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La hausse des prix du pétrole : une fatalité ou le retour du politique

 

b) Les facteurs qui pourraient ralentir la croissance de la demande

Les perspectives de croissance de la demande présentées précédemment ne prennent pas en considération leur impact sur l'environnement. Or, il est considérable, notamment en ce qui concerne l'effet de serre. En effet, dans ce scenario, non seulement la demande mondiale en pétrole devrait croître de 1,4% par an, mais également celle du charbon, et ce à un taux de 1,6% par an.

La forte augmentation de la consommation de charbon s'expliquerait par la conjonction de plusieurs facteurs : les tensions sur les prix du pétrole, l'importance des réserves prouvées (907 milliards de tonnes) et surtout leur présence dans des régions fortement dépendantes du pétrole comme la Chine (114 milliards de tonnes de réserves prouvées). L'AIE prévoit ainsi une augmentation de la consommation chinoise de plus de 83%, qui passerait de 1,3 à 2,4 milliards de tonnes.

Or, les gaz à effet de serre (tel le dioxyde de carbone) sont formés par suite du brûlage des combustibles fossiles, comme le charbon, l'essence et le gazole. Des scientifiques prévoient qu'en l'absence de toute politique visant à freiner la consommation de ces produits, la température de la Terre pourrait augmenter d'environ un à cinq degrés Celsius. Ce réchauffement pourrait provoquer des changements désastreux dans l'environnement, comme des tempêtes violentes, l'avancée des déserts et la fonte des calottes glaciaires.

Afin de lutter contre l'effet de serre, 180 pays ont signé en décembre 1997 le Protocole de Kyoto par lequel 38 pays industrialisés s'obligent à abaisser leurs émissions de gaz à effet de serre entre 2008 et 2012 à des niveaux inférieurs de 5,2% à ceux de 1990. Les États membres de l'Union ont décidé de réduire collectivement leurs émissions de gaz à effet de serre de 8% sur cette période et jugent nécessaire de limiter le réchauffement à 2 degrés. Quant à la France, elle s'est engagée à réduire par 4 ses émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2050.

Dans la mesure où 70% des émissions de gaz à effet de serre sont liés à l'énergie, en particulier aux secteurs de la production d'électricité et des transports, la réduction efficace desdites émissions suppose une limitation de la demande de pétrole.

L'AIE a réalisé une étude sur l'impact des mesures actuellement discutées par les gouvernements en matière de lutte contre les gaz à effet de serre sur la consommation de pétrole. Elle estime que la demande pourrait diminuer de 12,8 millions de barils/jour d'ici 2030 par rapport au scenario de référence et que les émissions de CO2 baisseraient ainsi de 16%, soit l'équivalent des émissions actuelles des Etats-Unis et du Canada.

Plus généralement, la découverte et l'exploitation de nouvelles technologies pour réduire l'intensité en pétrole permettraient également d'en réduire la demande. La réduction des consommations énergétiques unitaires dans le domaine des transports, le développement du nucléaire, la substitution progressive du pétrole par le gaz naturel en matière de production d'électricité ainsi que le développement des énergies renouvelables doivent être encouragés. Pour cela, le prix du pétrole doit rester suffisamment élevé afin de ne pas décourager les investissements et la recherche dans ces domaines.