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La mixité menacée ? Rapport d'information sur l'activité de la délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes pour l'année 2003

 

B. UN EXEMPLE ÉCLAIRANT : LA PLACE RÉDUITE DES FEMMES DANS LE SPORT

1. Des pratiques sportives sexuées

Historiquement, le sport a longtemps ignoré, voire rejeté les femmes. Il suffit de rappeler le sort réservé aux femmes à l'occasion des jeux antiques. De même, la tradition anglaise des clubs, plus ou moins fermés, a fortement imprégné le sport moderne, tandis que la proximité, pendant un temps, du sport et de l'armée a contribué à diffuser une culture propre au sport, peu ouverte sur les questions féminines. Aujourd'hui encore, et sauf rares exceptions, les épreuves des compétitions sportives ne sont pas mixtes, la mixité s'opérant généralement à d'autres moments de la vie sportive, durant l'entraînement et à l'occasion de l'engagement associatif par exemple.

Néanmoins, et comme l'a rappelé le ministre des sports, M. Jean-François Lamour, à l'occasion de son audition devant votre délégation, le développement de la pratique féminine est certainement, au cours des dernières années, l'un des faits marquants des évolutions du sport en France.

Ainsi, 79 % des femmes et 88 % des hommes de 15 à 75 ans déclarent pratiquer des activités physiques et sportives définies dans un sens large. Le taux de pratique sportive des femmes est toujours plus faible que celui des hommes, quel que soit l'âge ou le niveau d'études. Mais c'est parmi les titulaires d'un diplôme de niveau supérieur au baccalauréat que les comportements des hommes et des femmes se rapprochent le plus en matière de déclaration et de fréquence de la pratique.

Ainsi, un peu moins de 18 millions de femmes pratiquent au moins une activité physique et sportive.

LES PRATIQUANTS SPORTIFS

Champ : population âgée de 15 à 75 ans ayant déclaré

pratiquer une activité physique et sportive

Familles d'activités

Pratique (en millions)

Rang

(sur 37)

Pratique (en millions)

Rang

(sur 37)

Marche

10,6

1

7,6

1

Natation

7,3

2

6,5

3

Vélo

4,9

3

7,2

2

Gymnastique (1)

3,5

4

1,2

14

Footing/jogging

2,5

5

4,2

6

Ski

2,2

6

2,9

7

Sports de boules

1,7

7

4,4

4

Football

0,4

21

4,2

5

(1) Sans la gymnastique aquatique ni le step

Source : MJS, STAT-Info, n° 01-03

Si la marche, la natation, le vélo et la gymnastique sont les activités physiques et sportives les plus fréquemment citées par les femmes, les trois premières d'entre elles sont également signalées par les hommes.

En revanche, la gymnastique, la danse ou le patinage artistique seraient des sports « féminins ». Les activités dans lesquelles les sportives sont majoritaires sont, le plus souvent, des disciplines individuelles. Il s'agit également d'activités nettement moins médiatisées que les sports majoritairement masculins, tels le football et le rugby23(*).

FÉDÉRATIONS OÙ LE TAUX DE FEMMES EST LE PLUS ÉLEVÉ

Fédérations françaises agréées en 2002

Licences

Nombre de licences femmes

% de femmes dans les licences

Danse

41.318

40.492

98,0 %

Éducation physique et gymnastique

521.672

491.408

94,2 %

Twirling bâton

9.247

8.414

91,0 %

Entraînement physique dans le monde moderne24(*)

166.491

147.678

88,7 %

Gymnastique

226.882

177.875

78,4 %

Équitation

447.139

332.671

74,4 %

Source : Recensement mené auprès des fédérations sportives agréées

(ministère des sports - mission statistique)

FÉDÉRATIONS OÙ LE TAUX DE FEMMES EST LE PLUS FAIBLE

Fédérations françaises agréées en 2002

Licences

Nombre de licences femmes

% de femmes dans les licences

Rugby

252.638

6.821

2,7 %

Football

2.066.339

40.210

1,9 %

Course landaise

202

2

0,9 %

Source : Recensement mené auprès des fédérations sportives agréées

(ministère des sports - mission statistique)

L'existence de sports « masculins » et de sports « féminins » illustre la persistance de la séparation des sexes dans l'univers du sport.

