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La hausse des prix du pétrole : une fatalité ou le retour du politique

 

II. QUELLES PERSPECTIVES À MOYEN ET LONG TERME ?

Le marché du pétrole est fondamentalement très volatil dans la mesure où il dépend de facteurs très difficiles à prévoir, que ce soient les événements politiques, les aléas climatiques ou encore les événements économiques telles que les perspectives économiques ou encore l'évolution des capacités de production. Selon les hypothèses retenues, les prévisions de prix du pétrole à moyen terme peuvent varier considérablement.

Pour autant, la hausse actuelle des prix du pétrole peut faire l'objet de deux interprétations différentes.

Pour certains, le prix d'équilibre à long terme du pétrole n'a pas changé, ce qui revient à considérer les tensions sur le marché comme la résultante uniquement d'erreurs d'anticipation sur la demande et de chocs imprévisibles sur l'offre. Autrement dit, l'offre disposerait de suffisamment de flexibilité pour satisfaire à terme le surcroît de demande, notamment en provenance d'Asie. La hausse des cours, temporaire, se résorberait à un horizon de quelques trimestres à quelques années, en liaison avec une disparition progressive du sous-investissement en capacités pétrolières.

Pour d'autres au contraire, la zone d'équilibre des prix du pétrole s'est durablement déplacée vers le haut. Un tel déplacement s'expliquerait notamment par une demande structurellement plus forte qui ne pourrait être satisfaite sans une hausse significative du coût marginal de production.

L'ambition de vos rapporteurs est certes de faire part de leurs propres projections de prix, mais surtout d'analyser les hypothèses sur lesquelles se fondent les chiffres avancés par les uns et les autres et de discerner les facteurs structurels et les facteurs conjoncturels. Cette analyse faite, ils proposeront les différents scenarii d'évolution des prix à moyen et long terme qui en résultent.

A. LES FACTEURS QUI INFLUENCENT LES PRIX

Le prix du pétrole est déterminé par l'équilibre entre l'offre et la demande. Il convient donc d'analyser les déterminants de l'offre et de la demande tout en étant conscient que plus l'horizon de temps est éloigné, plus les pronostics sont difficiles à établir.

1. Du côté de la demande

Si les prévisions concernant la croissance économique mondiale et l'augmentation du niveau de vie dans les pays en voie de développement se confirment, la demande de pétrole devrait croître fortement. Toutefois, des décisions politiques décisives afin de lutter contre l'effet de serre et une accélération de la diminution de l'intensité en pétrole de la croissance pourraient ralentir la hausse de la demande.

a) Les facteurs en faveur d'une hausse de la demande

A court terme, la demande de pétrole est peu élastique aux prix. Selon Evariste Lefeuvre, directeur adjoint du service de la recherche de IXIS, une hausse de 25% du prix du pétrole ne réduit la demande que de 1%.

Quels sont donc les facteurs qui influencent la demande de pétrole ?

Selon la Direction générale du Trésor et des politiques économiques, la demande de pétrole brut suit la croissance de l'économie mondiale. Une augmentation du PIB mondial de 3,5% entraîne une augmentation de la demande de 2% par an (soit 2 millions de barils/jour).

L'AIE retient une progression de 1,4% par an en moyenne, ce qui ferait passer la demande en pétrole de 79 millions de barils/jour en 2003 à 115 millions de barils/jour en 2030. L'AIE estime en effet que si la croissance de la demande suit celle du PIB, elle est toutefois plus lente depuis 1976 en raison de la diminution de l'intensité de la croissance en pétrole. Celle-ci devrait encore baisser de 34% entre 2002 et 2030, après une chute de 46% entre 1973 et 2002.

La demande croîtrait essentiellement dans les pays en développement (+3,4% par an en Afrique et en Chine), contre seulement +0,8% pour les pays de l'OCDE (dont +0,5% pour l'Europe et +1% pour les Etats-Unis). En valeur absolue, les pays en voie de développement, et surtout ceux d'Asie, seraient responsables de près des trois quarts de la croissance de la demande mondiale (26 millions de barils/jour sur 36 millions de barils/jour au total). La consommation chinoise serait multipliée par 2,5 d'ici 2030 et atteindrait 13,1 millions de barils/jour à cette échéance.

Le FMI a une approche légèrement différente. Les deux variables principales retenues pour évaluer la croissance de la demande sont d'une part le nombre de véhicules par habitant, donnée non linéaire par rapport au revenu (la croissance est la plus forte entre 2.500 et 10.000 dollars de revenu) et, d'autre part, le niveau d'activité (le FMI prévoit un taux de croissance annuel mondial de 3,6% entre 2003 et 2030).

En fonction de ces hypothèses, la demande devrait passer de 82,4 millions de barils/jour en 2004 à 92 millions de barils/jour en 2010 et 138,5 millions de barils/jour en 2030. Il convient de remarquer que ces prévisions, qui arrivent pourtant à une demande supérieure à celle calculée par l'AIE, sous-estiment délibérément les projections pour la Chine en matière de véhicule par habitant (267 véhicules pour 1000 habitants, alors que ce taux est de 300 à 600 dans les pays à revenu équivalent).

Prévisions de l'AIE et du FMI concernant
la demande mondiale de pétrole

Demande mondiale de pétrole (millions de barils/jour)

2004

2010

2030

Prévisions de l'AIE

82,4

92

115

Prévisions du FMI

82,4

92

138,5