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La hausse des prix du pétrole : une fatalité ou le retour du politique

 

B. LES RAISONS QUI EXPLIQUENT CET IMPACT LIMITÉ

En réalité, ces modèles surestiment l'incidence des chocs pétroliers parce qu'ils sont construits sur la base de comportements moyens observés il y a deux ou trois décennies. Or, ces comportements ont évolué dans le sens d'une moins grande réactivité aux variations de prix du pétrole.

1. La faiblesse des anticipations inflationnistes

Le premier choc pétrolier avait conduit à une surenchère inflationniste, les mécanismes d'indexation salariale jouant à plein et les banques centrales ayant insuffisamment réagi, ce qui avait permis un relèvement durable des anticipations d'inflation.

Le second choc pétrolier a conduit initialement à une nouvelle fièvre inflationniste puis a finalement débouché sur une récession mondiale marquée, en liaison avec des politiques monétaires très restrictives destinées à casser les anticipations d'inflation.

Aujourd'hui, les banques centrales des pays développés jouissent d'une crédibilité anti-inflationniste bien plus forte : les anticipations d'inflation à long terme sont mieux ancrées et les agents anticipent a priori que la hausse des prix du baril va relever temporairement l'inflation, sans nécessairement affecter les composantes moins volatiles des prix qui constituent l'inflation sous-jacente.

En outre, les mécanismes d'indexation automatique des salaires sur les prix au moment des deux premiers chocs pétroliers ont disparu et les tensions sur le marché du travail sont partout inexistantes.

En 2005, aux Etats-Unis, l'inflation s'élèverait à 3,3% contre 2,7% en 2004. Dans la zone euro, elle resterait stable à 2,1% sur les douze derniers mois. L'augmentation de l'inflation aux Etats-Unis s'explique par l'effet mécanique de la hausse du prix du pétrole sur l'indice des prix à la consommation mais ne permet pas d'en déduire l'existence de tensions inflationnistes dans ce pays. L'inflation sous-jacente (hors énergie et produits alimentaires) est ainsi estimée à 2% aux Etats-Unis et 1% dans la zone euro.

2. La diminution de l'intensité de la croissance en pétrole

Le pétrole représentait en 2004 36% de la consommation mondiale d'énergie primaire, avec une utilisation principalement dans le secteur des transports. Mais le degré d'utilisation du pétrole a diminué par rapport aux années 1970 comme l'indique le graphique suivant.

Cette diminution de l'intensité de la croissance en pétrole résulte des progrès de l'efficacité énergétique suscités par les chocs pétroliers, mais également de la place croissante prise par les activités tertiaires dans la valeur ajoutée, moins consommatrices d'énergie.

L'intensité pétrolière de la croissance : consommation de pétrole en milliers de barils/jour par unité de PIB (dollars 1999)

Source : Direction de la Prévision et de l'Analyse économique

En France, les importations de pétrole ont été réduites de 30 millions de tonnes depuis 1973 et la facture énergétique, qui ponctionnait 3,5% du PIB en 1984, n'a représenté en 2004 que 1,75% du PIB, soit 28,3 milliards d'euros. Cette évolution s'explique principalement par le développement des ressources hydroélectriques et du programme nucléaire pour produire de l'électricité ainsi que par d'importants efforts d'économie d'énergie. L'efficacité énergétique dans l'industrie française s'est ainsi améliorée de 54% entre 1973 et 2004.

La forte diminution de l'intensité de la croissance en pétrole a des effets non négligeables en matière de transfert des revenus des pays importateurs vers les pays producteurs.

Selon les statistiques de l'OFCE, en 2005, près de 250 milliards de dollars seront transférés vers les pays producteurs de l'OPEP, soit 0,6 point du PIB des pays de l'OCDE. Depuis 2002, ce transfert a atteint près de 400 milliards de dollars, soit 1,1 point de PIB. Il reste pourtant sans commune mesure avec ce qui s'était passé en 1974 (où 76 milliards de dollars, soit 1,7 point du PIB, avaient été transférés cette année là) ou en 1980 (où 180 milliards de dollars, soit 2,2 points du PIB, avaient été transférés en une année).