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La hausse des prix du pétrole : une fatalité ou le retour du politique

 

3. Une économie mondiale globalement « financiarisée »

Par ailleurs, le choc actuel s'opère dans une économie mondiale globalement financiarisée dans laquelle le recyclage des « pétro-dollars » s'effectuerait bien mieux que dans le passé3(*). Le financement des balances courantes déstabilisées par la hausse des prix du brut s'en trouverait facilité, ce qui contribuerait à prolonger la dynamique de l'activité en évitant des mesures brutales de rééquilibrage.

4. La faiblesse des taux d'intérêt

Aussi bien dans la zone euro qu'aux Etats-Unis, les taux d'intérêt à long terme sont exceptionnellement bas. Aux Etats-Unis, les taux d'intérêt des obligations d'Etat s'élèvent à 4,2% pour l'année 2005. Dans la zone euro, les taux d'intérêt à 10 ans atteignent 3,4% cette année. Pour certains économistes, cette faiblesse persistante des taux d'intérêt à long terme, notamment aux Etats-Unis, reste une énigme. Trois explications possibles sont avancées par Rexecode :

- soit les marchés financiers se trompent et une hausse brutale des taux d'intérêt américains à long terme finira par intervenir ;

- soit ils anticipent une rechute de la croissance américaine en 2006 et un nouveau cycle de baisse des taux courts ;

- soit cette faiblesse des taux longs est liée à l'obligation pour les grands fonds d'investissement d'acheter massivement des obligations à long terme afin d'adosser leurs engagements de retraite. L'équilibre du marché obligataire serait ainsi un équilibre « en coin », qui ne correspondrait pas à un optimum financier mais qui se trouve contraint.

D'autres économistes estiment que la financiarisation croissante de l'économie due notamment au recyclage des « pétro-dollars » conduit à une hausse des prix des actifs financiers qui tend à réduire les taux d'intérêt à long terme.

Quelle que soit l'explication retenue, il est clair que le maintien des taux longs à un niveau bas a un effet doublement positif pour l'économie.

D'une part, il facilite le financement par les Etats-Unis du déficit de leur balance commerciale, évitant ainsi des ajustements brutaux qui réduiraient la consommation des ménages et freineraient la croissance.

D'autre part, il entretient la montée des prix dans l'immobilier et donc l'effet de richesse des ménages et participe ainsi à la dynamique de la croissance économique4(*).

5. La forte participation des pays émergents à l'activité mondiale

A l'époque des deux premiers chocs pétroliers, la participation d'une part des pays émergents d'Asie et d'Amérique latine et d'autre part des anciens pays socialistes de l'Europe de l'Est à la croissance mondiale était marginale. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. La montée en puissance de ces économies dans l'économie mondiale, notamment la Chine, est un facteur entretenant le dynamisme de l'activité mondiale et permettant de mieux absorber le choc.

D'une part, certaines économies émergentes productrices d'hydrocarbures et à forte capacité d'absorption profitent pleinement de la manne pétrolière et gazière pour renforcer leur croissance en assainissant par ailleurs leurs déséquilibres financiers extérieurs. Ainsi en est-il par exemple de la Russie, du Mexique, de l'Argentine ou encore de la Malaisie. Ces pays contribuent à stimuler le commerce mondial de produits manufacturés, ce qui n'était pas le cas en 1973/1974 et 1979/1980.

D'autre part, même si le renchérissement des prix de l'énergie affecte, et ce parfois durement, les économies émergentes asiatiques, cela ne les empêche pas de poursuivre leur rattrapage. Grâce à des coûts de main d'oeuvre très bas et des gains de productivité élevés, elles peuvent élargir leurs parts de marché à l'exportation et contribuer par ailleurs à la limitation de l'inflation dans les pays industrialisés.

* 3 Le montant des pétro-dollars réinvestis sur les marchés financiers fait l'objet d'estimations très variées. L'OFCE l'évalue à 30 % des revenus tirés du pétrole alors que le laboratoire Erasme l'estime à 60 %.

* 4 Ce sujet a été largement traité par le rapport d'information n ° 6 (2005-2006) de la commission des finances du Sénat présenté par M. Philippe Marini : « Les perspectives d'évolution du marché immobilier et son contexte macroéconomique ».