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La hausse des prix du pétrole : une fatalité ou le retour du politique

 

2. Un choc de demande

Les deux premiers chocs pétroliers résultaient d'une rupture de l'offre. En 1973, la guerre de Kippour avait conduit les pays de l'OPEP à décréter un embargo envers les pays occidentaux : la production de pétrole était alors passée de 59,3  à 56,5 millions de barils/jour entre 1973 et 1975. En 1979, la révolution islamique en Iran suivie de la guerre entre ce pays et l'Irak a également entraîné une forte chute de la production qui est passée de 67 à 60,7 millions de barils/jour entre 1979 et 1981.

En ce qui concerne le « troisième choc pétrolier », les tensions sur les prix viennent de la vigueur persistante de la demande, que l'offre peine à suivre bien qu'elle soit à un niveau historique record (84,9 millions de barils/jour en août 2005).

3. Un impact relativement réduit sur la croissance et l'inflation

Si les avis sont partagés sur l'ampleur du choc actuel par rapport aux deux précédents, il existe un consensus pour reconnaître que jusqu'à présent, ce dernier n'a exercé qu'un impact réduit sur la croissance économique mondiale.

Quels sont les effets théoriques d'un choc pétrolier ?

Dans les pays importateurs de pétrole, un choc pétrolier déprime l'activité en affectant les ménages et les entreprises consommatrices de pétrole. Les ménages dont le pouvoir d'achat est amputé par le renchérissement des produits pétroliers diminuent leur consommation. Les entreprises voient leurs coûts de production augmenter et leur profitabilité baisser. Elles peuvent alors choisir de limiter leur offre même si la demande ne fléchit pas. La diminution de la demande et de l'offre conduit à une diminution de l'activité.

En outre, une hausse des prix pétroliers entraîne une augmentation de l'inflation. En France, la Direction de la prévision et de l'analyse économique évalue l'effet mécanique sur l'indice des prix à la consommation d'une hausse du prix du pétrole de 10 euros à 0,4 point. Les effets dits de « second tour » proviennent des tentatives, par les entrepreneurs et les salariés, de compenser la perte de revenus entraînée par le choc pétrolier : les producteurs peuvent transmettre à leurs clients la hausse des coûts en relevant les prix de vente ; les salariés peuvent exiger une augmentation compensatoire des rémunérations. De tels enchaînements conduisent à une spirale inflationniste.

Enfin, les pays importateurs de pétrole voient le déficit de leurs échanges énergétiques se creuser tandis qu'un transfert de ressources s'opère au profit des producteurs de pétrole. Or, la propension à dépenser des pays producteurs est plus faible que celle des pays consommateurs. Il en résulte in fine un ralentissement de la demande globale mondiale.

Des modèles macroéconomiques permettent de fixer des ordres de grandeur des effets des chocs pétroliers. En moyenne, une hausse maintenue de 10 dollars du prix du baril amputerait la croissance du PIB des pays industrialisés de 0,25 à 0,5 point la première année et d'autant la deuxième année.

Compte tenu de l'explosion des prix du pétrole entre 2003 et aujourd'hui, la croissance du PIB des pays industrialisés aurait dû être amputée de 2 points. Or, rien de tel n'a été constaté.

Croissance en volume du PIB entre 2003 et 2005

Croissance du PIB en volume (en %)

2003

2004

2005*

Monde

3,9

4,8

4

Zone OCDE

2,1

3,4

2,7

Etats-Unis

3,0

4,4

3,7

Japon

1,4

2,7

2,3

Union européenne à 15

1,1

2,1

1,4

Allemagne

-0,2

1,1

1,0

France

0,9

2,3

1,7

Royaume-Uni

2,5

3,2

1,9

Italie

0,4

1,0

0,0

Espagne

2,9

3,1

2,7

Source : Minefi

* : prévisions

Après une année 2004 exceptionnelle, la croissance mondiale est restée dynamique en 2005 alors même que les prix du pétrole ont continué à augmenter. Certes, les taux de croissance de 2005 par rapport à ceux de 2004 ont baissé, mais pas dans les proportions estimées par les modèles macroéconomiques.

Jusqu'à présent, la hausse des prix du pétrole apparaît donc comme un simple transfert de revenus entre les pays consommateurs et les pays producteurs, sans impact global, et non comme un choc négatif sur la croissance globale.