ACTIVITÉS SPORTIVES « FÉMININES » OU NON

Champ : population âgée de 15 à 75 ans

Familles d'activités

Nombre total de pratiquants

(en millions)

Femmes

(en %)

Gymnastique (1)

5,2

79

Danse

1,3

80

Patinage glace

0,5

71

Equitation

0,9

60

Marche

18,6

57

Natation

15,3

53

Sports de combat

0,5

31

Pêche

3,0

16

Sports mécaniques

0,4

13

Football

4,6

8

Rugby

0,4

6

Chasse

1,0

5

(1) Sans la gymnastique aquatique ni le step

Source : enquête MJS/INSEP, juillet 2000

Il est exact néanmoins que, si les femmes sont de plus en plus nombreuses à pratiquer des activités physiques et sportives - entre 1990 et 2002, le nombre de licences sportives a augmenté en France de 16 % au total et de 27 % pour les femmes -, c'est aussi, avant tout, parce que les marges de progression sont encore importantes. Ainsi, en 2000, on a constaté que 55 % des femmes faisaient du sport au moins une fois par semaine, contre 65 % des hommes. Les femmes sont également deux fois moins nombreuses que les hommes à détenir une licence sportive et trois fois moins nombreuses à participer à des compétitions.

2. Les femmes quasiment absentes des instances dirigeantes du sport

La participation des femmes dans le sport progresse, mais de profondes inégalités et discriminations demeurent. C'est le cas, en particulier, de leur place dans les instances dirigeantes.

En effet, les femmes représentent aujourd'hui 34 % des licenciés des fédérations sportives, mais seulement 19 % des élus aux comités directeurs de ces mêmes fédérations, le ministre des sports ayant indiqué à votre délégation que le sport est très, voire trop majoritairement dirigé par des hommes.

Les chiffres qui suivent constituent une illustration flagrante de cette très forte présence masculine dans l'encadrement du sport :

LA PLACE DES FEMMES DANS L'ENCADREMENT DU SPORT

 

2002

2003

 

Effectifs totaux

dont femmes

Effectifs totaux

dont femmes

Cadres techniques

 directeur technique national

 entraîneur national

 conseiller technique sportif

58

375

1.238

2 (3%)

36 (10%)

159 (13%)

56

356

1.236

2 (4%)

37 (10%)

172 (14%)

Présidents de fédérations sportives

111

4

112

4

Source : ministère des sports - direction des sports

Le nombre insuffisant de femmes dirigeantes dans les clubs, ligues, comités, fédérations, oriente nécessairement les activités vers certaines formes de pratiques dans lesquelles les jeunes filles et les femmes ne trouvent pas, pleinement ou durablement, leur place. En effet, les clubs orientent actuellement leurs activités essentiellement vers les hommes. Ainsi le déficit de mixité s'auto-alimente-t-il.

Au cours de son audition par votre délégation, la présidente du collectif « Ni putes, ni soumises », Mme Fadéla Amara, a estimé que la politique de la ville, mise en place à partir des années 1980, en dépit de ses réelles avancées, comportait également d'importantes lacunes dont les effets se font aujourd'hui ressentir, notamment en matière de mixité. Elle a ainsi considéré que les actions menées avaient davantage visé les garçons que les filles : les associations sportives, par exemple, se sont adressées essentiellement aux garçons, alors que les filles ont été reléguées dans la cellule familiale, devant tenir un rôle traditionnel.

Le ministre des sports s'est d'ailleurs dit convaincu qu'une plus grande mixité dans le sport passait, en priorité, par la féminisation des instances dirigeantes du mouvement fédéral.

Aussi a-t-il instauré, par le décret du 7 janvier 2004, un principe de proportionnalité entre le nombre de femmes licenciées dans la fédération et le nombre de sièges dont elles disposent au comité directeur de cette même fédération.

Afin que cela ne reste pas au niveau des principes, il a annoncé les conséquences financières qu'il tirerait d'une éventuelle inaction des fédérations. Celles-ci ont un délai de trois ans pour définir et mettre en oeuvre, en interne, des plans de féminisation de leurs fonctions dirigeantes, qui devront notamment intégrer des formations à proposer aux femmes. L'action des fédérations fera l'objet d'un suivi spécifique du ministère. M. Jean-François Lamour a indiqué qu'il saurait en tirer toutes les conséquences, notamment financières, pour les fédérations qui ne respecteraient pas cet engagement dans le cadre des conventions d'objectifs annuelles, et que, selon lui, cette évolution serait déterminante pour le mode de gouvernance du mouvement sportif.

* 23 Selon le Conseil supérieur de l'audiovisuel, en 1999, plus de 850 heures d'antenne sur les chaînes hertziennes ont été consacrées au football et au rugby, contre 30 heures à la gymnastique et au patinage artistique.

* 24 Cette fédération a pour ambition de mettre à la disposition de tous une offre d'activités physiques adaptées et variées.