n'a d'ailleurs envisagé la disparition de cette relation séculaire, non plus que la banalisation totale des relations entre la presse et La Poste.

Cette mission de circulation des idées et des opinions fait en effet partie intégrante de l'identité postale. Comment imaginer, dans notre pays, que La Poste soit totalement absente de la diffusion de la presse ?

Dans beaucoup de pays d'Europe du nord (Allemagne, Danemark, Pays-bas, Suède, Royaume Uni) la diffusion des quotidiens se fait principalement par abonnement (et non par vente au numéro comme dans d'autres pays d'Europe du sud) et la distribution de la presse est essentiellement effectuée par portage, par des filiales de distribution des groupes de presse.

Au contraire, en France, les systèmes de portage des journaux à domicile -alternative, avec l'achat en kiosque ou en magasin, à la distribution postale- sont relativement moins répandus. Au total, c'est environ 30 % de la presse91(*) qui est diffusée par voie postale. La presse représente, en termes de nombre d'objets, 8 % du trafic postal total. D'après des informations -divergentes selon les sources- recueillies par votre rapporteur, la presse représenterait entre 20 et 30 % du volume total du courrier.

La Poste distribue près de 2 milliards d'exemplaires de presse chaque année (1.950 millions d'exemplaires) soit 500 millions d'exemplaires de quotidiens et assimilés, 1,2 milliard d'exemplaires de magazines et 250 millions de publications diverses et de « fac similés ».

La Poste est donc, avec le réseau des messageries, une des voies les plus importantes de diffusion de la presse. Certaines familles de presse, comme la presse spécialisée, vendue principalement par abonnement, sont diffusées à près de 90 % par voie postale.

Les tarifs de presse -unitaires quels que soient les zones concernées- de La Poste assurent d'ailleurs une très forte péréquation entre la distribution de la presse en zones urbaines et en zones rurales, cette dernière entraînant des coûts nettement plus élevés.

b) Une proportion de titres portés plus faible que dans le reste de l'Europe

Malgré l'instauration, en France, d'une aide au portage, conçus comme un soutien financier indirect à la presse, le nombre d'exemplaires de presse portés demeure relativement limité.

L'AIDE AU PORTAGE DE LA PRESSE

Un fonds d'aide au portage, régi par le décret n° 98-1009 du 6 novembre 1998 et abondé par l'Etat est réservé aux journaux d'information politique et générale, de langue française, paraissant au moins 250 fois par an et imprimés sur papier journal. 25 % de la dotation sont calculés sur la base du nombre d'exemplaires portés, et les 75 % autres sur celle de la progression sur les deux années antérieures à l'année d'attribution de l'aide.

La situation du secteur de la presse écrite au regard du portage est toutefois très contrastée. La diffusion par portage connaît en effet de fortes disparités selon les familles de presse et les zones géographiques. Alors que dans l'Est, notamment en Alsace, et le Nord de la France, zones à forte densité de population, ce mode de diffusion est bien implanté, voire très majoritaire, il demeure encore marginal sur le reste du territoire et peu développé pour la presse quotidienne nationale. Hors presse gratuite, 15,6 % seulement des exemplaires diffusés sont portés, parmi lesquels les quotidiens comptent pour 97 %.

PROPORTION DU PORTAGE EN 2000

En %

Information générale et politique nationale

Information générale et politique locale

Presse spécialisée grand public

Ensemble

Part du portage dans la diffusion annuelle

7,5

32,2

1,4

15,6

Part du portage dans la diffusion annuelle des quotidiens

9,6

34,1

0,1

26,2

Source : Direction du développement des médias, ministère de la communication, chiffres cités dans le rapport sur les crédits de la communication dans le projet de loi de finances pour 2003 de M. Patrice Martin-Lalande, député.

Le taux d'ensemble de 15,6 % recouvre en réalité des disparités très fortes selon les types de presse : certaines familles de presse comme les quotidiens régionaux sont en effet très majoritairement portés.

Le graphique ci-contre montre, au-delà de la vente au numéro en kiosque, que le taux de portage de la presse quotidienne régionale est dans l'ensemble bien plus élevé que le taux de leurs exemplaires postés. La plupart des quotidiens régionaux sont quasi totalement (les Dernières nouvelles d'Alsace par exemple) ou majoritairement (Ouest France par exemple) portés :

Source : Syndicat de la presse quotidienne régionale

Mais les systèmes de distribution par portage, souvent développés à une échelle locale, ne semblent pas pour l'instant réellement adaptés à la diffusion d'autres types de journaux et magazines à dimension nationale.

Toutefois, d'après des informations recueillies par votre rapporteur, certains éditeurs de presse spécialisée réfléchissent actuellement au développement du portage dans certaines zones géographiques (les plus denses), non seulement pour des motifs économiques, dans l'éventualité d'une hausse des grilles tarifaires de La Poste, mais également pour répondre à la demande de qualité de service des éditeurs et des lecteurs. La Fédération nationale de la presse spécialisée, par exemple, qui regroupe 1.500 publications, estime, dans un document remis à votre rapporteur, que : « Le portage pourrait cependant connaître un développement inattendu. (...) Ce mode de distribution peut également être mis en oeuvre pour répondre à la demande de qualité de service attendu par les éditeurs et leurs abonnés, même lorsque son coût n'est pas compétitif par rapport au tarif postal. »

* 91 Source : Secrétariat d'État à l'industrie