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La hausse des prix du pétrole : une fatalité ou le retour du politique

 

B. LES SCENARII D'ÉVOLUTION DES PRIX

Dans le cadre de leur mission, vos rapporteurs ont analysé les hypothèses sur lesquelles reposaient les prévisions sur les prix du pétrole à moyen et long terme. Ils ont constaté qu'à court terme, un consensus se dégageait pour craindre des tensions persistantes sur le marché. A moyen et long terme, même s'il est globalement reconnu que les prix ne redescendront pas en dessous de la barre des 40 dollars (valeur 2004), les fourchettes de prix sont beaucoup plus larges.

1. Un double consensus

Il porte à la fois sur la poursuite des tensions à court terme sur le marché et la prise de conscience que l'époque du pétrole bon marché est révolue.

a) Des tensions sur le marché qui ont vocation à perdurer

A court terme, les prix du pétrole vont rester élevés et très volatils.

La demande à court terme est peu élastique aux prix. Les transports absorbent 50% de la demande de pétrole au niveau mondial et 70% de la demande dans les pays développés. L'inflexion de la demande en raison de prix élevés ne peut donc qu'être lente car elle dépend de la modification des comportements des ménages et des évolutions technologiques.

Alors que la croissance de la demande mondiale a été exceptionnelle en 2004 (+3,4%), les prévisions pour 2005 ont été fortement revues à la baisse : initialement estimée à 2,1%, la croissance de la demande ne devrait pas dépasser 1,5%. Il est difficile de savoir dans quelle mesure ce ralentissement est lié au maintien de prix élevés et surtout s'il a vocation à perdurer. Les prévisions de croissance de la demande de pétrole réalisées par l'AIE tablent sur une croissance de 1,8% pour 2006 et sur une croissance moyenne de 1,4% entre aujourd'hui et 2030, soit, d'ici 2010, 10 millions de barils/jour supplémentaires.

Par ailleurs, jusqu'en 2030, 95% de la croissance de la demande mondiale de produits raffinés concerneront l'essence et les distillats moyens (essentiellement gazole et kérosène). Compte tenu des taux actuels d'utilisation des raffineries (85% au niveau mondial en 2004), la croissance de la demande en produits raffinés ne pourra être satisfaite que par le développement de capacités de raffinage supplémentaires que l'AIE estime à 10 millions de barils/jour d'ici 2010.

Or, il existe des délais incompressibles pour permettre à l'offre de s'adapter à la croissance de la demande.

En matière d'exploration, les délais entre la décision de prospection et la première production varient en fonction de la complexité des projets. Ils vont de deux ans pour les projets les plus faciles à réaliser (au Moyen-Orient par exemple) à dix ans pour les projets les plus techniques (comme le projet AKPO de Total au Nigeria, pour lequel le permis de prospection a été obtenu en 1998 et le début de la production est attendu pour 2008).

En outre, la progression de l'offre de pétrole brut est actuellement freinée pour des raisons à la fois techniques et stratégiques.

Les investissements mondiaux dans le domaine de l'exploration et de la production ont progressé de 5,6% en 2003 et 8,5% en 2004 pour atteindre 150 milliards de dollars. Ils devraient s'élever à 170 milliards de dollars en 2005.

La relance des investissements a créé de fortes tensions dans l'industrie parapétrolière et fait exploser les prix. Lors de leur entretien avec les représentants de Transocean, premier opérateur de forages off-shore au monde, vos rapporteurs ont appris que les tarifs de location des appareils de forage sont passés de 180.000 dollars en novembre 2003 à 475.000 dollars par jour en octobre 2005. En outre, aucun appareil n'est disponible d'ici la fin 2007.

Par ailleurs, les compagnies pétrolières sont confrontées à d'importantes difficultés en matière de recrutement de personnel. Les filières de l'industrie pétrolière attirent beaucoup moins les jeunes ingénieurs en raison des conditions de vie difficiles sur les lieux de forage et du caractère cyclique de cette industrie.

Enfin, les compagnies pétrolières internationales sont assez conservatrices dans leurs stratégies d'investissement. Ces dernières font certes remarquer qu'elles ne produisent que 14% du pétrole et ne détiennent que 5% des réserves mondiales alors qu'elles sont responsables de 23% des investissements en exploration et production. En outre, elles souffrent d'un accès restreint aux réserves les plus intéressantes financièrement. Comme il a été rappelé précédemment, les pays détenteurs des réserves les plus importantes sont fermés aux investissements étrangers et la hausse des prix du pétrole s'est accompagnée d'un durcissement général des conditions figurant dans les contrats d'exploitation signés entre les compagnies et les Etats. Certains pays comme le Venezuela ont imposé une renégociation des contrats qui soit augmentent le taux d'imposition sur les sociétés, soit exigent la création de joint ventures.

Au-delà de ces contraintes, les compagnies internationales restent fortement échaudées par la chute brutale des prix en 1998 et basent donc leurs projets sur un prix du pétrole très bas par rapport à son niveau actuel : entre 20 et 25 dollars le baril. Concrètement, cela signifie que leurs investissements doivent être rentables à ce niveau de prix. Malgré le développement des progrès techniques qui ont contribué à une baisse importante des coûts de production, il est clair que cette fourchette de prix peut limiter les investissements les plus innovants, notamment dans le domaine des pétroles non conventionnels.

En ce qui concerne l'augmentation des capacités de raffinage, il faut compter sur un délai d'au moins trois ans entre le moment où la décision est prise et celui où la nouvelle unité est opérationnelle. Ce délai est beaucoup plus long dans les pays développés où les réglementations environnementales sont plus strictes et les populations locales globalement opposées à ce genre de projets.

De nouveaux projets d'extension et de création de raffineries ont été annoncés pour un total de 2 millions de barils/jour, dont 45% sont situés en Asie et 20% au Brésil et au Venezuela. Pour autant, le marché risque de rester très tendu au moins jusqu'en 2010, en particulier entre 2006 et 2008 comme l'indique le schéma ci-dessous.

Confrontation des estimations en matière de capacités de raffinage
et de croissance de la demande de produits raffinés
(en millions de barils/jour)

Source : ICF Consulting